Meurtre de Sarah Halimi : les juges d'instruction estiment qu'il y a "des raisons plausibles d'une abolition du discernement" du suspect

Ils ont rendu une ordonnance qui va à l'encontre des réquisitions du parquet de Paris qui réclamait un renvoi devant une cour d'assises du suspect.

La rue de Vaucouleurs, dans le 11e arrondissement de Paris, où s\'est produit le meurtre de Sarah Halimi, une retraitée juive, la nuit du 3 au 4 avril 2017.
La rue de Vaucouleurs, dans le 11e arrondissement de Paris, où s'est produit le meurtre de Sarah Halimi, une retraitée juive, la nuit du 3 au 4 avril 2017. (Catherine Fournier / Franceinfo)

Dans l'enquête sur le meurtre de la sexagénaire juive Sarah Halimi, les juges d'instructions ont rendu une ordonnance vendredi 12 juillet estimant qu'il existe des "raisons plausibles d'une abolition du discernement" du meurtrier présumé, a appris franceinfo de source judiciaire.

Une décision contraire aux réquisitions du parquet

Le parquet de Paris dit analyser "cette ordonnance afin de déterminer s'il fait appel ou non". La décision des juges va en effet à l'encontre de ses réquisitions. Le parquet de Paris avait réclamé le renvoi devant une cour d'assises de Kobili Traoré, unique suspect du meurtre de cette femme juive de 65 ans en avril 2017. 

Dans la nuit du 3 au 4 avril 2017 à Paris, Kobili Traoré s'est introduit chez Sarah Halimi, sa voisine du dessus, qu'il a rouée de coups sur le balcon, accompagnant ses gestes des cris de "Allah akbar", d'insultes et de versets du Coran. Le jeune homme a ensuite précipité la sexagénaire dans la cour, avant de hurler : "J'ai tué le sheitan" (démon en arabe).

Les expertises psychiatriques sont contradictoires

Il y a eu plusieurs expertises demandées par les juges dans cette enquête. Un premier expert avait conclu que le discernement de Kobili Traoré devait être considéré comme "altéré", "du fait de la consommation volontaire et régulière de cannabis" dont il ne pouvait ignorer les effets. Une contre-expertise, menée par un collège de trois médecins, concluait au contraire à l'abolition du discernement. La juge d'instruction avait alors sollicité un nouveau collège d'experts dont l'avis, penchait "plutôt classiquement vers une abolition du discernement" car "au moment des faits, son libre arbitre était nul".

Les parties civiles craignent que le jeune homme soit reconnu comme pénalement irresponsable et bénéficie d'un non-lieu.