"Ça a toujours été chaud, Chanteloup, faut dire la vérité" : à Chanteloup-les-Vignes, les violences urbaines n'étonnent plus les habitants

Après une nuit de samedi marqué par des émeutes et l'incendie d'un bâtiment culturel, habitants et élus déplorent l'escalade de violences des dernières semaines.

Des habitants de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) rassemblés devant le chapiteau incendié, le 3 novembre 2019. 
Des habitants de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) rassemblés devant le chapiteau incendié, le 3 novembre 2019.  (PIERRE RATEAU / AFP)

Provocations avec les patrouilles de police la journée et affrontements cagoulés dans la nuit : voilà quelques semaines que Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) vit à ce rythme tendu. Mais ces violences semblent avoir pris une autre dimension durant le week-end, après l'incendie samedi 2 novembre du centre culturel dédié aux arts scéniques et du cirque. Ce lieu emblématique est tenu par une association, la Compagnie des contraires, installée depuis trente ans. En bois, il a été reconstruit l'année dernière. Mais pour Oussama, habitant du quartier, l'incendie du chapiteau n'est pas un incident isolé. "On sent qu'il y a de la tension. On sent que le soir, c'est prêt à repartir. Samedi soir, on n'avait pas de doutes. On sentait que ça allait repartir. Ça a toujours été chaud, Chanteloup, faut dire la vérité. Il y a des coups de chaud de temps en temps, des occasions comme ça et les petits sortent. Cagoulés, avec des bâtons, des pierres, des feux d'artifice et ils vont affronter la police."

Plusieurs guet-apens depuis le début du mois d'octobre

Un incendie pour attirer les forces de l'ordre et une pluie de mortiers pour les recevoir. Le phénomène se multiplie ces dernières semaines. Wiliam Blanchet est secrétaire départemental des Yvelines du syndicat SGP Unité Police : "Depuis le début du mois d'octobre, nous avons différentes interventions suite à des guet-apens sur Mantes-la-Jolie, sur Sartrouville, sur Les Mureaux, sur Trappes. Là, maintenant c'est à Chanteloup. Le sentiment, c'est de la colère. On a un manque d'effectifs", alerte le responsable syndical.

Samedi soir, au début de l'intervention, nous n'avions que deux véhicules sérigraphiés 'police' et un véhicule Bac pour intervenir. C'était vraiment très peu.William Blanchet, secrétaire Unité SGP Policeà franceinfo

Et si ces guet-apens étaient dûs à un concours entre quartiers, sur les réseaux sociaux ? Jean-Jacques Brot, le préfet des Yvelines, prend la menace au sérieux. "Certains de mes collaborateurs, notamment de la police nationale, me montrent parfois des vidéos prises dans le Val-d'Oise. J'en ai vu une particulièrement sanglante. On peut déduire de cette juxtaposition lamentable de vidéos lamentables que les insultes entendues à Mantes-la-Jolie ou à Chanteloup-les-Vignes allaient dans le sens d'une escalade de gens plutôt plus jeunes et très hostiles." 

Chapiteau de Chanteloup-les-Vignes avant l\'incendie
Chapiteau de Chanteloup-les-Vignes avant l'incendie (Google Earth / Stéphanie Berlu)

La rénovation urbaine dérangerait les dealers 

Mais Chanteloup a une particularité : la rénovation urbaine. Elle entraîne la démolition de barres d'immeubles et gêne le trafic de stupéfiants. Catherine Arnou,  la maire de la ville le reconnaît, "c'est vrai qu'il y a un immeuble qui est un endroit très stratégique. Mais nous avons vécu quand même un programme de rénovation urbaine où il y a eu 347 démolitions. L'ensemble de la cité a été concernée. Je n'ai jamais été confrontée à des violences comme ça." Pour prouver sa détermination,Catherine Arnou s'est engagée à reconstruire le chapiteau en bois où il ne reste plus aujourd'hui qu'un tas de cendres. 

Le reportage à Chanteloup-les-Vignes de Fabien Randrianarisoa.
--'--
--'--