Municipales : le PS redoute une abstention record de son électorat

Pour exprimer leur mécontentement à l'égard de l'exécutif, les électeurs de gauche pourraient s'abstenir massivement les 23 et 30 mars.

Un pupitre vide dans une réunion du Parti socialiste, le 25 janvier 2014 à Nancy (Meurthe-et-Moselle).
Un pupitre vide dans une réunion du Parti socialiste, le 25 janvier 2014 à Nancy (Meurthe-et-Moselle). (MAXPPP)

Il y a encore un mois, le PS en était persuadé : l'UMP serait loin de réaliser une "vague bleue" aux prochaines élections municipales, et la gauche limiterait la casse en mettant en avant le bilan des municipalités sortantes. Pas plus tard que début février, le premier secrétaire du PS, Harlem Désir, imaginait même "un scrutin de conquête". Mais ça, c'était avant. Ces derniers jours, la tonalité a changé. Dans les rangs socialistes, le spectre de l'abstention s'est subitement renforcé, et fait maintenant craindre une déroute électorale.

"Nos électeurs ne vont pas se mettre à voter à droite. En revanche, le vrai danger qui menace notre camp, c'est l'abstention", s'alarme le porte-parole du PS, Eduardo Rihan Cypel. En 2008, la part des électeurs restés chez eux avait déjà atteint un niveau historique : 33,46% au premier tour, 34,86% au second. Cette fois, les spécialistes s'attendent à ce que l'abstention dépasse la barre symbolique des 35%. 

Mais ce n'est pas tant le taux global (toutes sensibilités confondues) que "l'abstention différentielle" (en fonction des proximités partisanes) qui fait trembler le PS. Publiée début janvier, une enquête Ifop révélait que 41% des sympathisants de gauche penchaient pour l'abstention, contre seulement 29% à droite, et 22% au FN. Une tendance confirmée par un sondage YouGov publié le 13 février : seuls 62% des sympathisants PS et Europe Ecologie-Les Verts déclarent qu'ils iront certainement voter les 23 et 30 mars. Contre 78% du côté des sympathisants UMP et 75% du côté des sympathisants UDI-MoDem.

Et ce ne sont pas les dernières mesures phares de François Hollande – pacte de responsabilité, retrait de la loi famille… – qui sont de nature à rassurer les socialistes. Dans le dernier baromètre Ifop-JDD, publié dimanche 16 février, 79% des Français se déclarent mécontents du chef de l'Etat ! Surtout, le président perd huit points en deux mois chez les sympathisants du Front de Gauche, sept points en un mois auprès de ceux d'EELV, et cinq points chez les sympathisants PS. "L’abstention risque d'être plus forte à gauche qu’à droite. Si ceci était avéré, alors oui, une vague bleue serait possible", estiment sur leur blog Bruno et Véronique Jérôme, spécialistes en prévision électorale.

Les bienfaits du "socialisme municipal"

Les ténors socialistes ont donc décidé de tirer la sonnette d'alarme. Et se sont mis d'accord sur un point : éviter à tout prix de nationaliser les enjeux de l'élection. Sur son blog, le député et vice-président du conseil régional d'Ile-de-France, Julien Dray, vante ainsi les bienfaits du "socialisme municipal", établissant de fait un distinguo entre la politique menée par le PS dans les communes de celle menée par François Hollande et Jean-Marc Ayrault. "Ne prenez pas en otages vos municipalités pour marquer vos inquiétudes", a lui aussi clamé ce week-end le président de l'Assemblée, Claude Bartolone, lors d'un déplacement en Auvergne. "Les élections municipales sont des élections locales. Or, le bilan des socialistes dans les municipalités est excellent", jure dans le JDD le député PS Jean-Christophe Cambadélis.

Pour tenter de limiter l'ampleur de la défaite redoutée, Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls doivent également lancer lundi soir une campagne d'incitation au vote. Mais samedi, l'ancienne première secrétaire du PS, Martine Aubry, a pour sa part formulé une tout autre suggestion : "Pour retrouver un peu d'air, on peut toujours réfléchir à un projet de société de gauche". François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont dû apprécier.