Résultats des élections municipales 2020 à Marseille : la gauche en tête, mais le flou règne sur le nom de la future maire

Bien qu'arrivés en tête, Michèle Rubirola et le Printemps marseillais sont loin de pouvoir crier victoire, car ils ne disposent pas de la majorité absolue au conseil municipal. Son adversaire, Martine Vassal (Les Républicains), pourtant battue dans son secteur, ne s'avoue pas vaincue.

Michèle Rubirola, candidate du Printemps marseillais, une liste d\'union de la gauche, à sa sortie d\'un bureau de vote à Marseille, pour le second tour des municipales, le 28 juin 2020.
Michèle Rubirola, candidate du Printemps marseillais, une liste d'union de la gauche, à sa sortie d'un bureau de vote à Marseille, pour le second tour des municipales, le 28 juin 2020. (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

Qui sera maire de la deuxième ville de France ? Le flou règne toujours à Marseille, au lendemain du second tour des élections municipales 2020, dimanche 28 juin. Malgré une forte percée de la gauche et l'élimination dans son secteur de la candidate des Républicains, l'issue du scrutin reste imprévisible. Les résultats de plusieurs secteurs pointent vers une absence de majorité absolue pour élire le maire.

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"Ce second tour de scrutin a confirmé la nette poussée à gauche" du premier tour, où les listes de l'union de la gauche de Michèle Rubirola ont créé la surprise, doublant la droite de Martine Vassal, a convenu dans un communiqué le maire sortant Jean-Claude Gaudin, figure des Républicains à la tête de la ville depuis 1995. Mais ce scrutin "n'a pas permis de dégager de véritable majorité pour désigner clairement mon successeur à la tête de notre ville", souligne-t-il. 

Le scrutin à Marseille se déroule par secteur et la majorité au suffrage populaire n'offre pas automatiquement de majorité au conseil municipal, chargé d'élire le maire lors d'un "troisième tour", à bulletins secrets. La ville compte huit secteurs, et les conseillers municipaux élus dans chacun d'entre deux composent le conseil municipal (101 sièges).

Martine Vassal battue dans son secteur

Selon les résultats définitifs, la liste d'union de la gauche l'emporte dans le 4e secteur (qui regroupe les 6e et 8e arrondissements), où se présentait Martine Vassal, avec 41,78% des voix contre 39,16% pour la cheffe de file de LR. La droite remporte en revanche le 7e secteur (13e et 14e arrondissements) face à Stéphane Ravier, maire sortant RN, avec 50,97%, après le retrait de la gauche. "Ce soir, je n'ai pas perdu, ce soir, il n'y a pas de majorité à Marseille", a déclaré Martine Vassal. C'est une "victoire relative", mais "la droite n'est plus en mesure de gouverner", a de son coté estimé la candidate de gauche, Michèle Rubirola.

Ces dernières semaines, la dynamique était clairement dans le camp de Michèle Rubirola et du Printemps marseillais, que les trois sondages effectués avant le second tour donnaient en tête, avec entre 35 et 36% des intentions de vote, contre entre 29 et 30% pour Martine Vassal. Dans l'entre-deux-tours, elle avait conclu une alliance avec le candidat désigné par son ancien parti EELV, Sébastien Barles, qui avait recueilli 9% des voix au premier tour, même si seules six de leurs huit listes ont fusionné. Médecin de formation, Michèle Rubirola exerce depuis 2015 le mandat de conseillère départementale des Bouches-du-Rhône. Elle a été deux fois candidate aux législatives à Marseille, en 2007 et 2012, sous la bannière des Verts puis d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV). Un parti qui l'a suspendue, à l'automne 2019, quand elle s'est rapprochée du Printemps marseillais, une coalition hétéroclite de militants d'une dizaine de formations de gauche, du Parti socialiste à La France insoumise. Celle-ci qui a fini par la désigner comme tête de liste, plutôt que le favori Benoît Payan, dont l'étiquette socialiste posait problème à certaines composantes de l'alliance.

