Plus d'impôts locaux, moins de dépenses, une dette maîtrisée : la santé financière des plus grandes villes françaises passée au crible

L'institut Montaigne publie mardi une étude détaillée sur les onze plus grandes villes françaises. Comment évolue leur endettement, leurs recettes, leurs dépenses ?

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Un conseil municipal à Lyon, en 2010 (illustration). (PHILIPPON JOEL / MAXPPP)

À un mois et demi des élections municipales, l'institut Montaigne s'est penché en détails sur le bilan des onze plus grandes villes françaises : Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Nantes, Nice, Paris, Rennes, Strasbourg et Toulouse. Parmi les performances décortiquées dans cette étude révélée mardi 4 février par franceinfo : les finances.

Côté dépenses : de fortes baisses quasiment partout

Globalement, les dépenses des grandes villes françaises ont diminué depuis 2014 : c'est particulièrement le cas pour les villes de Montpellier (-20%), Rennes (-18,3%) ou Paris (- 13 %). Seule exception : Nice, qui a vu ses dépenses augmenter de 13,5% sur la même période.

L'institut Montaigne pointe plusieurs explications à ce phénomène : tout d'abord, les transferts de compétences des communes vers l'échelon métropolitain, prévus par la loi de modernisation de l’action publique de 2014.

Par ailleurs, la baisse des dotations de l'État aux communes a forcé les villes à réduire leurs dépenses. À noter, des stratégies différentes suivant les équipes municipales : certaines ont préféré réduire les dépenses de personnel (par exemple Bordeaux, -23,4% depuis 2014, ou Toulouse, -9%). D'autres ont choisi d'axer leurs baisses de dépenses sur les charges de fonctionnement (comme Bordeaux encore, -16,4%, ou Montpellier, -13%, sur la même période). Enfin, certaines villes ont préféré diminuer sensiblement leurs dépenses d’investissement (c’est le cas de Rennes, - 45,5% ou Nantes -38,5%). C'est d'ailleurs cette ligne budgétaire-là, l'investissement, qui a été la plus massivement réduite de manière générale.

Côté recettes : moins de dotations de l'État, plus d'impôts locaux

La baisse des dotations de l'État a fortement joué sur les recettes des municipalités : -27,5% depuis 2014 en moyenne pour les onze plus grandes villes. Mais cette diminution a été en partie compensée par une progression des recettes fiscales. Non pas tellement par un taux d'impôt locaux en hausse, mais plus par une augmentation de la taille de la ville. La quasi-totalité des villes de plus de 200 000 habitants ont connu une augmentation de leur population, à l’exception de Paris et de Nice.

À Rennes par exemple, les taux des taxes et impôts locaux n’ont pas évolué depuis 2010, mais les recettes fiscales ont progressé de 39% entre 2008 et 2018. La ville de Nice dispose quant à elle d’un niveau de recettes supérieur à la moyenne, parce que le niveau de vie de ses habitants est plus élevé qu'ailleurs.

Une situation financière des grandes villes françaises globalement saine

L’endettement, qui avait connu une nette hausse entre 2013 et 2015, a baissé entre 2016 et 2018 et apparaît maîtrisé, affirme l'institut Montaigne. Cependant, de fortes disparités existent : les encours de dette (emprunts et dettes à long et moyen terme restant dus au 31 décembre) ramenés au nombre d'habitants restent élevés à Paris (3 039 euros), Marseille (1 910 euros) et Lille (1 615 euros). Ces montants sont bien plus faibles à Strasbourg (688 euros), Montpellier (645 euros), Nantes (582 euros).

Autre élément surveillé, la capacité de désendettement. Elle indique le nombre d’années nécessaires au remboursement de la dette si la totalité de la capacité d'autofinancement y était consacrée. C'est Toulouse qui présente la meilleure capacité de désendettement, avec 2,2 ans. Rennes et Strasbourg sont plutôt bien placées aussi, avec une capacité de désendettement de 4,8 et 4,6 ans.

Seules les villes de Paris et Nice présentent des capacités de désendettement plus préoccupantes : 14 années et 11,2 années. Cependant, les dynamiques de ces deux villes sont radicalement différentes, puisque Paris est sur une capacité de désendettement en augmentation, alors que celle de Nice est en diminution.

Mais ces diminutions de dette de la plupart des grandes villes françaises s'explique par un transfert vers les intercommunalités. Ainsi, la dette de Bordeaux a baissé de 10% depuis 2014, mais celle de la métropole bordelaise a augmenté de 22% depuis 2016. La dette de Lyon a diminué de 3% depuis 2014, mais celle de la métropole lyonnaise a bondi de 59% depuis 2016. La dette de Marseille s'est réduite de 10% depuis 2014, mais celle de la métropole marseillaise a grimpé de 13% depuis 2016.

En résumé : moins de dotations de l'État, plus de transferts vers les métropoles

Les bilans de santé financière des grandes villes françaises reflètent un double mouvement, analyse l'institut Montaigne. D’une part, la baisse des dotations de l’État aux collectivités a contraint les grandes villes à réduire leurs dépenses. D’autre part, la création des métropoles a entraîné un transfert à la fois de compétences et de dépenses.

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