Glaciers bruns, faune décimée... Cinq conséquences des incendies qui ravagent l'Australie

Alors que les pompiers luttent depuis des semaines contre les incendies, des témoins ont aperçu récemment un glacier recouvert de cendres à plusieurs centaines de kilomètres de là, en Nouvelle-Zélande.

Un soldat du feu lutte contre un incendie près de la ville de Nowra, dans l\'Etat australien de Nouvelle-Galles du Sud, le 31 décembre 2019.
Un soldat du feu lutte contre un incendie près de la ville de Nowra, dans l'Etat australien de Nouvelle-Galles du Sud, le 31 décembre 2019. (SAEED KHAN / AFP)

Le cauchemar dure depuis le mois de septembre. Les incendies continuent de ravager l'Australie et ont déjà causé la mort d'au moins 20 personnes. Une surface équivalente à deux fois la Belgique est partie en fumée et l'ampleur de la catastrophe met l'accent sur le changement climatique responsable, selon les scientifiques, d'une saison des feux plus intense, longue et précoce que jamais. Voici quelques-unes des conséquences des incendies.

1Des glaciers néo-zélandais colorés en ocre

En Nouvelle-Zélande, à des milliers de kilomètres de là, le glacier Franz Josef a pris une coloration ocre en raison des fumées, comme en témoignent plusieurs photographies prises le 1er janvier et partagées sur les réseaux sociaux. "Le pilote de l'hélicoptère a dit qu'il était passé la veille et que la neige était encore blanche", commente l'auteure des photos sur CNN (en anglais). "Cette neige contaminée était comme une horreur de plus perpétrée par les êtres humains contre la planète", a également déclaré au site Stuff (en anglais) cette Australienne qui réside à Wellington.

Comme l'a fait remarquer mercredi le service météorologique néo-zélandais, les fumées ont parcouru 2 000 kilomètres environ à travers la mer de Tasman, pour atteindre le sud de la Nouvelle-Zélande. Des images du glacier Tasman noyé dans une brume brune ont ainsi été diffusées.

Ce phénomène fait craindre aux scientifiques une accélération de la fonte des glaciers concernés. En effet, ces brumes sont susceptibles de modifier l'albédo des glaces, c'est-à-dire leur capacité à renvoyer l'énergie solaire. Une coloration plus sombre amoindrit la réfraction des glaces blanches, ce qui augmente également la température moyenne. Voici pourquoi l'ancienne Première ministre néo-zélandaise, Helen Clark, écrit que le dépôt de cendres australiennes sur les glaciers risquait "d'accélérer leur réchauffement".

Andrew Mackintosh, professeur à l'université Monash et ancien directeur du Antartic Research Center, estime dans un entretien au quotidien britannique The Guardian (en anglais) que cet événement pourrait augmenter la fonte des glaciers de 20 à 30% cette saison. Cet effet induit par les poussières ne devrait pas se prolonger au-delà d'un an, mais la possible répétition des incendies pourrait à terme jouer un rôle dans la disparition des glaciers néo-zélandais.

2Près d'un demi-milliard d'animaux morts

Depuis le mois de septembre dernier, quelque 480 millions d'animaux (des mammifères, des oiseaux et des reptiles) sont morts à cause des incendies dans l'Etat de Nouvelle-Galles du Sud, selon une étude de l'université de Sydney. "Beaucoup de ces animaux ont sans doute été tués directement dans les flammes, précise l'université sur son site, tandis que les autres sont morts par la suite faute de nourriture et d'abri, et en raison de la prédation des chats sauvages introduits et des renards roux."

Cette estimation s'appuie sur une étude réalisée en 2007 pour l'ONG WWF, qui s'interrogeait alors sur les conséquences de la déforestation en Nouvelle-Galles du Sud. Ces chiffres ne prennent toutefois pas en compte les populations d'insectes, de chauves-souris et de grenouilles – le bilan pourrait être encore plus lourd. Les incendies auront donc des effets profonds et durables sur l'écosystème du sud de l'Australie. "Sur le long terme, la reconstruction des populations de nombreuses espèces locales va être un défi. Un grand nombre d'entre elles ont été indéniablement affectées par ces feux", résume le chercheur Chris Dickman, sur 7 News (en anglais).

