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Municipales : à Calais, ce qu'a changé l'alternance à droite

En 2008, l'élection de Natacha Bouchart met fin à 37 ans de gestion communiste. Francetv info s'est rendu à Calais pour comprendre ce que cette alternance politique a changé. 

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France Télévisions
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La statue de Charles de Gaulle et d'Yvonne Vendroux, place d'Armes à Calais (Pas-de-Calais), le 18 mars 2014. (VIOLAINE JAUSSENT / FRANCETV INFO)

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A gauche, la plage. A droite, le phare et le port. En face, le détroit entre la Manche et la mer du Nord. Un peu plus loin, dans un coin, de grands sacs poubelles en plastique noir utilisés en guise de tentes. Ce sont les campements des migrants. Ils font partie du décor : après la traversée de l'Europe, Calais (Pas-de-Calais), représente la dernière étape avant de gagner l'Angleterre.

"C'est l'éternel recommencement de tous les maires de Calais. Tant que le problème ne sera pas résolu, il faudra s'occuper tous les jours de la problématique migratoire", indique la maire UMP de Calais, Natacha Bouchart, arrivée en tête au premier tour des élections municipales, dimanche 23 mars, avec 39,04% des voix. En 2008, elle a pris le fauteuil du communiste Jacky Hénin. Devenu opposant, il s'est représenté et il est arrivé deuxième dimanche, avec 22,60% des voix, devant le candidat socialiste. 

Depuis son arrivée à la mairie de Calais, Natacha Bouchart a toujours adopté un discours ferme sur les migrants, et s'est ainsi inscrite dans une tradition de droite. Elle a accompagné le démantèlement de la "jungle", voulu par le ministre de l'Immigration, Eric Besson. Ce vaste campement de migrants est détruit le 22 septembre 2009. "Quand les propriétés privées des Calaisiens sont squattées, je défends ma population", se justifie Natacha Bouchart.

La maire de Calais, Natacha Bouchart, le 18 mars 2014. (VIOLAINE JAUSSENT / FRANCETV INFO)

Son prédecesseur et meilleur ennemi Jacky Hénin, a, lui, sans surprise, un discours favorable à une approche plus humanitaire. Mais Jean-Claude Lenoir, président de Salam, principale association d'aide aux migrants à Calais, apporte un bémol à ses actions. "Quand il était maire, le gouvernement était de droite et les préfets presque inhumains avec les migrants. Mais Jacky Hénin n'a pas fait grand chose", estime-t-il. "Alors que Natacha Bouchart a un discours dur, mais quand il s'agit d'appliquer sa politique sur le terrain, elle est plus souple. Avec elle, il y a eu de petites améliorations, alors qu'on ne s'y attendait pas. Elle a créé le conseil des migrants et a répondu à nos demandes matérielles", ajoute-t-il.

"Il y a moins de migrants, mais il y en a toujours"

Depuis le démantèlement de la "jungle", les files d'attente ne se sont pas reformées dans les rues. Mais de nouveaux campements sont apparus. "Il y a moins de migrants, mais il y en a toujours. Le problème a changé en masse, mais pas en symbole", relève un journaliste local. Cette fois, la plupart d'entre eux sont installés le long de la rocade portuaire. Quelques-uns sont derrière le port, près du pont Vetillard. "Les campements sont sur des terrains de la région. Je suis impuissante. L'Etat et surtout l'Europe ne prennent pas leurs responsabilités", rappelle Natacha BouchartEgalement sénatrice, elle envisage de déposer une proposition de loi pour que le maire puisse lui-même demander l'évacuation des squats.

"Ces campements de migrants renvoient une image catastrophique de la ville. C'est un cancer pour Calais", estime le président de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de la Côte d'Opale. Jean Marc Puissesseau ajoute qu'il est difficile, dans ces conditions, d'attirer les entreprises, et donc, de créer de l'emploi. "Pour donner à Calais une véritable attractivité économique, il faut que politiques et acteurs économiques aillent dans le même sens. Avec certains candidats, je suis confiant, mais avec d'autres, j'ai des doutes", confie-t-il.

