Viande de cheval : "La Commission européenne tente de minimiser le problème"

Les tests menés en Europe montrent que la France est le pays le plus touché par cette fraude. La réaction d'Olivier Andrault, de l'UFC-Que choisir.

Un agent la Direction départementale de la protection de la population (DDPP) contrôle le retrait des produits contenant du cheval, dans un supermarché d\'Hérouville Saint-Clair (Calvados), le 26 février 2013.
Un agent la Direction départementale de la protection de la population (DDPP) contrôle le retrait des produits contenant du cheval, dans un supermarché d'Hérouville Saint-Clair (Calvados), le 26 février 2013. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

La Commission européenne a publié, mardi 16 avril, les résultats définitifs des tests ordonnés dans toute l'Europe après la découverte de viande de cheval dans des produits censés contenir uniquement du bœuf. D'après les tests ADN effectués, la France est le pays le plus touché, avec 13% de produits non conformes, contre 5% dans l'ensemble des 11 pays contrôlés. Pour Olivier Andrault, de l’association de défense de consommateurs UFC-Que choisir, interrogé par francetv info, le problème vient de défaillances qui ne concernent pas seulement la France, mais toute l’Union européenne.

Francetv info : Selon les résultats publiés, la France est le pays le plus touché par la fraude à la viande de cheval. Etes-vous surpris ?

Olivier Andrault : Pas du tout, d’autant qu’un acteur français, l’entreprise Spanghero, a été identifié comme fraudeur. Mais cela ne veut pas dire que le système français est le plus défaillant. Le problème est le même dans l’ensemble de l’Union européenne : il s’agit d’un problème de réglementation sur les produits bruts. Nous demandons depuis longtemps que la législation européenne évolue et que l’étiquetage du pays d’origine de la viande utilisée dans les produits soit rendu obligatoire. Il y a tout de même une spécificité française à garder à l'esprit, c’est notre déficit de contrôleurs. Les faibles effectifs d’inspecteurs vétérinaires en France ont été pointés du doigt dès 2006 et 2008 par l’Union européenne.

Pour le commissaire européen en charge de la santé et de la consommation, les résultats publiés confirment que l’arnaque à la viande de cheval est "un cas de fraude alimentaire, et non de sécurité alimentaire". Qu’en pensez-vous ?

La Commission européenne fait preuve d’une forme d’autisme. Certains tests effectués sur des carcasses de chevaux ont révélé la présence non négligeable de phénylbutazone, un anti-inflammatoire dangereux pour la santé [ce produit a été détecté dans 14 cas recensés au Royaume-Uni, en Irlande et en République tchèque, sur un ensemble de 3115 carcasses contrôlées]. Quand la Commission européenne tente de minimiser le problème en affirmant que cela n’est pas dangereux pour la santé, elle nous fait passer des vessies pour des lanternes ! Le danger concernant la traçabilité des produits est réel.

Pensez-vous que la grande distribution a sa part de responsabilité dans les fraudes qui ont été découvertes ?

Oui, les chaînes de grande distribution sont concernées puisqu’elles ne s’occupent pas seulement de la distribution, elles fabriquent aussi leurs propres produits vendus sous leurs propres marques. Elles doivent rendre obligatoire l'étiquetage sur l'origine des viandes dans les produits qu'elles vendent. Certaines s’y opposent en affirmant que ces informations risqueraient d'inquiéter les clients, mais c’est un faux argument. Les consommateurs sont prêts à acheter de la viande même si elle ne vient pas de France, ce qu’ils veulent, c’est en être informés. Pourquoi faudrait-il avoir honte de l’origine des produits ? La vraie raison, c’est que certains préfèrent garder un système opaque.