Est-il vraiment dangereux de téléphoner en conduisant un train ?

Le conducteur du train de Saint-Jacques-de-Compostelle téléphonait au moment de l'accident qui a coûté la vie à 79 personnes. Mais peut-on lire, jouer à la console ou téléphoner en toute sécurité au volant d'une locomotive ?

Un TGV passe entre Dijon et Besançon en juin 2011. Sur cette ligne, le train peut atteindre 320 km/h.
Un TGV passe entre Dijon et Besançon en juin 2011. Sur cette ligne, le train peut atteindre 320 km/h. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

Le conducteur du train qui a déraillé près de Saint-Jacques-de-Compostelle (Espagne) mercredi 24 juillet, faisant 79 victimes, était au téléphone quand le drame s'est produit. En Argentine, des conducteurs - sachant pourtant qu'ils étaient filmés par des caméras de surveillance - dorment, lisent ou téléphonent au volant, comme le révèlent ces images dévoilées par le gouvernement argentin. Est-ce vraiment dangereux ? Francetv info a posé la question à Pascal Poupat, secrétaire fédéral de la CGT des cheminots, ancien conducteur.

Francetvinfo : Les conducteurs de train sont-ils autorisés à téléphoner en conduisant ?

Pascal Poupat : Les coups de téléphone personnels sont formellement interdits. En revanche, nous avons un portable professionnel sur lequel nous pouvons être appelés si la radio de la cabine ne fonctionne pas. Il arrive aussi aux conducteurs de consulter un petit ordinateur qui contient les documents utiles au trajet. L'attention d'un cheminot peut donc être prise par autre chose que la conduite du train. Mais normalement, cela n'arrive qu'en cas d'urgence.

Normalement... 

Ce serait mentir que de dire qu'aucun conducteur ne passe de coup de fil personnel au volant d'une locomotive. C'est comme toute faute : pas vu, pas pris. Or, cela peut être très dangereux si cela arrive au moment d'un changement de vitesse. Le conducteur distrait pourrait ne pas prêter attention aux panneaux de signalisation et ne pas adapter sa vitesse.

N'existe-t-il pas des systèmes de surveillance ?

Il existe beaucoup de systèmes de contrôle. La quasi-totalité des voies sont par exemple dotées de ce que nous appelons le KVB, le contrôle de vitesse par balises. Dès qu'un train passe sur ces balises à une vitesse trop élevée, un signal est envoyé à la locomotive pour dire au conducteur de freiner. S'il ne freine pas assez rapidement, le train s'arrête automatiquement. La hiérarchie du conducteur est automatiquement mise au courant des signaux du KVB et il vaut mieux pour lui que ça n'arrive pas trop régulièrement.

De même, dans le cas de l'endormissement, en complément d'un système au volant, une pédale doit être actionnée toutes les trente secondes. Si ce n'est pas le cas, le train s'arrête aussi automatiquement. C'est un système que nous appelons Vigilance.