Le chômage, toujours là

Invisible au premier coup d'œil, le chômage est pourtant une autre réalité bien ancrée à Calais. L'emploi était donc un des axes majeurs de la campagne de Natacha Bouchart en 2008. Six ans plus tard, le taux de chômage dans la zone emploi de Calais a augmenté. De 13,8% en 2008, il est passé à 17,1% en 2012, selon l'Insee. La hausse est plus modérée depuis : le taux atteint 17,7% au 3e trimestre 2013. "L'augmentation est liée à la crise économique et au licenciement de 1 600 personnes à SeaFrance", se défend la maire sortante. Elle refuse de parler d'échec et préfère se projeter dans l'avenir : "On a un potentiel de 4 000 à 5 000 emplois sur les cinq prochaines années, avec de nouveaux projets." 

Natacha Bouchart estime que ces projets ont pris du retard car elle avait beaucoup à faire à son arrivée à la mairie. Elle pointe du doigt l'attentisme des élus communistes. "C'est anecdotique, mais dans les écoles, les rideaux, par exemple, n'avaient jamais été lavés." Surtout, la maire estime qu'elle a rendu la ville aux Calaisiens. "Il y avait une emprise sur les quartiers. J'ai voulu libérer les esprits. C'est la partie la moins visible de mon travail, mais c'est important", insiste-t-elle. De son propre aveu, le début de son mandat était difficile. "J'ai voulu être au courant de tout. J'ai dû apprendre à déléguer", explique-t-elle.

L'ancien maire de Calais et candidat communiste, Jacky Hénin, le 18 mars 2014 dans son QG de campagne. (VIOLAINE JAUSSENT / FRANCETV INFO)

Si Natacha Bouchart a l'image d'une femme autoritaire, Jacky Hénin, lui ,a la réputation de n'en faire qu'à sa tête. Leurs fortes personnalités ont marqué leurs mandats respectifs. "Je veux que l'extension et le développement du port de Calais reviennent à des entreprises calaisiennes. Je suis prêt à bloquer les chantiers s'il le faut", martèle ainsi Jacky Hénin. Il ne brandit pas cette menace en l'air : ses détracteurs l'accusent d'avoir soutenu les grèves de la CGT du temps où il était maire. Mais avec l'arrivée de Natacha Bouchart, cette époque est révolue.

Calais, sur "le bon chemin" ?

Pour observer des changements concrets du mandat de Natacha Bouchart, il faut se rendre sur la place d'Armes. Inaugurée en 2013, elle est vaste, bordée de bancs et de jets d'eau, mais à midi, en ce mardi 18 mars, déserte. La statue du général de Gaulle et d'e son épouse Yvonne trône sur le côté, en bas, comme une signature qui inscrit la rénovation de la place dans une politique de droite.

Un peu plus loin, se trouve une station Vel'in, le système de vélos en libre-service mis en place par Natacha Bouchart. Devant, un panneau de stationnement, avec l'inscription "15 minutes gratuites". Cher aux Calaisiens, ce quart d'heure gratuit a été rétabli par la maire, juste après son élection. En 2006, Jacky Hénin avait étendu le stationnement payant en centre-ville. C'est ce qui a pu lui coûter sa réélection, selon certains observateurs.

Le système de vélos en libre service place d'Armes à Calais, le 18 mars 2014. (VIOLAINE JAUSSENT / FRANCETV INFO)

Directeur du Channel, scène nationale de Calais, Francis Peduzzi, a, lui, une autre analyse de la défaite de Jacky Hénin. "C'est le premier à avoir rompu avec l'inertie de son prédécesseur, Jean-Jacques Barthe [NDLR : maire de 1971 à 2000], même s'il est aussi communiste. Il a amorcé un changement, mais il l'a payé", estime-t-il. Francis Peduzzi juge que la ville se partage au-delà des strictes appartenances politiques. Selon lui, une partie des habitants est restée rétive à ce bousculement urbain inédit.

Tout le monde ne partage pas ce constat. "Par moment, avec les politiques, je suis impatient, car les dossiers traînent en longueur. Mais je suis résolument optimiste. Calais change. La ville est sur le bon chemin", affirme Jean Marc Puissesseau. "Sur la problématique migratoire, il faut faire confiance aux politiques. Les problèmes les poussent à changer, juge de son côté Jean-Claude Lenoir. Les programmes des candidats aux municipales montrent qu'on est sur la bonne voie. Mais heureusement, car on est en 2014 ! Il est grand temps qu'on aille de l'avant."

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