Attaque terroriste dans un lycée d'Arras : comment faire face aux images violentes sur les réseaux sociaux ? Les conseils d'une psychiatre

Muriel Salmona explique notamment que les adolescents ne doivent pas "rester seuls" face à ces informations : "Il faut s'en préoccuper et ne pas hésiter à consulter aussitôt qu'on a l'impression que c'est trop difficile pour eux."
Article rédigé par franceinfo
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Près du lycée Gambetta à Arras (Pas-de-Calais) où une attaque au couteau a fait un mort et trois blessés, le 13 octobre 2023. (ALEXIS SCIARD / MAXPPP)

"Il faut vraiment protéger particulièrement les personnes les plus vulnérables", face aux images et aux "commentaires haineux" qui circulent sur les réseaux sociaux, après l'attaque au couteau au lycée d'Arras, conseille vendredi 13 octobre sur franceinfo le docteur Muriel Salmona, psychiatre, spécialisée en psychotraumatologie, présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie.
Après la semaine marquée aussi par l'attaque du Hamas sur Israël, Muriel Salmona invite à "ne pas être continuellement sur les réseaux sociaux" car il peut y avoir "un traumatisme supplémentaire par rapport à l'exposition de ces actes d'atrocité"

franceinfo : Comment sort-on indemne d'une semaine marquée par l'attaque du Hamas sur Israël et l'attaque au couteau d'Arras ?

Muriel Salmona : C'est difficile parce que c'est particulièrement choquant. C'est une exposition à des situations inhumaines qui sont traumatisantes en soi. Ce qui est sûr, c'est qu'il faut être entouré, qu'il faut ne pas être trop exposé. Il y a un élément qui est vraiment important, c'est de ne pas être continuellement sur les réseaux sociaux, de ne surtout pas regarder des vidéos qui transmettent des images violentes et de pas lire des commentaires haineux, d'essayer de se protéger un maximum. Le traumatisme est déjà intense. Et là, il peut y avoir un traumatisme supplémentaire par rapport à l'exposition de ces actes d'atrocité, de ces actes inhumains.

Est-ce que cela pèse de baigner dans cette atmosphère ?

Oui, ça pèse. C'est fait pour ça. C'est fait pour créer un climat de terreur et pour traumatiser tout le monde. Et c'est sidérant et traumatisant. Du coup, le cerveau est vulnérable à des images, à des situations inhumaines et crée des systèmes de protection qui fait que l'on va avoir des images qui vont possiblement nous hanter ensuite.

"Il y a aussi une sorte d'anesthésie émotionnelle qui est très piégeante. Parce qu'on peut avoir l'impression qu'on supporte d'aller regarder tous ces commentaires, toutes ces vidéos. Mais en fait, on ne le supporte pas. On est anesthésié et le traumatisme s'auto aggrave. Il faut vraiment protéger particulièrement les personnes les plus vulnérables."

Muriel Salmona, psychiatre

à franceinfo

Est-ce qu'il y a aussi le paradoxe d'être entre l'envie de rester dans sa bulle et ce besoin de s'informer, d'aller lire, d'aller écouter, d'aller voir ?

Oui, tout à fait. C'est primordial d'avoir des informations, de pouvoir échanger, de pouvoir analyser, justement pour sortir de la sidération, d'avoir des éléments concrets qui permettent d'avoir des éléments de compréhension. Mais par ailleurs, il faut surtout faire très attention que, le fait d'être continuellement exposé va créer un traumatisme en soi.

"Il faut pouvoir ne pas être exposé à des images ou à des commentaires haineux, mais être plutôt dans l'échange, dans la volonté de remettre le monde à l'endroit, dans la solidarité, dans le fait de recréer des liens pour échapper à cette situation qui est atroce et inhumaine."

Muriel Salmona, psychiatre

à franceinfo

Comment trouver un temps d'échange ou de parole à la maison ? On a peut-être aussi envie de protéger ses enfants, de parler d'autre chose.

Il ne faut pas forcer. Il faut essayer d'en parler. Ce qui est le mieux, c'est, pour des jeunes autour de soi, de leur poser la question de ce qu'ils ont entendu, des questions qu'ils se posent pour pouvoir essayer d'y répondre avec eux. Il ne faut pas qu'ils restent seuls. Parce que, à vouloir les protéger trop sans en parler, eux restent avec tout ce qu'ils ont vu, toutes les questions qu'ils ont en tête tout seuls. Donc il faut vraiment pouvoir aller vers eux et se préoccuper de leur état, comment ils vont, s'ils arrivent à dormir, est-ce qu'ils ne font pas des cauchemars. Est-ce qu'ils n'ont pas l'impression d'être déconnectés émotionnellement ? Quand on est tellement traumatisé, on peut avoir l'impression de ne plus avoir de sentiment, d'empathie alors que ce n'est pas ça du tout ça. C'est le trauma. Il faut s'en préoccuper et ne pas hésiter à consulter aussitôt qu'on a l'impression que c'est trop difficile pour eux.

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