13h15, France 2

VIDEO. Incendie à Rouen : "Il y a une vraie différence entre ce que nous dit la préfecture et ce que nous disent tous les jours les malades que nous voyons"

Après l’incendie de l’usine Lubrizol, le docteur Prouhet a vu défiler dans son cabinet beaucoup de patients venus pour des vomissements, des migraines, des irritations pulmonaires… Ce jour-là, il est dans les rues de Rouen parce que manifester sert à "transformer la résignation en colère"… Extrait du magazine "13h15 le dimanche" du 6 octobre 2019.

Plusieurs manifestations se sont déroulées à Rouen (Seine-Maritime) après l’incendie qui s'est déclaré dans l'usine Lubrizol, classée Seveso, dans la nuit du mercredi 25 au jeudi 26 septembre 2019. Plus de 5 000 tonnes de produits chimiques sont partis en fumée et les riverains ont dénoncé la communication des autorités sur les risques sanitaires les jours suivant la catastrophe. Les manifestants ont répondu ce début octobre à l’appel d’associations, d’ONG, de syndicats pour réclamer "la vérité" quant aux conséquences dues aux fumées qui ont recouvert une partie de la ville et de ses environs.

La colère monte dans la capitale normande dans laquelle s’est rendu le magazine "13h15 le dimanche" (replay) : "J’ai une petite pensée pour mes collègues enseignants, les élèves et leurs parents qui depuis jeudi six heures quarante-cinq du matin sont dans l’ignorance la plus totale… Blanquer, ce ne sont pas tes gamins qui ont respiré la poussière d’amiante, qui sont allés dans les écoles et ont respiré le gaz… C’est pas tes gamins…" dit une manifestante en colère sous les applaudissements.

"Sur les affaires de santé, c’est très souvent le secret qui prédomine"

Depuis le désastre, le docteur Franck Prouhet enchaîne les consultations dans son cabinet de Canteleu, une commune toute proche du lieu de l’incendie. Ses patients viennent le consulter pour vomissements, migraines, irritations pulmonaires… Le généraliste, à la tête d’un syndicat de médecins, est présent : "Des patients me téléphonent, m’envoient des SMS ou viennent me voir en disant : 'C’est pas possible, j’ai mal à la tête', 'C’est pas possible, j’ai la gorge serrée', 'C’est pas possible, je ne peux pas me concentrer', 'C’est pas possible, je tousse'…" affirme-t-il en s’adressant à la foule.

"Aujourd’hui, il y a une vraie différence entre ce que nous dit la préfecture et ce que nous disent tous les jours les malades que nous voyons", explique le médecin dans le micro qui porte sa voix. Il ajoute optimiste : "Le ciel est gris, les suies sont noires, mais les parapluies sont encore colorés…" Est-ce le citoyen, le docteur ou le président de syndicat qui est là ? "C’est la même chose, vous ne croyez pas ? Soigner des gens sans savoir ce qu’ils ont et sans savoir ce que l’on va leur proposer à long terme, ce n’est pas faire son boulot. Sur les affaires de santé, c’est très souvent le secret qui prédomine : le secret des affaires face aux laboratoires, le secret industriel… Les manifestations servent à transformer la résignation en colère, et à faire que ça bouge…"

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