ADN retrouvés dans l'affaire Fourniret : "Enfin, on reprend l'enquête et on va peut-être donner des réponses à des familles", estime l'avocat d'Éric Mouzin

Maître Didier Seban, l'avocat du père d'Estelle Mouzin, espère que la découverte d'une dizaine d'ADN sur un matelas de Michel Fourniret fera avancer d'autres enquêtes. Mais il déplore le temps perdu à cause du manque de "coordination entre les juges d'instruction". 

Éric Mouzin, le père d\'Estelle, et son avocat Me Didier Seban lors d\'une conférence de presse à Paris le 9 janvier 2018.
Éric Mouzin, le père d'Estelle, et son avocat Me Didier Seban lors d'une conférence de presse à Paris le 9 janvier 2018. (THOMAS PADILLA / MAXPPP)

"Enfin, on reprend l'enquête et on va peut-être donner des réponses à des familles", a déclaré ce mercredi sur franceinfo Maître Didier Seban, avocat d'Eric Mouzin, le père d’Estelle Mouzin, après la découverte d'une dizaine d'ADN différents sur un matelas de Michel Fourniret. De l'ADN partiel correspondant à la petite Estelle Mouzin avait déjà été retrouvé sur ce matelas saisi en 2003 dans l'ancienne maison de la soeur du tueur en série. Maître Didier Seban, qui représente d'autres familles de jeunes filles mortes ou disparues, déplore le temps perdu dans les enquêtes "à cause d'un système d'enquête qui est à côté de la plaque", sans "coordination entre les juges d'instruction".

franceinfo : Avez-vous demandé des comparaisons ADN dans d'autres dossiers dont vous avez la charge ?

Me Didier Seban : Oui, on a beaucoup de traces d'ADN dans les scellés qui avaient été récupérés par les policiers belges au moment de l'interpellation de Michel Fourniret. Ces traces d'ADN n'ont malheureusement jamais été comparées aux ADN de personnes disparues, de jeunes femmes disparues ou de victimes retrouvées assassinées. Nous l'avions demandé des dizaines de fois, mais malheureusement, la justice française avait abandonné totalement la piste Michel Fourniret pendant toutes ces années. Enfin, on reprend l'enquête et on va peut-être donner des réponses à des familles. Ce qui est compliqué, c'est que les ADN des victimes ne sont pas forcément récupérés, ne sont pas forcément mis en fichiers. Donc il faut à chaque fois rechercher auprès des parents, auprès des familles, reconstituer cet ADN pour pouvoir le comparer aux traces retrouvées dans les biens saisis chez Michel Fourniret. Cette comparaison devrait avoir lieu sur toutes les disparitions ou meurtres d'enfants non élucidés dans les périodes où Michel Fourniret était en âge, éventuellement, de commettre ses crimes et où il n'était pas détenu.

Les gendarmes avaient réuni une liste de plus de 50 cas où la mise en cause de Michel Fourniret était possible.Me Didier Seban, avocat d'Eric Mouzinà franceinfo

Et il faut reprendre le travail sur ces cas quand ils n'ont pas été élucidés. Michel Fourniret a dit et je crois qu'il faut le croire, quelle que soit sa perversité, qu'il avait tué deux personnes par an. Il a été jugé pour 10 crimes, il est aujourd'hui mis en examen pour quatre autres meurtres. On devrait trouver des victimes de Michel Fourniret si on prend la peine de les chercher, c'est ce que fait aujourd'hui [la juge d'instruction] Mme Khéris et nous sommes convaincus qu'on devrait ainsi résoudre des affaires et l'attente des familles.

D'après vous, a-t-on perdu beaucoup de temps dans ces affaires ? À cause de qui ? À cause de quoi ?

D'abord à cause d'un système judiciaire et d'un système d'enquête qui est à côté de la plaque. On enquête sur les tueurs en série comme sur un meurtrier occasionnel, si j'ose dire. Il n'y a aucune coordination entre les services, aucune coordination entre les juges d'instruction. Au lieu de partir du parcours d'un criminel en série, on prend fait par fait et on l'instruit un coup à Paris, un coup à Meaux. Donc, on s'interdit d'élucider les affaires Michel Fourniret comme les affaires d'autres tueurs en série et on laisse les familles dans l'attente. Il faut changer à la fois le cadre juridique, la manière de travailler. J'ai coutume de dire qu'un tueur en série, c'est comme malheureusement un puzzle, il faut le prendre pièce par pièce pour arriver à retrouver le visage d'un de ses meurtres.

Vous prônez donc un pôle de juges spécialisés des équipes d'enquêteurs dédiés à ces affaires non élucidées et la création de fichier ADN des victimes des disparus ?

Exactement. C'est ce que nous demandons au ministère de la Justice, à une commission qui travaille sur le sujet. Il faut vite des réponses parce que on l'a vu, on a perdu presque 15 ans dans l'affaire Michel Fourniret pour donner des réponses aux familles et élucider des meurtres ou des disparitions suspectes. 

Le fichier ADN, il faudrait en créer un.Me Didier Seban, avocat d'Éric Mouzinà franceinfo

C'est vrai pour les "enterrés sous X", qui est un autre cas de figure, c'est-à-dire des personnes dont le corps est découvert et dont on ne connaît pas l'identité. Il y en a plus de mille par an en France. Ce fichier a été approuvé par la loi, mais il n'est pas mis en place. C'est vrai pour les victimes, pour qu'on puisse, lorsqu'on retrouve des traces d'ADN, rapidement comparer. Ça n'est pas attentatoire aux libertés et on pourrait attendre que ce minimum soit mis en place par notre système judiciaire. Mais il est encore très en retard. Vous savez, on souffre de cette idée qu'il n'y aurait pas de tueurs en série en France. C'est une idée qui a couru pendant des années et qui a empêché d'élucider des affaires. Il y en a encore et malheureusement, on ne se donne pas les moyens de les interpeller.