Ce que l'on sait sur la mort de cinq résidents après leur dîner dans un Ehpad près de Toulouse

Une enquête a été ouverte après le décès de cinq personnes âgées dans cet établissement situé au Lherm, dans la nuit de dimanche à lundi. Treize autres résidents sont en situation d'urgence relative selon Korian dans un bilan publié à la mi-journée. 

Des gendarmes devant l\'établissement d\'hébergement pour personnes âgées \"La Chêneraie\" à côté de Toulouse (Haute-Garonne), où cinq personnes sont mortes le 31 mars 2019. 
Des gendarmes devant l'établissement d'hébergement pour personnes âgées "La Chêneraie" à côté de Toulouse (Haute-Garonne), où cinq personnes sont mortes le 31 mars 2019.  (ERIC CABANIS / AFP)

Le bilan s'est alourdi, lundi. Cinq personnes âgés résidant dans l'Ehpad La Chêneraie, situé au Lherm, au sud-ouest de Toulouse, sont mortes après leur dîner, dimanche 31 mars. Dix-neuf autres résidents restaient placés sous surveillance médicale, lundi après-midi, "dont 16 en urgence relative sans que le pronostic vital de l'une d'elle ne soit engagé", a précisé dans un communiqué le procureur de Toulouse, Dominique Alzeari. 

Le parquet a été saisi et des investigations "sont en cours pour déterminer l'origine de l'intoxication alimentaire présumée", avait indiqué la préfecture plus tôt. Franceinfo fait le point sur ce drame aux origines encore mystérieuses.

De violents vomissements après le dîner 

"Il y a eu des vomissements de personnes après le dîner" du dimanche soira indiqué la sous-préfète de permanence Marie-Paule Demiguel à France Bleu Occitanie. "Les symptômes seraient arrivés environ une heure et demie après la fin du repas", a complété l’adjoint au maire de Lherm Frédéric Pasian. Les secours se sont rendus immédiatement sur place. 

Le problème est survenu "apparemment sur des repas spéciaux, des repas mixés pour personnes en fin de vie. C'est ce que le personnel nous a dit", a affirmé aux journalistes Chantal, la fille d'un couple résident, qui n'a pas été malade. 

Les personnes décédées sont quatre femmes, l'une de 76 ans, les autres âgées de 93 à 95 ans, et un homme de 93 ans, a précisé à l'AFP une source proche de l'enquête. Les familles ont été prévenues dans la nuit, mais certaines ne s'en sont aperçues qu'au réveil. "Je n'ai appris la nouvelle que ce matin. Les gendarmes et l'hôpital de Rangueil ont essayé de me joindre cette nuit mais mon téléphone était coupé", confie la fille d'une victime à La Dépêche du Midi"J'étais encore là samedi soir pour lui donner son repas. On s'est dit au revoir et là, j'apprends à la télé qu'elle est morte", raconte une proche d'une autre résidente morte dimanche soir, toujours à La Dépêche du Midi. 

Une enquête ouverte 

Le parquet de Toulouse a ouvert une enquête pour "homicides involontaires et blessures involontaires", a confirmé le procureur de Toulouse lundi. Elle sera menée en lien avec l’agence régionale de santé (ARS). Celle-ci a entamé les premières investigations cette nuit. "Elles se poursuivront ce lundi sur la base d'un questionnaire alimentaire qui sera administré auprès des résidents", précise l'agence. 

"On soupçonne une intoxication alimentaire puisque ces événements se sont déroulés après le repas. La vice-procureure de la République qui était sur place [dimanche] soir a évidemment engagé des investigations et a souhaité que les cuisines notamment soient sous scellés. Ces analyses vont débuter au plus tôt ce [lundi] matin", a indiqué la sous-préfète Marie-Paule Demiguel sur BFMTV"La cuisine de l'Ehpad ainsi que les chambres des victimes ont été bouclées, a confirmé l'adjoint au maire Frédéric Pasian. Les enquêteurs étaient sur place [lundi matin] pour procéder aux prélèvements, dont les analyses, j'imagine, sont en cours." 

L'enquête doit notamment déterminer si les repas étaient préparés en interne ou apportés de l'extérieur. L'établissement, repris par le groupe Korian le 18 février, "produit les repas sur place avec ses propres équipes de cuisine", a assuré ce dernier. Dans un communiqué, le groupe ajout que "le dernier contrôle réglementaire d'hygiène, réalisé par un bureau d'étude externe, a eu lieu le 12 février 2019. Les résultats de ce contrôle étaient conformes." "Nous n'avons pas eu connaissance du fait que le repas de dimanche soir ait été apporté de l'extérieur", a indiqué à l'AFP le directeur général de l'ARS d'Occitanie.

Mais Alain Lapeyre, le fils d'une nonagénaire décédée, a affirmé à la presse que le dîner incriminé avait été livré dimanche soir de l'extérieur, précisant que l'information lui avait été donnée par le médecin traitant de l'établissement. Une autre parente, Marie, dont le père de 78 ans n'a pas été intoxiqué, a confirmé avoir eu la même information. Le problème est survenu "apparemment sur des repas spéciaux, des repas mixés pour personnes en fin de vie", a pour sa part affirmé Chantal, fille d'un couple résident indemne.

Des familles en colère 

Le fils de l'une des victimes décédées a décidé de porter plainte. "Je suis en colère. C'est inadmissible. On paye pas loin de 3 000 euros par mois. Il faut que la lumière soit faite là-dessus", a déclaré Alain Lapeyre à franceinfo. Sa mère, atteinte de la maladie d'Alzheimer, était pensionnaire à la Chêneraie depuis dix ans. 

D'autres proches s'interrogent sur l'origine de cette possible intoxication. "J'ai encore le menu dans mon sac et je sais qu'hier soir, ils ont mangé de la salade périgourdine", assure à La Dépêche du Midi la fille de l'une des victimes. "Il fallait que ça arrive un jour", glisse de son côté à France Bleu la fille d'une résidente présente dans cet établissement depuis huit ans. Elle affirme qu'il y a déjà eu beaucoup de problèmes avec la nourriture, préparée à bas coûts. D'autres familles rencontrées par France Bleu ont préféré souligner des problèmes d'effectifs. "C'est pour cela qu'on allait souvent faire dîner notre grand-mère", relate une petite-fille de l'une des victimes à La Dépêche du Midi

Une cellule d'urgence médico-psychologique doit être constituée. En attendant, les familles disposent d'un centre d'accueil dans le centre-bourg de Lherm, et peuvent appeler le 05 62 23 27 22.