Abstention aux municipales : "une catastrophe démocratique", selon le politologue Jean Petaux

Le professeur à Sciences Po Bordeaux estime que qu'il aurait fallu annuler le premier tour et reporter le scrutin "à une date ultérieure" notamment à cause du "désintérêt" des électeurs.

Un bureau de vote de Lille, dimanche 28 juin 2020.
Un bureau de vote de Lille, dimanche 28 juin 2020. (FRANCOIS CORTADE / FRANCE-BLEU NORD)

"Je ne suis pas surpris d'une telle catastrophe démocratique", a analysé dimanche 28 juin sur franceinfo le politologue Jean Petaux, professeur à Sciences Po Bordeaux, alors que le taux d'abstention lors du second tour des élections municipales s'annonce très élevé, avec une participation faible de 34,67 % à 17 heures. "Un deuxième tour qui a lieu quinze semaines après un premier, vous avouerez qu'il faut être sacrément attaché à la vie politique municipale pour ne pas trouver la série un peu longue", a dit le politologue, qui maintient qu'il "fallait annuler tout ça et reporter les élections municipales à une date ultérieure."

franceinfo : Avez-vous un commentaire à faire sur ce taux de participation ?

Jean Petaux : On pourrait dire que les mêmes causes qu'au premier tour provoquent les mêmes effets au second tour. Alors, même si évidemment, nous ne sommes plus directement dans la peur générée par la pandémie et par la Covid-19 pour ce second tour, ce qui est certain, c'est que s'est ajouté à ça, évidemment, une forme de désintérêt très net. 

Un deuxième tour qui a lieu quinze semaines après un premier, vous avouerez qu'il faut être sacrément attaché à la vie politique municipale pour ne pas trouver la série un peu longue.Jean Petaux, politologueà franceinfo

Y a-t-il d'autres raisons qui expliquent ce faible taux de participation, selon vous ?

Il y a la proximité des vacances, le fait que toute la dramatisation qui est propre à la mise en scène d'une élection et qui fait que le premier et le deuxième tour sont normalement un bloc proche, séparés simplement d'une semaine, tout ça s'est effacé. Tout ça a disparu. Et moi, je ne suis pas du tout surpris d'une telle catastrophe démocratique parce que ce n'est bon pour personne dans cette affaire. C'était tellement prévisible que l'on arriverait à cette situation-là. Je suis un peu étonné, d'ailleurs, qu'on ait complètement laissé partir le scrutin sur cette pente.

C'est une "catastrophe démocratique" que l'on vit aujourd'hui ?

J'ai été parmi les tout premiers qui, dès le lendemain du premier tour, ont dit que compte tenu de ce qui s'était passé, compte tenu du fait que 1 250 villes en France avaient vu leur maire élu avec moins de 25 % des inscrits, il fallait annuler tout ça et reporter les élections municipales à une date ultérieure. C'est bien pour ça que je vous dis que c'est assez catastrophique. D'une certaine manière, je pense que la démocratie représentative, déjà assez fortement contestée dans divers cercles, n'avait pas vraiment besoin de ce coup-là.