L'affaire du Carlton, cette "balade coquine dans la France gauloise"

Au deuxième jour des plaidoiries de la défense, les avocats ont profité de la brèche ouverte dans le dossier pour balayer les accusations de proxénétisme aggravé et minimiser les faits.

Dominique Strauss-Kahn entre les autres prévenus, au tribunal correctionnel de Lille (Nord).
Dominique Strauss-Kahn entre les autres prévenus, au tribunal correctionnel de Lille (Nord). (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV INFO)

Du réseau proxénète supposé autour de Dominique Strauss-Kahn, il ne reste qu'une "bande de copains". C'est le message qu'ont cherché à faire passer l'avocat du commissaire divisionnaire Jean-Christophe Lagarde, ainsi que ceux des entrepreneurs Fabrice Paszkowski et David Roquet au procès dit du Carlton, jeudi 19 février.

Les trois hommes sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Lille (Nord) pour proxénétisme aggravé, mais aussi dans le volet financier de l'affaire. Membres du cercle des amis du Nord de DSK, ils sont décrits dans l'instruction comme les "organisateurs" des soirées et voyages où champagne et petits fours se mêlaient au sexe tarifé.

"Un casting bien défini"

"Jean-Christophe Lagarde a assisté au procès de DSK, de la prostitution, et il n'a pas tout à fait assisté à son procès", commence Olivier Bluche, l'avocat du commissaire divisionnaire, ex-chef de la Sûreté du Nord. Comme plusieurs de ses confrères avant lui, le conseil lance des flèches assassines contre une instruction à charge basée sur "l'affect", dit-il. "Ce dossier a été instruit par détestation et non pas à partir de ce qu'ils ont fait."

"Il y a eu distribution, un casting si bien défini qu'il perdure aujourd'hui", affirme Olivier Bluche. "Au départ, il fallait organiser la bande pour accéder au donneur d'ordre", à savoir Dominique Strauss-Kahn, argumente encore l'avocat. Il revendique le droit, pour son client, de s'amuser, minimisant ainsi les faits. "La vie est trop courte pour être petite. On a le droit, parfois, de lâcher prise, même quand on est flic."

"Ce dossier, c'est 'Very Bad Trip'"

L'avocat de Fabrice Paszkowski, lui, est plus tendre avec les juges d'instruction. "J'ai du respect pour eux. Ils ont été entraînés dans cette spirale médiatico-judiciaire qui a commencé pour faire tomber Dodo la Saumure", avance Karl Vandamme. A l'arrivée : "une bande de potes qui s'est réveillée avec une gueule de bois."

Ce dossier, c'est 'Very Bad Trip'.Karl VandammePlaidoirie au tribunal de Lille

Sur le volet financier de cette affaire à tiroirs, Karl Vandamme indique : "Les prostituées sont payées sur les dépenses personnelles de David Roquet et Fabrice Paszkowski." Ils l'ont caché à DSK car ce n'était pas "glorieux", redit-il.

"Une petite équipe de copains"

Les trois avocats de David Roquet insistent sur les liens d'amitié de leur client, avec notamment Fabrice Paszkowski et l'ex-directeur du Fonds monétaire international. "M. Dominique Strauss-Kahn rend fou", dit Stefan Squillaci. "On se comporte tous comme des groupies : alors pourquoi on reprocherait à Roquet d'avoir voulu voir DSK ?", interroge Alice Cohen-Sabban. "Il est juste temps de faire du droit, de restituer la place de David Roquet dans cette affaire", conclut-elle, en guise de transition pour son confrère Eric Dupond-Moretti.

Le tonitruant et médiatique avocat le dit d'emblée : "Cette énorme montagne accouchera d'une petite souris judiciaire." Eric Dupond-Moretti tient à répondre à une phrase de l'avocat du Nid. Cette association d'aide aux prostituées qui s'est portée partie civile a fait le "pari" que ce procès "fasse œuvre de salubrité publique".

Quand je pense que certains disent qu'il y a eu un avant et un après ce procès. Moi, je préférais l'avant.Eric Dupond-MorettiPlaidoirie au tribunal de Lille

Que reste-t-il de cette affaire, se sont longuement interrogés les avocats, durant cette semaine ? Eric Dupond-Moretti a sa réponse : "Ce n'est donc plus qu'une petite équipe de copains, une balade coquine dans la France gauloise et primesautière."  Une "balade" dont l'issue ne sera pas connue tout de suite, puisque le jugement devrait être mis en délibéré.