Médecins pédocriminels : pour l'avocat de l'association L'Enfant bleu, éviter tout contact entre certains praticiens et des mineurs "est une précaution élémentaire"

Yves Crespin est l'avocat de l'association L'Enfant bleu qui vient en aide aux enfants maltraités.

Mis en cause dans une affaire de pédophilie, le Dr Le Scouarnec a travaillé dans les hôpitaux de Quimperlé (photo d\'illustration).
Mis en cause dans une affaire de pédophilie, le Dr Le Scouarnec a travaillé dans les hôpitaux de Quimperlé (photo d'illustration). (LE TELEGRAMME / MAXPPP)

"C'est une précaution élémentaire et très simple à mettre en place que d'affecter certains médecins à des tâches dans lesquelles ils n'auront pas à être en contact avec des enfants", assure vendredi 6 mars sur franceinfo Yves Crespin, l'avocat de l'association L'Enfant bleu qui vient en aide aux enfants maltraités.

Il réagit aux révélations de la cellule investigation de Radio France et franceinfo selon lesquelles deux médecins coupables de crimes et délits sexuels ont été réintégrés dans des services où ils voyaient des enfants. Les deux praticiens connaissaient Joël Le Scouarnec, le chirurgien soupçonné d'avoir agressé au moins 349 enfants dans une dizaine d'hôpitaux pendant plus de 30 ans. L'Enfant bleu est parti civile au procès de Joël Le Scouarnec prévu le 13 mars prochain à Saintes en Charente-Maritime.

franceinfo : est-ce que l'absence d'interdiction d'exercer est une faille de la justice ?

Yves Crespin : Il ne s'agit pas d'une faille judiciaire. C'est une décision judiciaire qui permet à ces médecins, et Joël Le Scouarnec a été dans ce cas-là, de continuer à exercer. Il ne s'agit de pas se scandaliser du fait qu'il ne leur ait pas été interdit de travailler mais on peut reprocher aux magistrats de l'époque de ne pas avoir mis des limites à ce travail. Joël Le Scouarnec, lorsqu'il est condamné, va continuer son activité professionnelle. Ça, c'est tout à fait normal. Lorsqu'à l'hôpital de Quimperlé, on s'inquiète de cette condamnation, il va être affecté au service de gériatrie. Il n'est plus en contact avec des mineurs. Pour autant, il sera réaffecté, après enquête interne dans un service où il sera mis en contact avec des mineurs y compris par la suite à Jonzac.

C'est compliqué d'appliquer les interdictions de consulter seul, de ne pas être en contact avec des mineurs ?

Il ne faut pas surveiller tout le monde tout le temps. Il suffit simplement d'affecter un certain nombre de médecins qui ont été condamnés à des services où ils ne sont pas en contact avec des mineurs. C'est une précaution élémentaire et très simple à mettre en place que d'affecter certains médecins à des tâches dans lesquelles ils n'auront pas à être en contact avec des enfants.

Est-ce que c'est une précaution difficile à maintenir dans le temps, par exemple plus de 10 ans après la condamnation ?

Ce n'est pas compliqué parce que ces condamnations sont inscrites au casier judiciaire. Elles sont inscrites aussi au fichier des auteurs de violences sexuelles, que l'association l'Enfant bleu a porté. Il suffit que les hôpitaux ou les collectivités qui travaillent avec des enfants aient accès plus facilement à ces fichiers pour pouvoir surveiller ceux qui feraient l'objet de condamnation. Donc, non, ce n'est pas très compliqué.

Les peines sont-elles plus sévères maintenant ?

Elles ne sont pas plus sévères parce que le quantum encouru est toujours le même. Pour des viols sur mineurs, c'est toujours vingt ans. Par contre, il faut prévenir les personnes qui consultent les sites pédopornographiques que la répression s'est aggravée. Il peut y avoir des condamnations qui sont plus sévères pour ce type de délit. La répression est là. Elle est dans l'air du temps parce qu'il faut que tout ça cesse et à tous les niveaux.