Marseille : les autorités étaient "dans le déni" malgré un rapport alarmant en 2015

Christian Nicol, ancien inspecteur général de l'administration du développement durable, a publié un rapport en 2015 sur l'état du logement à Marseille. Il indique avoir été accusé de "parti pris" à l'époque.

Le quartier de Noailles, à Marseille, où se sont effondrés les immeubles.
Le quartier de Noailles, à Marseille, où se sont effondrés les immeubles. (Emin AKYEL / AFP)

Les autorités publiques étaient "dans le déni" malgré la publication en 2015 d'un rapport alarmant sur l'état d'insalubrité de 40 000 logements à Marseille, a estimé ce mardi 6 novembre sur franceinfo Christian Nicol, ancien inspecteur général de l'administration du développement durable et auteur de cette étude qui dit avoir été accusé de "parti pris" à l'époque. Lundi, trois immeubles se sont effondrés dans le quartier Noailles à Marseille, faisant au moins trois morts.

franceinfo : Dans quel état était le parc immobilier à Marseille en 2015, quand vous avez rendu votre rapport ?

Christian Nicol : Marseille était la ville d'Europe qui probablement comportait le plus d'habitat indigne, c'est-à-dire le plus de logements insalubres ou menaçant de tomber en ruines. La ville n'était pas complètement inactive mais les actions qu'elle engageait avaient des résultats faibles. D'une part, les effectifs des agents dans les services qui travaillaient sur ces questions-là n'étaient pas à la hauteur du problème. Du côté de l'État pour l'insalubrité, ce n'était pas mieux : il y avait un seul agent qui s'occupait des problèmes d'insalubrité dans toute la région. Comment voulez-vous qu'il y arrive ? Du coup, alors que c'est la ville qui a le plus d'habitat insalubre ou dangereux en Europe, c'est l'une des villes où il y a le moins d'arrêtés de péril ou d'insalubrité qui sont pris.

Dénoncez-vous une politique d'abandon de la municipalité marseillaise ?

En comparaison avec Paris où il y a eu cette forte volonté politique de faire bouger les choses après tous les incendies dramatiques qui avaient sévi dans la capitale, là, à Marseille, on ne sentait pas du tout cette politique ni, à la limite, même la conscience que tout le monde est assis sur une poudrière avec ce qui est arrivé aujourd'hui, qui aurait pu arriver avant, et qui malheureusement risque de se reproduire si on ne prend pas sérieusement les choses en main.

Selon vous, après votre rapport de 2015, les autorités ne peuvent pas dire qu'elles ne savaient pas ?

Oui, ils étaient un peu tous dans le déni, parce que, ce qu'ils ont retenu de mon rapport quand je le leur avais présenté, c'est qu'ils n'étaient pas contents parce que je disais que ça n'allait pas alors qu'ils étaient persuadés qu'ils faisaient tout ce qu'il fallait. Du coup, on m'a accusé d'avoir un parti pris et ça a été le motif pour justifier que rien ne se fasse et que tout reparte comme avant.