Régionales : se désister ou se maintenir face au FN, le dilemme qui divise le PS

Au sein du parti, tout le monde ne s'accorde pas sur la stratégie à suivre si une liste socialiste arrive troisième au soir du premier tour des élections.

Le Premier ministre, Manuel Valls, et le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, le 7 juin 2015, à Poitiers (Vienne).
Le Premier ministre, Manuel Valls, et le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, le 7 juin 2015, à Poitiers (Vienne). (MAXPPP)

Pas facile pour le Parti socialiste de préparer sereinement le premier tour des élections régionales, le 6 décembre prochain. Car le second tour est déjà dans de nombreuses têtes, notamment dans les trois régions (Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Paca et Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes) où le PS arriverait, d'après les sondages, en troisième position derrière les Républicains et le FN.

Si cette hypothèse se confirmait le jour du scrutin, trois stratégies s'offriraient alors aux socialistes : se maintenir, et risquer d'offrir la victoire au FN ; se désister au nom du "front républicain", mais n'avoir aucun élu au conseil régional (ni la garantie que le FN ne l'emporte pas !) ; ou encore fusionner avec les listes des Républicains, un accord peu probable et qui renforcerait l'argument cher au FN de la collusion entre la droite et la gauche. Autant de possibilités qui plongent le PS dans un profond embarras.

Ceux qui pensent qu'il est trop tôt pour en parler

Rue de Solférino, la ligne officielle est simple : il ne faut pas partir battu. "Je suis persuadé que le total de gauche sera en tête", a clamé le premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, lundi soir, devant le bureau national du parti. "A vouloir faire le deuxième tour avant le premier, on peut perdre les deux, ça nous est déjà arrivé." "Avant le deuxième tour, il y a un premier tour", a acquiescé mardi sur RFI le Premier ministre, Manuel Valls, promettant de s'engager dans la campagne pour que ses listes réalisent le meilleur score possible.

C'est aussi ce qu'expliquait Antoine Homé, la tête de liste PS dans le Haut-Rhin, dans les colonnes du Monde, dimanche : "Aller dans votre questionnement serait considérer que les jeux sont faits. Et ce serait très démobilisant." Dans sa région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes, le PS accuserait trois points de retard au second tour sur le FN, mené par Florian Philippot, et sept points sur la liste Républicains-UDI de Philippe Richert, selon le dernier sondage BVA.

Ceux qui veulent faire barrage au FN

Mardi, le Premier ministre a toutefois clairement plaidé en faveur d'un front républicain : "Il est hors de question de laisser le Front national gagner une région", a lancé le chef du gouvernement, donnant "rendez-vous le soir du premier tour". Parmi les ténors du parti, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a également estimé, fin septembre, qu'il faudrait "se retirer" en cas de "risque majeur" de victoire du FN.

En septembre, le député socialiste de Paris, Christophe Caresche, envisageait, sur France Info, une autre hypothèse : une fusion entre les listes PS et Les Républicains au second tour. Selon la radio, un ministre anonyme, mais "influent", aurait soufflé l'idée à Manuel Valls et à Jean-Christophe Cambadélis. Lequel s'était montré particulièrement peu enthousiaste.

Le coup de colère de Jean-Christophe Cambadélis a visiblement laissé de marbre l'ancien ministre de la Ville, François Lamy. Dans un entretien accordé à un blog du Monde, ce proche de Martine Aubry estime que "ça serait bien que la gauche ne se retire pas complètement, et si Xavier Bertrand accepte un accord, qu'on conserve quelques élus". "Mais ça, ajoute Lamy, il faudra en discuter en interne." Des propos que l'intéressé nie avoir tenus.

Ceux qui préfèrent se maintenir

Sur le terrain, se désister en faveur des Républicains n'est en tout cas pas forcément envisagé avec beaucoup d'enthousiasme. Tête de liste socialiste dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, où Marine Le Pen est archi-favorite, Pierre de Saintignon veut croire qu'"au soir du premier tour, les voix de gauche seront très nettement supérieures à celles que Xavier Bertrand aura rassemblées". Et que l'hypothèse d'un désistement ne se posera donc pas.

D'autant qu'"en face de nous, il y a une droite tout sauf sociale et humaniste. Il y a une feuille de cigarette entre la droite dure et le Front national", soupire Christophe Madrolle, tête de liste PS dans les Bouches-du-Rhône. "Les Républicains ont choisi un axe trop proche du FN. (...) Il ne peut y avoir une quelconque entente républicaine, acquiesce la tête de liste PS dans le Var, Cécile Muschotti, dans Le Monde. Si nous n'arrivons pas à gagner, mieux vaut continuer à siéger dans l'opposition pour avoir une parole forte."

Résultat : voilà le PS bien embarrassé. Comme le prouvent les déclarations contradictoires de Jean-Christophe Cambadélis, qui expliquait dans Libération, mi-septembre, que "les déclarations extrémistes de Christian Estrosi et de Xavier Bertrand sur les réfugiés empêchent désormais le front républicain", avant d'assurer, mercredi 28 octobre, qu'il "n'excluait rien" quant à un éventuel désistement des listes PS arrivées troisièmes.