Les deux visages de Mohamed Merah

Poli, serviable, travailleur, mais aussi délinquant récidiviste, solitaire, violent... FTVi ébauche le portrait complexe de celui qui a revendiqué l'assassinat de sept personnes, à Toulouse et Montauban.

Mohamed Merah, 23 ans, a été tué jeudi 22 mars à Toulouse, après un assaut du Raid sur son appartement.
Mohamed Merah, 23 ans, a été tué jeudi 22 mars à Toulouse, après un assaut du Raid sur son appartement. (FRANCE 2)

Silhouette fluette et joli minois, Mohamed Merah, 23 ans, a laissé un souvenir positif à beaucoup de proches. A commencer par son ex-employeur. Un bon bosseur, raconte à Libération le carrossier qui l'embauchait jusqu'à il y a peu, "d'une habileté hors du commun au travail et d'une grande amabilité". Un type calme et poli, respectueux, toujours prêt à aider les anciens et qui tenait la porte aux vieilles dames, renchérit sur Le Figaro un ancien animateur qui l'a connu plus jeune.  

Mais ce portrait contraste avec celui de l'autre Mohamed Merah, moins affable.

Un profil agressif dès l'enfance

Les parents de Mohamed Merah divorcent alors qu'il n'est encore qu'un enfant. Sa mère déménage dans un autre quartier de Toulouse, avec ses cinq enfants. A l'adolescence, Mohamed se met à voler, parfois avec violence, conduit son scooter sans permis ni assurance. Récidiviste, il a une quinzaine de condamnations à son actif. Les registres judiciaires font état d'un "profil violent dès l'enfance et des troubles du comportement". Il finit par faire de la prison, en 2007 et 2009. Il se taille les cheveux en crête à sa sortie, "pour faire rire les copains", raconte un ami au Figaro.

Un expert de la maison d'arrêt de Seysses (Haute-Garonne) juge ses capacités intellectuelles "normales", mais évoque des "dispositions antisociales", ainsi qu'une "immaturité affective". L'Express révèle d'ailleurs qu'après y avoir fait une tentative de suicide en 2008, Mohamed a été placé pendant quinze jours en hôpital psychiatrique. Mais sans suivi après sa sortie.

De mauvaises rencontres ?

Après son court séjour en prison, il se brouille avec beaucoup de monde à la cité des Izards, où il a grandi, raconte une habitante du quartier. Il n'a pas vraiment d'appartement, mais plusieurs points de chute, dont celui de la rue du Sergent Vigné, où il a trouvé la mort jeudi 22 mars, après l'assaut du Raid. Certains disent qu'un chagrin d'amour l'aurait rendu plus taciturne. D'autres prétendent que la prison l'a changé, qu'il y aurait fait de mauvaises rencontres, des islamistes radicaux. Mohamed Merah se rend effectivement en Afghanistan en 2010, et au Pakistan en 2011.

A son retour, le gentil garçon commence à faire peur. Des proches évoquent ses sautes d'humeur inquiétantes dans La Dépêche du Midi. Et lui qui ne parlait jamais politique, ni religion, reproche à sa mère un mode de vie trop occidental, d'habiter seule et de ne pas porter le voile. Une mère qui a baissé les bras, impuissante, qui n'a plus d'influence sur lui.

Prosélyte et violent

Il essaie d'endoctriner des enfants du quartier. Il les force à regarder des vidéos qui montrent les horreurs de la guerre en Afghanistan : femmes abattues d'une balle dans la tête, hommes décapités... Il y a deux ans, il séquestre un gamin plusieurs heures pour lui montrer ces images. L'enfant réussit à s'échapper, mais Mohamed est furieux. Il frappe le petit, roue de coups sa grande sœur, jusqu'au sang, et menace la famille, en treillis, un sabre à la main, criant "Al-Qaïda ! Al-Qaïda !". Musulman pratiquant, il fréquentait une mosquée, mais sortait aussi en boîte de nuit. En apparence, il n'avait rien d'un fanatique. Son grand frère, Abdelkader, toujours interrogé par les enquêteurs, était, lui, proche de musulmans radicaux.

Entre la tuerie de Montauban et celle de Toulouse, Mohamed se promenait aux Izards, comme souvent. "Il était lucide, il faisait comme d'habitude, ses rodéos, ses dérapages" en scooter, se souvient un habitant du quartier sur Europe 1. Samedi, deux jours avant de tuer quatre personnes devant une école juive, il a cette phrase pour un ami, qui s'est confié à La Dépêche du Midi : "Tu parles à un ange."

Loïc De la Mornais et Nicolas Bertrand - France 2