Violences urbaines : "Des peines à l'égard des parents, c'est un peu la bombe atomique", estime l'ancien président du tribunal pour enfants de Bobigny

Deux cents parents sont poursuivis chaque année, "mais c'est plus pour non scolarisation", explique Jean-Pierre Rosenczveig.
Article rédigé par France Info
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Jean-Pierre Rosenczveig, ancien président du tribunal pour enfants de Bobigny, le 8 fevrier 2019. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

"Des peines à l'égard des parents, c'est un peu la bombe atomique", a déclaré samedi 1er juillet sur franceinfo Jean-Pierre Rosenczveig, ancien président du tribunal pour enfants de Bobigny, alors qu'Éric Dupond-Moretti appelle à une réponse judiciaire ferme, y compris pour les parents, après les violences urbaines de ces derniers jours en réaction à la mort de Nahel, 17 ans, lors d'un contrôle routier.

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franceinfo : Les parents encourent jusqu'à deux ans de prison s'ils n'exercent pas leur autorité parentale et que cela met en cause la sécurité, la moralité des enfants, a rappelé le garde des Sceaux. Qu'en pensez-vous ?

Le ministre et le président ont raison d'appeler les adultes à être plus responsables, mais des peines à l'égard des parents, c'est un peu la bombe atomique. Quand vous condamnez un parent au tribunal correctionnel vous en faites un délinquant et donc, il devient délinquant auprès de son propre gosse qui lui ne doit pas être délinquant. C'est une menace qu'on doit exercer pour les conscientiser, qu'ils s'investissent plus.

"Il faut les accompagner, mais ce n'est pas la condamnation en tant que telle à une peine de principe qui va restaurer leur autorité."

Jean-Pierre Rosenczveig, ancien président du tribunal pour enfants de Bobigny

à franceinfo

Les parents sont-ils souvent poursuivis ?

Il y a environ 200 poursuites chaque année mais c'est plus pour non scolarisation. Si une grande partie de ceux qui ont été interpellés sont des mineurs, l'immensité de ceux qui manifestent ont plus de 18 ans. Il ne faut pas que l'arbre cache la forêt et qu'on vienne faire des enfants les responsables des émeutes qui se passent à l'heure actuelle. Il y en a, mais pas que. On est en train de payer l'addition de ce qu'on a laissé faire pendant des années. On a affaire à des enfants sur lesquels les parents ont perdu la main depuis des années et qui ont été laissés à vau-l'eau et on voudrait que par une sorte d'incantation ils reprennent la main sur leurs gosses. On pourra réprimer les parents et les enfants mais cela ne suffira pas.

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Est-ce des profils que vous avez vus tout au long de votre carrière ?

Les choses se sont aggravées. Il fallait identifier qui est en situation de responsabilité dans ces familles qui sont souvent monoparentales. Quand un gamin dans mon cabinet dit à son beau-père : 'Qui tu es ? Tu n'es pas mon père, ferme ta gueule", il faut que la loi vienne dire que le beau-père est en droit de faire autorité sur l'enfant. Deuxièmement, il fallait accompagner, soutenir, les parents en difficulté. Or tous les services qui auraient pu aider les familles sont en grandes difficultés. Troisièmement, il faut rappeler au ministre que beaucoup de mesures éducatives, même prononcées par les juges, ne sont pas exercées parce qu'on n'a pas les moyens.

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