Crash d'un Boeing en Ethiopie : un expert aérien évoque "un problème de conception au niveau du logiciel de commande de vol"

Bertrand Vilmer, PDG d'un cabinet d'expertise en aéronautique, a réagi sur franceinfo ce lundi au sujet des causes du crash aérien survenu en Ethiopie, la veille.

Un avion de la compagnie Ethiopian Airlines.
Un avion de la compagnie Ethiopian Airlines. (JEAN-LUC FLEMAL / MAXPPP)

Bertrand Vilmer, PDG du cabinet d'expertise aéronautique et spatiale Icare aéronautique, était l'invité de franceinfo ce lundi pour expliquer le crash du Boeing 777 de la compagnie Ethiopian Airlines, survenu dimanche, à Addis-Abeba en Ethiopie : "Il peut y avoir un problème de conception au niveau de la modification du logiciel de commandes de vol". L'accident a fait 157 morts, 149 passagers et 8 membres d'équipage. "Ces problèmes de conception auraient dû être vus par le certificateur", a-t-il ajouté.


franceinfo : Il y a clairement des soupçons sur des défauts de conception de cet avion ?

Bertrand Vilmer : Il faut d'abord être très prudent sur les éléments dont on dispose. Nous n'en sommes qu'au tout début et on a un principe de précaution à respecter. Mais dans l'état actuel, il y a plusieurs éléments communs avec l'accident du 29 octobre 2018, du vol 610 de Lion Air qui s'est abîmé en mer de Java. Le premier, c'est un appareil de la même série. Cela fait partie des 300-350 appareils de la dernière version du 737 qui ont été produits. Dans les deux cas, les commandants ont demandé à faire demi-tour. C'est très probablement un problème technique. Cela peut être un problème avec les passagers mais je pense qu'on peut exclure cette hypothèse. On sait avec les boîtes noires de l'appareil de Lion Air qu'il y a eu des départs en piqué à plusieurs reprises avant le crash. Ce sont des similitudes entre les deux accidents.

On n'a pas encore évoqué la possibilité d'un attentat. Peut-on l'exclure ?

On ne peut éliminer aucune hypothèse à ce niveau de l'enquête mais cela paraît assez peu probable. Le pilote a demandé à revenir. S'il y avait un attentat, il n'aurait peut-être pas réagi comme ça. Il peut y avoir un problème de conception au niveau de la modification du logiciel de commandes de vol. Selon la dernière version de cet appareil, les moteurs sont plus gros, il a fallu les déplacer. L'appareil se comporte différemment, il a donc fallu modifier le programme de vol qui gère les commandes de vol électriques. Cette modification a été faite avec un patch et ce patch n'est pas tolérant à une simple panne d'incidencemètre [un instrument de mesure utilisé pour vérifier l'inclinaison des pales et des palettes dans différentes configurations]. C'est un complément alors qu'il eut fallu reprendre toute la procédure de certification et Boeing a vu très tôt les problèmes d'instabilité à basse vitesse. Ils l'ont vu, ils l'ont constaté et ils l'ont corrigé, avec une modification du logiciel de commandes de vol.

Cette modification a pu poser problème à un commandant de bord ?

Cela a posé problème à Boeing, c'est pour cela que la compagnie a développé ce patch mais, à mon sens, avec une erreur dans le design, dans la conception, il faudra le confirmer. Il peut y avoir une double erreur dans la conception et dans la certification parce qu'ils ont fait un patch qui n'est pas tolérant à une simple panne. Ces problèmes de conception auraient dû être vus par le certificateur et la FAA [Federal Aviation Admnistration, agence gouvernementale chargée des contrôles de l'aviation civile aux Etats-Unis] aurait dû le voir. L'EASA [Agence européenne de la sécurité aérienne] a demandé un réentraînement des pilotes.