Municipales : cinq pièges de campagne à éviter quand on se lance en politique

People, patrons, syndicalistes... En tête ou en queue de liste, ils sont novices en politique. A quels écueils doivent-ils échapper pendant leur campagne ?

Pour avoir une chance d\'être élu, il faut mettre sa personnalité au cœur de sa campagne, selon des conseillers en communication.
Pour avoir une chance d'être élu, il faut mettre sa personnalité au cœur de sa campagne, selon des conseillers en communication. (ABEL MITJA VARELA / VETTA / GETTY IMAGES)

C'est leur toute première fois. Pour certains citoyens, les élections municipales des 23 et 30 mars offrent l'occasion de se lancer en politique. Mais être candidat, cela ne s'improvise pas. Alors que la campagne électorale officielle a débuté lundi 10 mars, francetv info liste les erreurs de débutant à ne pas commettre.

1S'inventer un personnage

Au diable les chichis : sur le terrain, l'électeur doit sentir que le candidat est à 100% dans ce défi, sans gommer aucun trait de caractère. "Il faut mettre sa personnalité dans la campagne", indique Céline Chauvel, conseillère en communication en Charente-Maritime, contactée par francetv info. D'emblée, elle prévient ceux qui s'adressent à elle : "Quand je travaille avec un candidat, je vais chercher ses tripes. Je ne souhaite pas fabriquer un personnage." Cette année, elle accompagne six personnes pendant leur campagne municipale. Toutes se présentent pour la première fois. Interrogée par francetvinfo, JuliaMouzon, présidente de Femmes et pouvoir, souligne que "les électeurs votent pour quelqu'un d'authentique et honnête". 

Comment l'éviter ? "Il faut rester fidèle à ce qu'on est", estime Céline Chauvel. Pour montrer qu'il s'agit d'une stratégie payante, elle cite l'exemple du député Olivier Falorni, tombeur de Ségolène Royal aux législatives de 2012. C'est elle qui l'a coaché pendant sa campagne. "Slogans, attitude, discours... toute sa campagne était cohérente : elle avait du sens par rapport à sa personnalité", explique-t-elle.

2Abuser des jeux de mots

"Une Clémentine pour Sevran... des vitamines pour les Sevranais !" Clémentine Autain a choisi d'utiliser son prénom avec humour. Mais ce slogan est une fausse bonne idée, selon Jean-Henri Bergé, docteur en droit public, contacté par francetv info. Il estime que la démarche de la candidate du Front de gauche à Sevran (Seine-Saint-Denis) va dans le bon sens, mais qu'elle s'appuie un peu trop sur le jeu de mots. "Un peu d'humour, ça va. Là, c'est ridicule", déplore-t-il. Cet universitaire d'Avignon (Vaucluse) organise des stages de trois jours pour former les candidats en lice pour des scrutins locaux aux concepts fondamentaux d'une campagne électorale.

Comment l'éviter ? "Le slogan doit correspondre à la personnalité du candidat", estime Céline Chauvel. "Slogan vient du celte et signifie 'cri de guerre'. Donc, il faut que ça pète. Mais, attention, pas trop ! L'idéal est de choisir un slogan mémorisable, conseille Jean-Henri Bergé. D'une manière générale, pour le tract et l'affiche, il vaut mieux choisir un style épuré et simple."

3Se lancer dans un défi personnel en parallèle

Perdre du poids avec une élection en ligne de mire : François Hollande l'a fait pour la présidentielle de 2012, Patrick Mennucci s'y risque pour ravir la mairie de Marseille à Jean-Claude Gaudin, selon La Provence. Le candidat socialiste a "non seulement arrêté de fumer (...), mais de plus, il s'est donné l'objectif de perdre du poids", indique le quotidien régional dans un article du 4 novembre 2013. Mais pour Julia Mouzon, mener de front régime et bataille politique est une mauvaise idée. "Une campagne est un défi important, il se suffit à lui-même", estime-t-elle. Tomber enceinte ou devenir père, acheter une maison... elle déconseille tous les challenges personnels en parallèle.

Comment l'éviter ? Se concentrer sur sa campagne est la priorité. Pour décompresser et ne pas ressentir de fatigue mentale en fin de parcours, Julia Mouzon conseille aux candidates de faire 45 minutes d'activité physique par jour. Un conseil qui ne nuira pas non plus aux candidats. Et si le petit dernier s'enthousiasme à l'idée de voir l'un de ses parents avec une écharpe tricolore, il est bon de l'encourager. "Il faut prendre le temps de mobiliser son entourage", souligne Julia Mouzon, qui organise chaque année, fin novembre, des débats et des ateliers dans le cadre d'un forum national pour les femmes politiques.

4Négliger son équipe

Jean a piqué les tracts et fait du porte-à-porte tout seul, Marie fayote pour devenir première adjointe en cas de victoire... Pour éviter que l'ambiance dans l'équipe ne devienne celle d'une cour de récré, il faut gérer ses colistiers. "Le comportement d'une équipe est important, car la campagne constitue un laboratoire de ce qui va se passer en mairie", analyse Céline Chauvel.

Comment l'éviter ? "Après avoir été investi en tête de liste, il faut rester attentif aux ambitions et aux revendications de chacun", conseille Julia Mouzon. De son côté, Céline Chauvel préconise de s'appuyer sur les membres de sa liste dès le début de la campagne, pour des actions concrètes, comme le porte-à-porte. Ainsi, on peut observer à qui confier des responsabilités par la suite.

5S'adresser à une seule catégorie de la population

C'est une évidence, mais il est indispensable de le garder en tête : il faut être à l'écoute de la population, de toute la population. Un agriculteur qui ne parle qu'aux agriculteurs, c'est l'assurance d'une campagne ratée, rappelle Jean-Henri Bergé. "Les propositions peuvent être segmentées par activité, par zone géographique, par profil d'électeurs ou par thématique, mais il faut éviter de diviser la population et proposer des solutions qui rassemblent", résume-t-il.

Comment l'éviter ? "Le meilleur candidat, c'est celui qui s'assoit et écoute les problèmes de chacun", estime Jean-Henri Bergé, pour qui tous les moyens sont bons : réunions de quartier, porte-à-porte, distribution de tracts sur les marchés... Pour Céline Chauvel, le citoyen doit être au cœur de la campagne, et le candidat doit aller à sa rencontre, mais pas dans les réunions de quartier. "Cela donne bonne conscience. Mais souvent, les citoyens ne peuvent exposer leurs problèmes", estime-t-elle.

Julia Mouzon n'est pas du même avis : "Les réunions de quartier permettent de rencontrer des habitants coupés de la politique. C'est une façon plus innovante d'aller au contact des électeurs, qui se rapproche du modèle de campagne américaine." Toutefois, les trois s'accordent pour dire que le contact et l'écoute sont deux qualités à développer quand on est candidat. Surtout la première fois.