Alan York, professeur à l'université de Melbourne (Australie), a cité notamment le cas du dasyorne brun, un petit oiseau qui vit dans des zones fortement touchées par les incendies (baie de Jervis, Mallacoota...) et dont les "capacités de vol sont très limitées". Le chercheur se veut toutefois optimiste. "Il est parfois surprenant de voir à quelle vitesse les choses peuvent se rétablir, déclare-t-il au site news.com.au (en anglais). Nous ne voulons pas que les gens perdent espoir."

3Un navire de guerre pour secourir des habitants

La marine australienne a entamé vendredi l'évacuation de centaines de personnes piégées à Mallacoota, une ville du sud-est du pays cernée par les incendies. Une chaloupe de débarquement du navire HMAS Choules a fait des allers-retours avec la localité de Mallacoota, prenant en charge des familles parfois avec leurs animaux de compagnie et quelques effets personnels. Certains habitants de cette ville de l'Etat de Victoria s'étaient réfugiés sur le front de mer depuis la Saint-Sylvestre pour se protéger.

Des habitants sont évacués à bord d\'une chaloupe à Mallacoota (Australie), vendredi 3 janvier 2019. 
Des habitants sont évacués à bord d'une chaloupe à Mallacoota (Australie), vendredi 3 janvier 2019.  (AUSTRALIAN DEPARTMENT OF DEFENCE / ANADOLU AGENCY / AFP)

"Un millier de personnes devraient avoir été évacuées de la zone" vendredi, a déclaré le Premier ministre australien, Scott Morrison. Par ailleurs, l'ordre d'évacuer a été donné à des dizaines de milliers d'habitants de trois Etats.

4Un oiseau imite la sirène des pompiers

L'image est tout à fait anecdotique, mais elle résume à elle seule la situation. Le cassican flûteur est un oiseau capable de reproduire les sons de son environnement. A Newcastle, au nord de Sydney, ce petit passereau a été filmé en train d'imiter la sirène des pompiers. "Il y a eu tellement de véhicules de secours qu'il semble que cet oiseau a enregistré les sons", ont écrit les sapeurs-pompiers de Copacabana Beach sur Facebook.

5Au tennis, les aces valent de l'or

La star du tennis Nick Kyrgios a fondu en larmes après sa victoire lors de son entrée en lice dans l'ATP Cup, une compétition par équipes disputée à Brisbane, Perth et Sydney. "Ma ville natale est Canberra et nous avons l'air le plus toxique du monde en ce moment, c'est assez triste, a déclaré le joueur sur le court. C'est difficile. Désolé." Il a également adressé ses pensées aux pompiers, aux familles touchées, aux animaux et à tous ceux "qui perdent leurs maisons".

Le numéro 30 mondial s'est personnellement engagé à donner 200 dollars australiens (125 euros) aux victimes des incendies pour chaque ace qu'il réussira pendant la saison australienne du circuit ATP, c'est-à-dire tout le mois de janvier et début février. Son compatriote Alex de Minaur, 18e mondial, versera quant à lui 250 dollars australiens (156 euros) à chaque ace.

Le directeur du tournoi a également annoncé que chaque ace réussi pendant cette compétition de dix jours (3-12 janvier) générera 100 dollars australiens de soutien. Par exemple, la somme totale pourrait atteindre 150 000 dollars locaux (94 000 euros) avec 1 500 aces réussis pendant le tournoi.

Les organisateurs de la compétition ont annoncé que des experts médicaux surveilleraient les conditions de jeu et que les matches seraient suspendus si nécessaire. Par ailleurs, le tournoi Challenger de Canberra, qui débute le 6 janvier, a été délocalisé à Bendigo en raison des incendies.