"L'émotion doit pouvoir se manifester" : l'interdiction par le préfet des manifestations à Nantes samedi inquiète un adjoint à la mairie

Aymeric Seassau, adjoint communiste à la mairie de Nantes, a réagi à l'interdiction de manifester samedi dans le centre-ville de Nantes. Il promet de "continuer à se faire entendre" jusqu'à obtenir "justice pour Steve".

Une femme près de l\'endroit où le corps de Steve a été découvert à Nantes. 
Une femme près de l'endroit où le corps de Steve a été découvert à Nantes.  (LOIC VENANCE / AFP)

La décision du préfet de Loire-Atlantique d'interdire tout rassemblement dans une grande partie du centre-ville de Nantes samedi 3 août, alors que des appels au rassemblement en mémoire de Steve Maia Caniço se sont multipliés, "inquiète" l'adjoint communiste à la mairie de Nantes, Aymeric Seassau. "On ne peut pas, alors que les propos du Premier ministre lundi soir ont été reçus dans la stupeur à Nantes, répondre par plus d'interdits", déplore-t-il sur franceinfo jeudi. "Il y a, à Nantes, de la douleur, de l'émotion. Et cette émotion doit pouvoir continuer à être accueillie et pouvoir se manifester."

"Croyez-moi, nous allons continuer de nous faire entendre jusqu'à ce que nous obtenions justice pour Steve", a-t-il assuré, qualifiant de par ailleurs de "honteuse" la tentative du Premier ministre de "ne pas assumer ses responsabilités et de tenter de faire reporter les responsabilités sur d'autres", comme la préfecture ou la mairie de Nantes.

franceinfo : Le préfet de Loire-Atlantique a décidé d'interdire tout rassemblement dans le centre-ville de Nantes samedi entre 10 heures et 20 heures, alors que de nombreux appels à se rassembler en hommage à Steve circulent sur les réseaux sociaux. Comprenez-vous cette décision ?

Aymeric Seassau : Cette décision m'inquiète. Il y a, à Nantes, de la douleur, de l'émotion. Et cette émotion doit pouvoir continuer à être accueillie et pouvoir se manifester. On ne peut pas, alors que les propos du Premier ministre lundi soir ont été reçus dans la stupeur à Nantes, répondre par plus d'interdits et par une présence accrue dans le centre-ville. Puisque le préfet a noté qu'il faut respecter ces initiatives à la mémoire de Steve, quelle est sa proposition pour le bon déroulé de ces initiatives à Nantes ? Il n'y a rien. Il y a des interdits, il y a la promesse de forces de l'ordre en nombre supplémentaire pour du maintien de l'ordre dans un pays où la politique de maintien de l'ordre, je le rappelle, est contestée par le Conseil de l'Europe, par le Défenseur des droits, par l'ONU. C'est grave, parce que ça contribue à une rupture entre la confiance dans la République et ses représentants, les forces de l'ordre. Il faut interroger la politique qui est conduite et qui amène ces forces de l'ordre à un certain nombre d'actions violentes que nous contestons aujourd'hui.

Un témoin de la soirée, Romain, assure ce jeudi que l'IGPN n'a pas voulu entendre son récit. Est-ce que son témoignage jette encore plus le doute, selon vous, sur cette enquête de l'IGPN rendue publique par le Premier ministre en début de semaine ?

Moi je m'associe aux propos de Romain. Nous voulons à Nantes que se manifeste la vérité. Et voilà encore un témoignage accablant après les vidéos, après les dizaines de personnes participantes à cette soirée qui ont décidé de lancer une procédure judiciaire collective. Et nous avons un Premier ministre, lundi, qui nous dit, droit dans ses bottes, qu'il soutient l'action de son ministre de l'Intérieur et qu'il n'y a pas de lien. Ce sont ses mots. Pour lui, le rapport de l'IGPN ne montre pas de lien entre l'intervention policière et la disparition. Mais encore une fois, nous voulons la vérité. Parce que c'est la vérité qui permettra de faire justice et de rendre justice aux proches de Steve malgré le fait que ce soit aujourd'hui irréparable.

Lors de son allocution, le Premier ministre a aussi évoqué la préfecture mais aussi la mairie. Est-ce que vous craignez vous d'être visé par les propos du Premier ministre et par l'enquête de l'administration ?

Je crois que le Premier ministre a choisi - et c'est à mon sens honteux - de ne pas assumer ses responsabilités et de tenter de faire reporter les responsabilités sur d'autres. En réalité, il y a des installations de ce type depuis 20 ans à cet endroit. Il y a des soirées de ce type dans tous les coins de France tous les week-ends, parfois à côté de cours d'eau. Le problème de cette soirée-là, c'est bien une intervention policière qui encore une fois a projeté plus d'une quinzaine de jeunes à la Loire d'après ce que nous savons. Onze ont été récupérés par les secours et d'autres sont remontés par leurs propres moyens. Nous répondrons à toutes les enquêtes qui se présenteront à nous de la manière la plus claire qui soit. Mais n'essayons pas de faire croire qu'il y aurait d'autres responsabilités que celle de cette intervention policière. Ce qui s'est passé, c'est qu'il y avait des jeunes en train de célébrer la culture, le partage dans la liberté et d'écouter de la musique qui se sont retrouvés dans un nuage de gaz lacrymogène, qui ont couru et qui ont senti le sol se dérober sous leurs pieds. Voilà ce qui s'est passé. Un homme est allé écouter un concert et il a perdu la vie. C'est inacceptable et croyez moi nous allons continuer à nous faire entendre jusqu'à ce que nous obtenions justice pour Steve.