Affaire Adama Traoré : "La situation est clairement établie, les gendarmes sont injustement accusés", affirme l'avocat de l'un d'entre eux

Maître Pascal Rouiller a rappelé que selon lui, aucune violence "au-delà de celle qui a été strictement nécessaire" n'a été exercée sur Adama Traoré, mort en juillet 2016.

L\'avocat Pascal Rouiller, à Rennes, le 13 octobre 2015.
L'avocat Pascal Rouiller, à Rennes, le 13 octobre 2015. (JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP)

"On peut faire tout ce que l'on veut mais je crois que la situation est clairement établie, les gendarmes sont injustement accusés", a expliqué mercredi 10 juin sur franceinfo Pascal Rouiller, avocat de l'un des gendarmes impliqués dans l'interpellation à l'issue de laquelle Adama Traoré est mort en juillet 2016.

Pascal Rouiller et sa consœur Sandra Chirac-Kollarik assurent dans une lettre ouverte publiée mardi qu'à "aucun moment, les trois gendarmes n’ont fait peser le poids de leurs corps" sur le jeune homme. Leur client est aujourd’hui placé sous le statut de témoin assisté dans la procédure judiciaire en cours, rappellent-ils. "Nous sommes contraints de sortir du silence pour rectifier les fausses informations qui circulent actuellement, écrivent les avocats. La quête de la vérité est plus que légitime. Cependant, la quête d’une vérité préétablie ne l’est pas. Depuis quatre ans, la famille d’Adama Traoré a fixé le postulat selon lequel les gendarmes étaient responsables de la mort de cet homme. La vérité judiciaire ne les intéresse pas."

franceinfo : Comment votre client vit-il la situation ?

Pascal Rouiller : Il vit extrêmement douloureusement la situation. Ce gendarme bien noté, exemplaire, jeune, expérimenté et qui n'a strictement rien à se reprocher, est traîné dans la boue avec les autres militaires de manière éhontée depuis maintenant des années, au point que sa famille et lui-même sont stigmatisés et se sentent menacés, alors que la justice n'a strictement rien à leur reprocher. La situation est profondément injuste et donc douloureuse.

La famille d'Adama Traoré affirme qu'il y a eu des violences à l'encontre du jeune homme. Selon vous, il n'y en a pas eu. Qu'en est-il ?

Non, il n'y a pas eu de violence au-delà de celle qui a été strictement nécessaire pour les besoins de l'interpellation de quelqu'un qui fuyait au moment d'un contrôle. Monsieur Adama Traoré a fui un premier équipage de gendarmerie qui avait réussi à le menotter. Alors qu'un tiers intervenait pour qu'il soit libéré, il va fuir. C'est un deuxième équipage de gendarmerie qui va intervenir. Il s'est réfugié dans un appartement, il est au sol, caché sous une couette, et à ce moment-là les gendarmes vont, à trois, se saisir de monsieur Adama Traoré en quelques secondes et l'extraire de l'appartement pour le monter dans le véhicule de gendarmerie et le raccompagner à la gendarmerie. Il n'y a pas eu la moindre violence.

Le chef d'équipe avait déclaré qu'Adama Traoré "avait pris le poids" des trois gendarmes lors de l'interpellation dans l'appartement. Il est revenu sur ses propos à ce sujet. Comment l'expliquez-vous ?

On a des procès-verbaux où chacun s'est exprimé. Les gendarmes ont été isolés et entendus. Il y a eu cette idée que les trois gendarmes étaient intervenus en même temps, ce qui est strictement exact. Mais on imagine trois gendarmes qui seraient les uns sur les autres et pèseraient de tout leur poids sur monsieur Traoré, ce n'est pas le cas. Ils sont intervenus en même temps, l'un s'occupant, et c'est assez classique en termes de technique d'interpellation, des jambes de celui qui quelques instants avant fuyait, un autre s'est saisi d'un bras et le troisième de l'autre bras.

Il a fallu trois gendarmes pour menotter dans le dos cette personne, la remettre debout et elle est sortie sur ses jambes, accompagnée par les trois gendarmes. Le propos a pu laisser imaginer quelque chose d'anormal, mais ce n'est pas le cas. Les expertises médicolégales ont démontré qu'il n'y a aucune trace de violence anormale [une contre-expertise à la demande de la famille d'Adama Traoré retient l'hypothèse d'une "asphyxie positionnelle induite par le plaquage ventral"].

Après son arrestation, Adama Traoré est conduit dans la caserne de Persan. Pendant le transfert il a fait un malaise. Un pompier affirme qu'à son arrivée, Adama Traoré était allongé sur le sol, dans la cour de la caserne, face contre terre et les mains menottées dans le dos. Est-ce aussi votre version ?

C'est intéressant, parce que plusieurs pompiers ont été interrogés et ils ne disent pas tous la même chose. Chacun ne conserve pas le même souvenir de ce qu'il s'est passé. Vous évoquez un pompier qui situe monsieur Adama Traoré à même le sol, dans une situation un peu curieuse, vous avez une femme pompier qui a été entendue et qui nous explique très simplement qu'il était en position latérale de sécurité, ce que les gendarmes indiquent, et qu'il était en situation d'être secouru par les pompiers. C'était conforme aux règles de l'art.

On a effectivement des variations sur la situation de ce garçon au moment où il est dans cette caserne, mais on a des éléments convergents pour considérer qu'il était en position latérale de sécurité et qu'on attendait les secours, qui sont intervenus à la demande de la gendarmerie.

Quatre ans après les faits, il n'y a jamais eu de reconstitution. Est-ce que vous souhaitez qu'il y en ait ?

La demande de reconstitution, nous ne nous y sommes jamais opposés. Les doutes ont été levés par l'ensemble des expertises médicolégales. On a eu une dizaine de médecins spécialistes qui se sont penchés sur la question. On a eu tout ce que la science médicale permet de faire. Tous ces rapports sont d'accord pour dire qu'il n'y a pas eu d'asphyxie lié à une position de gendarme sur le corps de ce garçon.

Il n'y a que dans la famille Traoré et les comités de soutien qu'il y a un doute sur ce qu'il s'est passé, ou plutôt la certitude inverse à la réalité, contrairement aux données acquises de la science, aux rapports d'expertise, qu'il aurait été victime de sévices policiers. Ce n'est pas le cas. On peut recueillir de nouveaux témoignages, faire une douzième, une treizième expertise, on peut faire des reconstitutions. On peut faire tout ce que l'on veut, mais je crois que la situation est clairement établie, les gendarmes sont injustement accusés de choses qui ne sont pas exactes et on a convoqué le tribunal médiatique, le monde politique, artistique pour essayer de peser sur nos juges d'instructions indépendants.