La fin de l'ère Gaudin, qui aura duré quatre mandats

De son côté, Martine Vassal était l'héritière désignée de Jean-Claude Gaudin, qui quitte la mairie à 80 ans et après quatre mandats. En 2018, c'est elle qui lui a succédé à la tête de la métropole d'Aix-Marseille-Provence, fonction qu'elle cumule avec la présidence du conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Proche de toujours du maire sortant de Marseille, elle a aussi été son adjointe entre 2001 et 2015. Si son investiture par LR, en novembre, n'a pas été une surprise, son seul rival, le sénateur Bruno Gilles, a choisi de maintenir sa candidature comme dissident. Et il maintenait des listes dans trois secteurs au second tour, dont le 3e, où il est le maire sortant.

Au premier tour, le Printemps marseillais de Michèle Rubirola était arrivé en tête sur l'ensemble de la ville, avec 23,44% des suffrages, contre 22,32% pour les listes de Martine Vassal. Les deux camps étaient chacun en tête dans trois des huit secteurs. Le Rassemblement national avait atteint 19,45% des voix, et les électeurs du 7e secteur avaient placé le maire sortant Stéphane Ravier nettement en tête. Derrière le trio, suivaient les listes du dissident LR Bruno Gilles (10,65% dans toute la ville), du candidat EELV Sébastien Barles (8,94%), du candidat LREM Yvon Berland (7,88%) et de la divers gauche Samia Ghali, à 6,47% à l'échelle de Marseille mais en tête dans le 8e secteur, où elle se maintient.

Une campagne secouée par des affaires

Ce second tour vient clore une campagne rocambolesque, empoisonnée par plusieurs affaires dont celle des procurations. Le 11 juin, le parquet a ouvert une enquête pour fraude après une enquête de France 2, révélant qu'une candidate LR proposait des procurations "simplifiées" à des électeurs, en violation manifeste du code électoral. L'enquête a depuis été élargie au cas, également dévoilé par France 2, d'électeurs ayant voté par procuration au premier tour pour des résidents d'une maison de retraite qui ne les connaissaient pas, et dont certains sont, selon leurs familles, atteints de formes graves d'Alzheimer. La direction de l'Ehpad compte porter plainte. Plusieurs des mandataires de ces procurations sont de proches collaborateurs du maire sortant LR du 6e secteur, Julien Ravier, qui a annoncé suspendre son directeur de campagne. "Si des faits avérés sont confirmés, je prendrai mes responsabilités et je serai intraitable", a assuré de son côté Martine Vassal, le 15 juin, sur BFMTV.

Avant le premier tour, c'est un article du magazine Capital qui avait secoué la campagne, accusant Michèle Rubirola d'avoir mené campagne pendant un arrêt maladie. La candidate, qui dément, avait annoncé son intention de porter plainte, notamment pour "violation du secret médical", et dénoncé un coup bas du camp Martine Vassal, celle-ci répondant en annonçant une plainte pour diffamation. Les candidats à cette élection n'ont par ailleurs participé à aucun débat dans les médias, après plusieurs annulations : avant le premier tour, c'est Martine Vassal qui avait refusé de participer ; avant le second, c'est Michèle Rubirola qui a décliné.

Des enjeux au-delà de l'hôtel de ville

Ce second tour marque également un revers pour le Rassemblement national, dont la tête de liste, Stéphane Ravier, perd la mairie du 7e secteur. En 2014, il avait profité d'une triangulaire pour remporter une des conquêtes les plus prestigieuses du Front national lors de ce scrutin. Arrivé en tête au premier tour en mars, il fait face à un front républicain derrière le candidat LR.

L'élection municipale est par ailleurs déterminante pour celle de la métropole Aix-Marseille-Provence, peuplée d'environ 1,9 million d'habitants, que préside aujourd'hui Martine Vassal. Mais Marseille ne représente que 108 des 240 sièges du conseil métropolitain, dont la majorité se jouera donc aussi ailleurs.