Fusillades à Marseille : "Ce ne sont pas des renforts au compte-gouttes qui vont régler le problème", estime l'adjoint en charge de la sécurité

Deux personnes ont été tuées dans une fusillade dans le quatorzième arrondissement de Marseille tandis que la troisième a été enlevée puis brûlée vive dans sa voiture.

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Radio France
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Les trois personnes ont été tuées dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22 août dans les quartiers nord. Photo d'illustration (GERARD JULIEN / AFP)

"Ce ne sont pas des renforts au compte-gouttes qui vont régler le problème", a estimé dimanche 22 août sur franceinfo Yannick Ohanessian, adjoint à la mairie de Marseille en charge de la sécurité, après une nouvelle nuit de violences ayant fait trois morts dans deux fusillades distinctes. Selon lui, "ça doit interroger l'État sur sa capacité à donner des moyens conséquents."

franceinfo : Est-ce que votre détermination à enrayer la violence à Marseille et à faire de Marseille une ville plus apaisée est entamée après cette semaine de morts et de blessés presque quotidiens ?

Yannick Ohanessian : Évidemment, mais je ne veux pas de la communication politicienne. Je suis né dans cette ville et j'ai un sentiment de colère aujourd'hui, car cela fait des années que les élus, comme des collectifs de citoyens ou d'associations, crient leur désarroi face à cette situation. On a évidemment actuellement une recrudescence de ce qui s'apparenterait à des règlements de comptes, mais on a déjà connu ça en 2016. On connaît tout cela sur la dernière décennie dans cette ville. La question que je me pose aujourd'hui, c'est comment il est possible qu'il y ait autant de circulation d'armes pour quelques centaines d'euros dans cette ville ? Ça, c'est inacceptable.

"Je pense qu'il faut qu'il y ait une vraie réflexion profonde dans cette ville sur la présence de fonctionnaires de police."

Yannick Ohanessian

à franceinfo

   

En tant qu'adjoint à la sécurité, comment faire pour enrayer tous ces règlements de comptes gangrénés par le trafic de drogue ?

Ecoutez, je crois qu'en la matière, les dix années qui se sont écoulées le prouvent : malheureusement, la politique des petits pas ne marchera pas en la matière. Et donc, il faut évidemment un changement de paradigme. La politique des petits pas, c'est le travail qui est mené par les gouvernements successifs depuis dix, quinze ans maintenant, qui consiste à mener des opérations. Cela permet, à un moment donné, de faire tomber un réseau. Ça permet, à un moment donné, de mettre derrière les verrous certains trafiquants. Mais pour autant, on ne traite pas en profondeur la maladie qui gangrène cette ville qui est un fléau, c'est le trafic de stupéfiants. Je pense qu'il y a maintenant sérieusement besoin que l'ensemble des acteurs se mettent autour de la table pour voir la réalité de ce qui se passe aujourd'hui dans un certain nombre de cités de Marseille et qu'on traite le problème à la racine. Je pense que c'est un fléau national, une question nationale. C'est une question que l'État doit se poser : comment on arrive à faire en sorte que demain, on endigue ce trafic de stups qui gangrène et qui met la peur au ventre à des familles entières ?

Faut-il plus de policiers ? La préfecture de police de Marseille rappelle ce dimanche que 94 policiers sont arrivés en renfort à Marseille depuis le début de l'année. Est-ce assez ?

Évidemment que non. Je suis en charge de la police municipale. Je sais ce que ça veut dire aujourd'hui d'avoir des effectifs supplémentaires, mais lorsque vous devez les faire tourner sur plusieurs vacations pour assurer un 24h/24, 94 policiers, c'est pratiquement rien. Nous sommes sur une ville de 240 kilomètres carrés de superficie, avec 111 quartiers, la ville la plus étendue de France et près de 900 000 habitants. Ça doit interroger l'État à un moment donné sur sa capacité à donner des moyens conséquents, des moyens humains et des moyens matériels. Je suis régulièrement sur le terrain. Je croise les fonctionnaires de police qui ne comptent pas leurs heures pour traiter les problèmes, mais qui sont en même temps malheureux, fatigués de cette situation eux-mêmes et donc ils ont besoin de renforts. Pourtant, ce ne sont pas des renforts au compte-gouttes qui viendront régler le problème. 

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