"Lubrizol doit indemniser les habitants", réclame le député PS Christophe Bouillon qui demande l'ouverture d'une enquête parlementaire

Christophe Bouillon, député PS de Seine-Maritime, qui a demandé l'ouverture d'une enquête parlementaire après l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, réclame la mise en place d'un décret de catastrophe industrielle .

Un policier devant le panache de fumée causé par l\'incendie, le 26 septembre 2019.
Un policier devant le panache de fumée causé par l'incendie, le 26 septembre 2019. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

"On réclame plus de transparence, plus de concret et qu'on fasse appliquer le principe pollueur-payeur sur l'accident majeur de cette nature", a déclaré ce dimanche sur franceinfo Christophe Bouillon, député PS de Seine-Maritime, qui a demandé l'ouverture d'une enquête parlementaire après l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen. Il demande la mise en place d'un décret de catastrophe industrielle "pour que les particuliers, les professionnels puissent enclencher des procédures d'assurance". "On est face à un événement industriel majeur (...) Il n'est pas normal que Lubrizol s'en sorte avec une déclaration minimum (...) On a clairement un problème de gestion de crise", a-t-il ajouté.

Vous réclamez une enquête parlementaire. Pour quoi faire ?

Christophe Bouillon : On est face à un événement industriel majeur, c'est un incendie hors norme, qui a mobilisé énormément de sapeurs-pompiers, qui a dégagé un panache dont les conséquences ne sont pas complètement abouties. Vous avez souligné l'inquiétude légitime des habitants mais aussi des professionnels comme les agriculteurs par exemple. On a clairement un problème de gestion de crise. Quand il y a eu la catastrophe AZF à Toulouse, en 2001, dans la foulée, en 2002, il y a eu une commission d'enquête parlementaire confiée à un collègue [le député Jean-Yves Le Déaut], et 90 propositions ont été faites. Certaines ont inspiré un changement dans la législation pour aller encore plus loin, une exigence plus forte. Là, clairement, on a laissé pendant plusieurs jours non seulement des habitants dans l'inquiétude mais aussi des maires à eux-mêmes avec des consignes contradictoires, avec des difficultés de compréhension fort légitimes. Quand vous dites que d'un côté, on ferme une école dans une commune et dans la commune juste à côté on laisse le maire décider lui-même, lorsque vous avez des messages comme quoi il ne faut pas s'inquiéter et en même temps des instructions qui sont données par exemple aux agriculteurs, de consigner le lait et d'épandre dans des champs mais d'assurer des mesures de ces épandages, se posent un certain nombre de questions qui sont légitimes et qui motivent aujourd'hui une colère qui est assez forte sur la ville.

Pour vous, la gestion de cet incendie par l'Etat n'est pas à la hauteur ?

Je crois qu'en effet il a fallu quand même attendre trois jours pour obtenir un certain nombre d'informations et à chaque fois, c'est à la demande insistante, à la fois des habitants et des élus. Les élus ont fini par être réunis parce qu'ils l'ont demandé et je crois qu'il faut des tiers de confiance. Lorsque vous avez une crise de cette nature, à l'heure des réseaux sociaux, il faut par exemple lorsque vous donnez des analyses, ne pas les laisser comme cela de façon brute, il faut quelqu'un qui puisse les interpréter. Le tableau qui a été publié par la préfecture est illisible, je mets au défi quiconque de pouvoir l'analyser sérieusement. De la même façon, je pense que les maires n'ont pas été associés à la gestion de crise alors que c'est vers eux que se dirigent naturellement les habitants.


Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, dit ce matin : "Ce qui se passe à Rouen est grave. L'État est intervenu tout de suite. Je ne pense pas qu'il y ait un problème de transparence". Qu'en pensez-vous ?

Évidemment chacun comprend que le risque zéro n'existe pas, par contre la transparence zéro doit ne pas exister, et là, en l'occurrence, sur le terrain les maires, beaucoup d'habitants ont considéré que l'information n'était pas donnée suffisamment tôt avec suffisamment d'analyse et de précision. Il se pose une question majeure, celle de l'application du principe pollueur-payeur. Il y a quand même un grand absent dans cette affaire, c'est la société Lubrizol. Elle doit indemniser ! Je suis demandeur, avec Nicolas Mayer-Rossignol, l'ancien président de Région, à ce qui puisse y avoir un décret de catastrophe industrielle pour que les particuliers, les professionnels, je pense notamment aux agriculteurs, puissent enclencher des procédures d'assurance. Si vous perdez huit jours en terme de production de lait ça a un coût mais c'est surmontable, par contre si vous avez, parce que vous avez répandu dans des champs, des conséquences sur la production future, ça peut coûter financièrement. Et puis il y a surtout un préjudice qui est important aussi pour la ville de Rouen, c'est un préjudice moral et d'image. Vous avez de nombreux commerces qui ont été impactés, de restaurants qui n'ont pas eu les clients qu'ils attendaient.

Vous êtes combien de parlementaires à réclamer l'ouverture de cette enquête parlementaire après l'incendie de Lubrizol ?

Des collègues en Seine-Maritime comme Hubert Wulfranc (PCF), Sébastien Jumel (PCF) et d'autres se sont exprimés dans ce sens. Eric Coquerel (LFI) était également sur cette longueur. Olivier Faure et Valérie Rabault, la présidente de mon groupe PS, vont en faire officiellement la demande ce lundi. Je crois que c'est important de tirer tous les enseignements et de rassurer la population. Je peux vous dire que cette initiative est comprise par les habitants parce qu'on leur dit "enfin on va regarder sérieusement ce qui se passe". Je ne remets pas en cause la parole de l'Etat, je dis qu'on est quand même dans un moment où l'information va vite, où l'inquiétude est grande. On a vu littéralement fuir la ville. On réclame plus de transparence, plus de concret et qu'on fasse appliquer le principe pollueur-payeur sur l'accident majeur de cette nature. Il n'est pas normal que Lubrizol s'en sorte avec une déclaration minimum.