Rapport du Sénat sur Lubrizol : "C’est un peu de l’esbroufe" pour "essayer d'exister" médiatiquement, juge le député LREM Damien Adam

En mettant en cause l'action des ministères de l'Agricuture, de l'Environnement et de la Santé, le Sénat "est dans son rôle de contre-pouvoir" estime l'élu de Seine-Maritime mais il trouve que les sénateurs "y vont un peu fort".

Damien Adam, rapporteur de la mission d’information \"Lubrizol\" de l’Assemblée nationale, ne partage pas les conclusions du rapport de la commission d’enquête du Sénat.
Damien Adam, rapporteur de la mission d’information "Lubrizol" de l’Assemblée nationale, ne partage pas les conclusions du rapport de la commission d’enquête du Sénat. (MAXPPP)

"Le Sénat est dans son rôle de contre-pouvoir" mais "c’est un peu de l’esbroufe", observe le député La République en Marche de Seine-Maritime Damien Adam, jeudi 4 juin sur franceinfo. Le rapporteur de la mission d’information "Lubrizol" de l’Assemblée nationale ne partage pas les conclusions du rapport de la commission d’enquête du Sénat. Ce rapport reproche au ministère de la Santé de ne pas avoir lancé d’enquête d’ampleur, neuf mois après l’incendie de l’usine de Rouen, au ministère de l’Agriculture et au ministère de l’Environnement, qui est chargé d’inspecter les usines Seveso, d’avoir autorisé la remise en vente des produits agricoles.

franceinfo : Êtes-vous d’accord avec les sénateurs quand ils distribuent les mauvais points au gouvernement ? 

Damien Adam :  Je pense que le Sénat est dans son rôle de contre-pouvoir, il souhaite affirmer son indépendance, donc il est critique. Mais quand on regarde dans le détail les différents points qu’il met en avant, je trouve qu'ils y vont un peu fort. Par exemple, sur le suivi sanitaire, ce qu'ils racontent, c'est un peu faux, si vous me permettez d'être aussi cash, puisque le suivi sanitaire à long terme prend bien en considération ce qu’ils évoquent dans leur rapport. Donc, je trouve que c'est un peu de l’esbroufe, quand on regarde les faits, il n'y a pas grand chose à en retirer. Il y a forcément des visées politiques.

Quand vous publiez un rapport en pleine crise du Covid-19 sur un sujet qui date d’il y a 9 mois, pour passer le mur médiatique, vous avez besoin d'être un peu critique.Damien Adam, député LREM

Parce que si vous avez juste 40 propositions, dont une bonne partie a déjà été annoncée par la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne, et une autre partie a déjà été annoncée par le rapport de la mission d'information de l'Assemblée nationale, vous avez besoin de faire un peu d'esbroufe médiatique pour exister. Malheureusement, c'est un peu le drame de la vie politique française, on est obligés de passer par l'esbroufe quand on est dans l'opposition pour essayer d'exister. 

Donc vous n’êtes pas d’accord avec les sénateurs quand ils disent que le gouvernement et les autorités auraient pu mieux faire ? 

Dans mon rapport que j'avais réalisé dès le mois de février dernier, je ciblais un certain nombre de points où on indiquait clairement que des choses pouvaient être améliorées. Les citoyens ne savent plus ou ne savent pas, quand une sirène retentit, quelles actions ils doivent entreprendre. Donc, il faut qu'on travaille sur ces sujets là. Moi, je proposais notamment d'avoir une journée à la japonaise chaque année, c’est-à-dire qu'on puisse tester dans un département un risque industriel avec, pourquoi pas, le confinement d'une population à l'échelle de quelques heures, en fonction d'un risque industriel, nucléaire, bactériologique ou autre, l'évacuation aussi de populations, pour que les gens soient un peu plus au courant de ce qu'ils doivent faire en situation à risques industriels. Il y a évidemment le sujet de la communication à la population en situation à risque, avec l'idée d'envoyer ce fameux SMS à la population en fonction d'une zone géographique qui s’appelle la technologie du cell-broadcast, qui est utilisée dans beaucoup d'autres pays, qui a d'ailleurs été utilisée par ces pays dans le cadre de la crise du Covid-19 pour informer la population et leur a donné quelques éléments concrets sur la procédure à suivre. C'est quelque chose qui n'existe pas en France et qui est indispensable parce qu'on voit bien que les sirènes, par exemple, ne sont pas du tout suffisantes pour informer la population et lui permettre de savoir quoi faire. 

Mais est-ce possible sans allouer davantage de moyens et d’effectifs chargé de la prévention des risques industriels ? 

Dans leur rapport, les sénateurs disent bien que les effectifs des Dréal, l'organisme d'Etat qui gère le contrôle des sites industriels, a augmenté ces dernières années, mais en même temps on a rajouté des contraintes administratives, des contraintes de paperasse qui font que le nombre de contrôles n’a pas augmenté. Aussi, on a fusionné les Dréal pour qu’elles correspondent au nouveau périmètre des régions depuis 2015 et donc cela a occasionné pas mal de trucs qui ont fait qu’elles ont un peu moins contrôlé de sites. Mais elles ont des engagements très précis sur les sites les plus dangereux, les plus à risque, les sites Seveso seuil hauts et seuil bas. Sur les sites Seveso seuil haut, il y a un contrôle tous les ans minimum et on est largement au-delà des capacités de contrôle puisque le site de Lubrizol est contrôlé en moyenne deux fois par an. Mais la ministre de la Transition écologique a annoncé effectivement qu'il fallait remettre les experts et les inspecteurs en contrôle et leur enlever quelques tâches administratives qui, effectivement, sont embêtantes. Il faut avoir à l'esprit que si aujourd'hui les inspecteurs font plus d'administratif qu'auparavant, c'est aussi qu'on a supprimé, dans la fonction publique, des fonctionnaires de catégorie C qui s'occupaient de toute une partie administrative, qui est maintenant déchargée à d'autres personnes, ce qui, forcément, a des impacts sur les contrôles.