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14-Juillet : "Ce qui est responsable, c'est d'annuler" les feux d'artifices, déclare le président des sapeurs-pompiers de France

Grégory Allione appelle à la vigilance de chacun et plaide pour des recrutements de sapeurs pompiers volontaires.

Article rédigé par France Info
Radio France
Publié Mis à jour
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Un feu d'artifice à Nice, le 2 mars 2008. (VALERY HACHE / AFP)

"Ce qui est responsable, c'est d'annuler" les feux d'artifices, déclare jeudi sur franceinfo le colonel Grégory Allione, président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, alors que les festivités du 14-Juillet vont se dérouler pendant que pompiers luttent contre plusieurs incendies dans des conditions de sécheresse et de canicule. 

franceinfo : En Gironde, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin appelle à la vigilance des Français face au risque incendie, vous aussi, vous adressez ce message ?

Grégory Allione : On ne peut que faire nôtres les propos du ministre. Depuis des années, nous affirmons qu'il faut une vraie politique de prévention parce que la population est un pyromane en puissance. Il y a un lien très fort entre densité de population, fréquentation des axes routiers et départs de feux. Ce qui veut dire que chacun peut devenir un incendiaire potentiel. Surtout, Gérald Darmanin l'a dit, ces feux entraînent la mort. Aujourd'hui, on parle de végétation détruite, il n'y a pas de drame humain mais c'est véritablement la conséquence que l'on redoute.

Nous ne sommes qu'au 14 juillet et nous connaissons des conditions qui s'apparentent plutôt à la mi-août, nous avons un mois d'avance. La sécheresse, le dérèglement climatique ne nous facilitent pas la tâche, mais les véritables difficultés que nous avons, c'est qu'il y a énormément de départs de feu parce que la population est, malheureusement, peu éduquée à avoir des comportements citoyens dans des massifs qui sont très vulnérables en ce moment.

Il y a quelques semaines, vous parliez d'un "été de tous les dangers". Nous y sommes ?

Oui, j'ai même dit que les sapeurs pompiers, depuis plus de deux ans, sont dans une machine à laver en mode essorage. Parce que le Covid revient, parce que nous avons vacciné, nous avons transporté, nous avons testé dans les aéroports, les ports. Nous avons testé les eaux usées dans les territoires. La crise des urgences nous impacte fortement puisque les sapeurs-pompiers sont des soignants de l'avant poste, en préhospitalier notamment. Nous avons aussi cette sécheresse, la canicule, en ce moment, c'est nous qui sommes appelés lorsqu'il y a un malaise sur la voie publique ou à domicile. Donc effectivement, les sapeurs pompiers vivent l'été de tous les dangers.

C'est la raison pour laquelle on partage l'appel d'un certain nombre d'élus et d'autorités qui disent qu'il faut une politique plus ambitieuse en matière de protection et de sécurité civile, sur le plan national et européen. Quand bien même nos autorités ont cette ambition-là, il faut aller un cran au-dessus. Parce que le dérèglement climatique, ce n'est pas pour 2030, c'est en ce moment même. On parle des feux de forêt en ce moment mais à l'automne, on parlera certainement des épisodes méditerranéens et à nouveau de la machine à laver en mode essorage.

Vous demandez des primes supplémentaires ? Des moyens de recruter plus de pompiers ?

Le sujet de l'indemnitaire viendra forcément mais ce n'est pas le sujet majeur aujourd'hui. Le sujet majeur, c'est qu'il faut renforcer les sapeurs pompiers professionnels, qui restent l'épine dorsale de notre modèle de sécurité civile. Et surtout, avoir une ambition de recrutement, de défense et de reconnaissance du sapeur pompier volontaire. Ils sont 198 000 actuellement. Ce sont des gens comme tout le monde qui, au-delà de l'aspect professionnel, ont une activité au bénéfice des autres, une forme d'altruisme, de dévouement à la société. Il serait intéressant de pouvoir pousser en 2027 ce chiffre à 250 000 sapeurs pompiers volontaires parce qu'aujourd'hui, nous avons besoin de sapeurs pompiers volontaires.

Pour le 14 juillet, certaines communes comme Nîmes ou Saint-Rémy-de-Provence ont annulé leurs feux d'artifice. D'autres les maintiennent, y compris dans le Sud. Est-ce responsable ?

Ce qui est responsable, c'est de les annuler, de prendre en compte que nous sommes dans une période de sécheresse et de canicule où tout le monde est sollicité, les pompiers comme les comités communaux feux de forêt, qui sont des bénévoles qui nous accompagnent, les forestiers sapeurs, les forces de l'ordre aussi. Toute une chaîne de la protection et de la sécurité est mobilisée. Peut-être est-il inutile de les mobiliser encore plus. Qui plus est, il y a le sujet de l'exemplarité. Régulièrement, nous avons des difficultés, la nuit, à cause des feux d'artifice tirés par des particuliers. Si la force publique ne tire pas de feux d'artifice, peut-être que ça donne aussi un exemple à la population pour ne pas en tirer également.

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