Merah était-il un indic des renseignements français ?

Selon un quotidien italien, l’auteur des tueries du Sud-Ouest serait entré en Israël avec l'aval de la Direction générale de la sécurité extérieure.  

Le siège de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). 
Le siège de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine).  (BERTRAND GUAY / AFP)

Egypte, TurquieSyrieLibanJordanie, Israël, Afghanistan et Pakistan… La liste des pays par lesquels est passé Mohamed Merah en 2010 et 2011 est longue. Le journal italien Il Foglio affirme, lundi 26 mars, que l'auteur des tueries de Toulouse et Montauban voyageait en réalité sous couvert des services de renseignements français. Selon le quotidien, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) aurait utilisé le jeune Toulousain de 23 ans comme informateur, obtenant ainsi son entrée en Israël en septembre 2010. 

Bernard Squarcini dément

Mohamed Merah n'était "ni un indic de la DCRI ni d'autres services français ou étrangers", a démenti, mardi, le chef de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini.

Contacté par FTVi, le correspondant de France 2 à Jérusalem, Charles Enderlin, confirme que Mohamed Merah est bien entré sur le territoire israélien en septembre 2010 par le pont Allenby, un point de contrôle à la frontière avec la Jordanie, dans la vallée du Jourdain.
 
"Il s'est présenté comme un touriste"

"Interrogé par les services de sécurité israéliens, il s'est présenté comme un touriste. Ni son nom ni son passeport, qui ne comportait a priori qu'un tampon jordanien, n'ont éveillé la suspicion et les services de sécurité l'ont laissé passer", indique le journaliste.

Selon lui, il serait toutefois "étonnant que la DGSE ait besoin d'un Mohamed Merah pour recueillir des informations en Israël". Elle dispose de "représentants officiels à l'ambassade de France à Tel Aviv et au consulat de France à Jérusalem, qui sont en contact avec les services de sécurité israéliens et palestiniens". "Soyons sérieux. Quelle info un espion comme Merah peut-il collecter en Israël ? Sur les missiles ? La bombe ? L'Autorité palestinienne ?", ironise par ailleurs Charles Enderlin sur Twitter

Des sources proches du renseignement français confirment à FTVi le manque de crédibilité de cette piste. L'objectif de la DGSE est de pénétrer des filières de réseaux terroristes, soulignent-elles, pas de suivre des "jihadistes solitaires", comme Mohamed Merah est présenté depuis sa mort. Sauf que l'enquête s'oriente désormais vers d'éventuels complices, à commencer par son frère, connu pour être un islamiste engagé

Un "correspondant" à la DCRI

L'hypothèse d'un Mohamed Merah informateur des services de renseignement n'avait pas émergé jusque-là. Etonnant, confie à FTVi un spécialiste très au fait des relations entre indics et forces de l'ordre. Après tout, "il a toujours voulu travailler pour la France", souligne-t-il, rappelant sa volonté de s'engager dans l'armée puis dans la Légion étrangère.

"Ce qui interpelle, quand même, c'est qu'il était connu de la DCRI non pas spécialement parce qu'il était islamiste, mais parce qu'il avait un correspondant au renseignement intérieur", relève de son côté Yves Bonnet, ex-patron de la Direction de la surveillance du territoire (DST) dans La Dépêche du Midi. "Or, ajoute-t-il, avoir un correspondant, ce n'est pas tout à fait innocent." 

Mohamed Merah avait été entendu en novembre 2011 par un agent de la DCRI de Toulouse pour "recueillir des explications sur son voyage en Afghanistan", selon Squarcini. C'est ce même agent qui est intervenu pour négocier avec lui lors du siège du Raid et qui s'est entendu dire par Merah : "De toute façon, je devais t'appeler pour te dire que j'avais des tuyaux à te donner, mais en fait, j'allais te fumer."