Comment l'étau s'est resserré autour du tueur présumé du Sud-Ouest

A Toulouse, les forces de l'ordre mènent une guerre d'usure contre Mohamed Merah, retranché chez lui. Le dernier épisode d'une affaire qui tient la France en haleine depuis dix jours. 

Un camion du GIPN arrive dans le quartier la Côté Pavée à Toulouse le 22 mars 2012 où Merah est erné dans son logement par les forces de l\'ordre.
Un camion du GIPN arrive dans le quartier la Côté Pavée à Toulouse le 22 mars 2012 où Merah est erné dans son logement par les forces de l'ordre. (PASCAL PAVANI / AFP)

Mohamed Merah. Le nom de l'auteur présumé des tueries de Montauban et de Toulouse, suspecté d'avoir assassiné sept personnes entre le 11 et le 19 mars, a résonné toute la journée du mercredi 21 mars, alors que les forces de l'ordre ont engagé des négociations avec le jeune homme de 23 ans, retranché chez lui. FTVi revient sur une affaire qui a bouleversé les Français.

          • Quels sont les faits reprochés à Mohamed Merah ? 

L'homme de 23 ans est suspecté d'être l'auteur des fusillades perpétrées à Toulouse et à Montauban, lesquelles ont fait sept morts entre le 11 et le 15 mars.  

- Les meurtres de trois militaires. Son macabre périple débute le 11 mars à Toulouse. Imad Ibn Ziaten, 30 ans, membre du 1er Régiment du train parachutiste de Francazal est contacté via un site de vente en ligne sur lequel le soldat vend sa moto. Sous prétexte de vouloir la lui acheter, le tueur présumé lui aurait donné rendez-vous. Le militaire est tué d'une balle dans la tête, tirée à bout portant. 

Quatre jours plus tard, deux autres militaires du 17e Régiment de génie parachutiste de Montauban, Abel Chennouf, 25 ans, et Mohamed Legouade, 23 ans, sont abattus en pleine rue. Un troisième soldat, Loïc Liber, est grièvement blessé. Les témoins racontent avoir vu un homme en scooter, casqué, faire feu sur les hommes en tenue, avant de prendre la fuite sur son deux-roues.
> Deux militaires abattus à Montauban, un troisième grièvement blessé

Vendredi, les deux enquêtes sont regroupées en raison de leur similitude. Il est désormais établi que la même arme a servi pour les meurtres des trois hommes.
Militaires tués : les deux enquêtes regroupées

- Les meurtres de quatre personnes juives dont trois enfants. Lundi 19, vers 8h10, un homme ouvre le feu sur des personnes qui se trouvent devant le collège-lycée juif Ozar-Hatorah, à Toulouse. Un enseignant de 30 ans, le rabbin Jonathan Sandler, ses petits garçons, Gabriel et Arieh, âgés respectivement de 3 et 5 ans, et Myriam Monsenego, la fille du directeur de l'école, âgée de 8 ans, meurent sur place. Un jeune homme de 17 ans est grièvement blessé. Là encore, le tireur circule en scooter. 

Quelques heures plus tard, le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, arrivé sur les lieux pour coordonner l'enquête, confirme que les trois épisodes meurtriers du Sud-Ouest sont liés. La ville rose est placée sous un dispositif de surveillance Vigipirate "écarlate".

> Récit d'un drame qui bouleverse le pays
> Toulouse vit dans la psychose 

Le drame de l'école suscite une très vive émotion dans toute la France. Des marches blanches sont organisées. Communautés juives et musulmanes appellent à l'unité. 

 

          • Comment le suspect a-t-il été identifié ?   

Deux pistes ont notamment permis aux enquêteurs d'identifier Mohamed Merah, un Toulousain de 23 ans, connu des services de polices pour des actes de violences commis dans sa jeunesse. Il est par ailleurs dans le radar de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) depuis deux voyages entrepris dans les zones tribales du Pakistan et d'Afghanistan. 

Les policiers réussissent à remonter jusqu'à l'ordinateur d'un des membres de la famille du suspect, lequel a servi à contacter sa première victime, le parachutiste Imad Ibn Ziaten.

Parallèlement, les enquêteurs ont suivi la piste du scooter. Le tueur se déplaçait sur un puissant modèle Yamaha T-Max 530. Un concessionnaire du nord-est de Toulouse explique alors à la police avoir été approché par Mohamed Merah. Ce dernier lui avait demandé comment désactiver la puce antivol sur ce type de deux-roues, ce que le concessionnaire avait refusé d'indiquer. 
> Comment les enquêteurs ont remonté la piste du suspect

Après avoir écarté différentes pistes, comme celle d'un tireur néo-nazi, les enquêteurs savent désormais que le suspect se revendique de la mouvance salafiste et se présente comme un jihadiste affilié au groupuscule terroriste Al-Qaïda.
> Comment la France surveille-t-elle les jihadistes ?

          • Comment tout s'est accéléré mercredi ?

A 3h10 mercredi matin, les hommes du Raid pénètrent dans l'immeuble du quartier résidentiel ou vit Mohamed Merah. Cette intervention a été minutieusement préparée par une réunion de travail dans la nuit à la préfecture de Toulouse. Mais quand les forces de l'ordre lancent leur assaut, le forcené répond avec des armes de guerre et blesse trois policiers. 

Entre les tirs, de pénibles tractations ont lieu, à travers la porte de l'appartement, pour le convaincre de se rendre. Aux hommes du Raid, il explique ses motivations et indique qu'il avait prévu de tuer encore : deux policiers et un militaire.  Selon le procureur de la République de Paris, l'homme a d'ailleurs indiqué "aux enquêteurs (...) qu'il avait déjà identifié" ses futures victimes. 
Toulouse : le tueur présumé s'apprêtait à tuer deux policiers et un militaire 

En fin de matinée mercredi, les habitants de l'immeuble cerné sont enfin évacués. 

 > Le déroulement de la journée 

 

          • L'assaut va-t-il être donné ? 

Plusieurs fois dans la journée, Mohamed Merah a indiqué sa volonté de se rendre. Mais toujours plus tard. Après avoir évoqué 14h30, il a finalement remis à plus tard ses intentions. En fin de soirée, la situation restait très incertaine à Toulouse.

Dans la nuit, le quartier est plongé dans le noir. A 23h34, trois détonations retentissent. Puis plusieurs se font entendre au cours de la nuit "Ce sont des manœuvres d'intimidation pour mettre la pression sur le forcené qui a, semble-t-il, changé d'avis et ne souhaite plus se rendre", a confirmé le porte-parole du ministère de l'Intérieur. "Il n'y a pas d'assaut", a-t-il ajouté. Pas encore.