Marseille : qui est Samia Ghali, arrivée en tête au premier tour de la primaire PS

La sénatrice s'est qualifiée pour le second tour, face à Patrick Mennucci. Portrait de cette Marseillaise qui vise la mairie en 2014.

La sénatrice Samia Ghali, au soir du premier tour de la primaire PS à Marseille, dimanche 13 octobre 2013, au terme duquel elle est arrivée en tête.
La sénatrice Samia Ghali, au soir du premier tour de la primaire PS à Marseille, dimanche 13 octobre 2013, au terme duquel elle est arrivée en tête. (BORIS HORVAT / AFP)

Elle a remporté la première manche de son pari. Arrivée en tête du premier tour de la primaire socialiste à Marseille, dimanche 13 octobre, Samia Ghali affrontera Patrick Mennucci, le 20 octobre lors du second tour, avec l'objectif d'obtenir le droit de défier le maire UMP Jean-Claude Gaudin aux municipales en 2014.

Lors de cette campagne pour la primaire PS, cette sénatrice de 45 ans a su tirer son épingle du jeu parmi les six candidats socialistes. Elle a renversé les pronostics favorables à la ministre déléguée aux Personnes handicapées, Marie-Arlette Carlotti. Pourtant, la maire du 8e secteur de Marseille continue de déranger au sein de son propre camp, en raison de son franc-parler et des soupçons de clientélisme qui l'entourent. Francetv info dresse le portrait de cette Marseillaise aux ambitions politiques affichées.

L'enfant des quartiers nord

Samia Ghali a grandi dans les quartiers nord de Marseille, entre la cité Campagne-Lévêque et la cité Bassens, qui était alors "un vrai bidonville", relève Le Figaro. Elle a été confrontée aux problèmes de drogue et de sécurité. Désormais mariée et mère de quatre enfants, la maire du 8e secteur de Marseille (les 15e et 16e arrondissements de la ville, les quartiers nord) s'est installée dans une zone plus cossue, dans le sud de la cité phocéenne, remarque le JDD. Un dépaysement qui fait dire à son mari Franck Dumontel dans Le Monde"Elle incarne la rencontre du nord et du sud de Marseille."

Conseillère d'arrondissement en 1995, conseillère municipale d'opposition en 2001, conseillère régionale en 2004, puis maire du 8e secteur de Marseille et sénatrice en 2008, Samia Ghali a grimpé tous les échelons. Elle a bénéficié du soutien du PS. Et ses origines auraient été un plus, puisque selon Libérationle parti a misé sur son appartenance à la communauté chaouie (berbères algériens) pour conquérir les quartiers nord. Cette mère de quatre enfants affirme cependant ne pas vouloir faire de ses origines un étendard. "Je ne renie pas ce que je suis. Mais je ne veux pas qu’on ramène ma position au Sénat à ça", déclare-t-elle en 2008.

"Elle déteste l’immobilisme. S’agace devant les dispositifs complexes", estime aussi Libération, qui s'est penché sur son livre La Marseillaise. Teigneuse, colérique et impatiente, elle s'est ainsi construite, selon le quotidien, à travers ses blessures d'enfance : le départ du père, des absences de la mère.

Une "poil à gratter"

Toujours selon Libération, elle raconte que la boxe thaïe lui a appris à canaliser son agressivité, tout comme sa famille, qui reste très présente autour d'elle, à l'image de son cousin qui lui sert de chauffeur. Cependant, elle continue à bousculer les lignes, comme lorsqu'elle demande, en août 2012, dans un entretien à La Provence, de faire intervenir l'armée dans les cités marseillaises.

Une sortie médiatique qui hisse la sénatrice hors de l'anonymat. "Populiste" pour certains, "cash" pour d'autres, selon le JDD, elle développe une ligne sécuritaire. Elle hérite du surnom de "Ségolène Royal de Marseille" parmi les membres du gouvernement, selon Le Monde. Le quotidien, qui relève son franc-parler, son accent marseillais et son sourire éclatant, estime que la recette Ghali séduit. Une seule fausse note, relève Le Monde : son "passage cacophonique au 'Grand Journal' de Canal Plus, le 28 août".

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo


La maire du 8e secteur se démarque aussi par ses critiques envers le gouvernement. A Libération qui l'interroge sur les mesures gouvernementales dont elle est fière depuis mai 2012, elle répond : "de rien", avant de nuancer avec les rythmes scolaires. Elle se montre très sévère concernant le "recul" sur le droit de vote des étrangers. Si elle évite ainsi d'être handicapée par le bilan de l'équipe d'Ayrault, celle qui se présente comme la candidate antisystème est aussi la plus soutenue par le système marseillais, souligne Libération

La candidate du système marseillais ?

Samia Ghali a été récemment mise en cause par une enquête de Mediapart sur des pratiques clientélistes. Le site s'appuie notamment sur un rapport de la Chambre régionale des comptes, pour tenter de démontrer que ses proches ont bénéficié de postes ou de subventions massives. A Marseille, les travailleurs sociaux orientent souvent les gens vers les élus, pour obtenir logements et emplois en échange d'une fidélité électorale, décrypte Libération. Un clientélisme féodal, auquel Samia Ghali jure être étrangère. De son côté, Marie-Arlette Carlotti a dénoncé, dimanche, un "fonctionnement à plein régime du clientélisme" dans le déroulement de la primaire. 

Ses soutiens dérangent également. A commencer par le président du conseil général, Jean-Noël Guérini, l'un de ses mentors politiques, empêtré dans les problèmes judiciaires. Samia Ghali reste la seule à refuser de prendre ses distances avec Guérini, et repète qu’elle n’est "ni juge, ni procureure", note Libération. En échange, Jean-Noël Guérini la soutient discrètement. On peut également souligner le rôle de son mari, Franck Dumontel, qui dirige sa campagne, un acteur important du système marseillais, selon le quotidien. 

De son côté, la droite voit d'un bon œil l'ascension de Samia Ghali. "Marseille n'est pas prête à élire une femme d'origine maghrébine", lâche-t-on dans l'entourage de Jean-Claude Gaudin, révèle Le Monde. "'Avec un Front national à plus de 25%, certains Marseillais ne voteront jamais pour une Arabe', entend-on dans les allées du pouvoir marseillais", relate le JDD. Du côté de la candidate, Franck Dumontel se montre plus positif, selon Le Monde : "La société évolue, la population fait passer ces questions au second plan."