Affaire du "Grêlé" : "On tombe un peu de l'armoire quand on apprend qu'on a trouvé l'auteur", s'exclame un avocat de familles de victimes

Me Didier Seban regrette toutefois que l'ancien gendarme suicidé emporte avec lui ses secrets. "On ne saura pas tout ce qu'a fait le 'Grêlé'", déclare l'avocat qui laisse entendre qu'il y a eu d'autres crimes.

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L'avocat Didier Seban, le 8 juin 2021. (FRED HASLIN / MAXPPP)

L'identification du "Grêlé", un "cold case" vieux de 35 ans, a été confirmée jeudi soir par l'ADN retrouvé sur le corps de François Vérove, un ancien gendarme retrouvé suicidé alors qu'il était convoqué pour donner son ADN. "Ça paraît incroyable", réagit vendredi 1er octobre sur franceinfo maître Didier Seban, avocat des familles de Cécile Bloch, Karine Leroy, et d'une victime de viol imputé au "Grêlé". "Ça fait tellement longtemps que les enquêteurs, la justice et les familles cherchent. On tombe un peu de l'armoire quand on apprend que l'on a trouvé l'auteur", explique-t-il. Le "Grelé est accusé d'au moins quatre meurtres et six viols en région parisienne dans les années 1980 à 1990.

franceinfo : Comment réagissent les familles à la confirmation de l'identité du "Grêlé" ?

Didier Seban : Ça paraît incroyable. Ça fait tellement longtemps que les enquêteurs, la justice et les familles cherchent. On tombe un peu de l'armoire quand on apprend que l'on a trouvé l'auteur.

"Il y a à la fois une sorte de satisfaction parce que pour les familles, ne pas savoir, c'est imaginer qu'on peut le recroiser à n'importe quel moment. Et aussi, après, un sentiment d'amertume, parce que qu'il ne livrera pas ses secrets."

Me Didier Seban, avocat de familles de victimes du "Grêlé"

à franceinfo

On ne saura pas tout ce qu'a fait le "Grêlé", alors que beaucoup de familles sont certainement dans l'attente de rapprochements, d'explications. On parle d'un certain nombre de meurtres et de viols, mais on pense qu'il y en a d'autres.

Le suicide de François Vérove a mis un coup d'arrêt à la procédure. Il n'y aura donc pas de procès, et des questions qui vont rester sans réponse ?

Nous allons demander à la justice de continuer à enquêter, pour savoir s'il a pu avoir des complices et pour déterminer le nombre de victimes qu'il a pu causer. Les familles doivent avoir des réponses. Il a laissé son ADN sur un certain nombre de scènes de crime, c'est ce qui fait qu'on peut aujourd'hui dire que c'est certainement lui, d'autant plus qu'il a passé des aveux écrits. Par contre, il y a d'autres affaires sur lesquelles on n'a pas retrouvé son ADN mais qu'on a rapprochées du "Grêlé", compte tenu des modes opératoires et des lieux, comme le meurtre de Karine Leroy. C'est là que l'enquête doit se poursuivre pour donner des réponses à ces familles qui sont encore dans l'attente.

François Vérove faisait partie des quelque 750 gendarmes convoqués ces derniers mois et appelés à fournir leur ADN. Après 35 ans d'enquête, qu'est-ce qui explique ces nouvelles investigations ?

Les policiers ont tout essayé, je dois dire que je n'ai pas beaucoup de griefs à leur égard. C'était l'affaire qui était dans toutes les têtes à la "crim". Récemment, on a essayé une chose : la dernière affaire imputée au "Grêlé" s'était tenue près d'un centre d'entraînement de la gendarmerie. On s'est donc posé la question de savoir qui était passé par ce centre d'entraînement. On a vérifié un certain nombre de gendarmes, ce qui impliquait d'interroger beaucoup de monde, de vérifier leurs emplois du temps et leur ADN. Je crois que c'est ce qui a permis d'avancer. On avait essayé d'autres pistes d'enquête, et vérifié au travers de la génétique. Les enquêteurs avaient l'ADN du "Grêlé", c'était cela le plus troublant. On se disait : "Il va être contrôlé un jour ou l'autre, son ADN va être prélevé". Certains disaient qu'il était mort, puisqu'on ne retrouvait plus sa trace nulle part. Nous avions cet espoir d'une remontée au travers de l'ADN, il y avait aussi des travaux sur la génétique qui étaient faits pour rapprocher familialement l'ADN de l'auteur d'autres personnes qui auraient pu être contrôlées. Mais nos derniers raisonnements nous ont conduits à penser que le lieu du dernier crime, visiblement, parlait à l'auteur.

"On avait la conviction que c'était un policier ou un gendarme, à la fois dans la violence avec laquelle il s'en est pris à ses victimes et dans ses techniques (sa manière de présenter sa carte tricolore, un certain nombre de propos aux victimes qui ont pu témoigner)."

Me Didier Seban

à franceinfo

En fait, c'était à la fois un policier et un gendarme.

François Vérove a en effet été gendarme puis policier pendant toute sa carrière. Sa position et son poste ont-ils pu lui permettre de masquer ses traces dans cette enquête ?

J'en suis convaincu. Il connaissait toutes les techniques policières. Je pense qu'il a tout fait pour qu'on ne prélève jamais son ADN, et c'est la raison de son suicide. Il savait que s'il était convoqué et qu'on prélevait son ADN, on ferait le rapprochement. Il est certain qu'il a pu effacer ses traces et suivre l'enquête de manière à ne jamais pouvoir être inquiété.

Cette affaire n'est pas encore complètement close : il y a peut-être des complices, d'autres meurtres. Quelle est la suite aujourd'hui ?

Maintenant qu'il est identifié, il s'agit de refaire son parcours. D'après les informations qu'on a eues, il a servi en région parisienne et dans les Bouches du Rhône. Il faut donc voir si, autour de ce parcours, il n'y a pas d'autres crimes non élucidés puisque au moment où il commet ses premiers crimes, la technique de l'ADN n'est pas encore utilisée. Après, elle l'est, et il le sait puisqu'il est lui-même dans les forces de l'ordre. Donc aurait-il commis d'autres crimes sans laisser son ADN ? Ce sont des questions auxquelles il faudra que la justice réponde.

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