Corrèze : la fillette retrouvée dans un coffre de voiture souffre d'autisme à cause de la maltraitance infligée par ses parents

Les faits reprochés aux parents de la petite fille sont donc passibles de la réclusion criminelle et peuvent être jugés devant une cour d'assises.

La maison dans laquelle Serena a été dissimulée par sa mère depuis sa naissance, à Brignac-la-Plaine (Corrèze), le 28 octobre 2013.
La maison dans laquelle Serena a été dissimulée par sa mère depuis sa naissance, à Brignac-la-Plaine (Corrèze), le 28 octobre 2013. (DIARMID COURREGES / AFP)

Pendant deux ans, son existence avait été cachée par ses parents. Finalement, Serena avait été retrouvée en 2013, dans le coffre d'une voiture. La fillette souffre aujourd'hui d'autisme, indique un rapport d'expertise, cité par le parquet de Brive (Corrèze) mardi 12 juillet. Les faits reprochés aux parents de l'enfant, mis en examen, sont donc passibles de la réclusion criminelle devant une cour d'assises.

L'enfant a vécu "dans une pièce où personne n'allait"

La mère de Serena avait déposé sa voiture chez un garagiste de Terrasson (Dordogne), le 25 octobre 2013. C'est là que la petite fille avait été retrouvée, sale, nue, déshydratée et en carence de soins. Mariée et élevant trois autres enfants, sa mère avait expliqué comment elle avait donné naissance à la fillette en novembre 2011, seule chez elle à Brignac (Corrèze).

"C'est un bébé qui a vécu dans ma maison, dans une pièce où personne n'allait", a-t-elle affirmé. Selon ses dires, elle n'avait jamais parlé de cette naissance, y compris à son mari. Son avocate avait rapidement évoqué la thèse d'un déni de grossesse.

Une capacité à communiquer "gravement altérée"

Un nouveau rapport d'expertise, reçu le 26 mai dernier par la juge d'instruction, établit un "lien de causalité" entre l'isolement du bébé et un "syndrome autistique vraisemblament irréversible". Lorsqu'ils ont examiné Serena, les experts ont relevé que "la sphère de la communication et notamment de la communication verbale était gravement altérée". "Le langage comportait des sons sommaires qui n'étaient pas adressés à autrui sauf, à des moments privilégiés, à son assistante maternelle", précise le procureur de Brive.

Sur le plan du développement physique, les experts ont noté que la fillette, bien qu'âgée de 4 ans au moment de l'examen, présentait un "développement réel de 3 ans sur le plan postural et de 18 mois pour les coordinations".

"Il peut être considéré que les conditions dans lesquelles elle avait été enfermée dans l'obscurité et sans contact avec les personnes environnantes ont entraîné une désorganisation précoce des récepteurs, et que, passé ce stade, les altérations prennent un caractère définitif", ajoute-t-il.

Des "faits de nature criminelle" passibles de 20 ans de prison

Pour les experts, Serena souffre d'une "incapacité permanente" qui sera "certainement importante" mais encore impossible à évaluer définitivement. Ces séquelles résulteraient bien de la maltraitance psychologique et émotionnelle qu'elle a subie.

Les deux parents de la petite fille avaient été mis en examen pour privation de soins par ascendant, violence habituelle sur mineur et dissimulation. Ces délits sont passibles de plus de dix ans de prison devant un tribunal correctionnel.

"Les faits reprochés aux personnes mises en examen peuvent donc désormais être qualifiés de violences habituelles sur mineure de 15 ans ayant entraîné une infirmité permanente", a détaillé le procureur de Brive. Ces "faits de nature criminelle", passibles de 20 ans de réclusion, peuvent être jugés devant une cour d'assises. Le parquet de Brive a donc demandé à être dessaisi du dossier au profit du pôle de l'instruction du tribunal de Limoges (Haute-Vienne) chargé des affaires criminelles.