Jean-Luc Mélenchon sur YouTube : internet peine à "toucher des publics au-delà de l'électorat traditionnel" des candidats

Thierry Vedel, politologue et chercheur au CNRS et au Cevipof, est revenu dimanche pour franceinfo sur l'utilisation d'internet par les candidats à la présidentielle.

Jean-Luc Mélenchon était entouré de sa co-responsable de programme et de son conseiller en communication lors de son émission en direct sur Youtube. 
Jean-Luc Mélenchon était entouré de sa co-responsable de programme et de son conseiller en communication lors de son émission en direct sur Youtube.  (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Jean-Luc Mélenchon, candidat à la présidentielle, a mené dimanche 19 février une émission de cinq heures en direct sur sa chaîne YouTube sur le chiffrage de son programme. "Sur les 17 000 ou 19 000 personnes qui le regardaient en simultané, beaucoup étaient sans doute des sympathisants", a estimé Thierry Vedel, politologue et chercheur au CNRS et au Cevipof.

Sur internet, les candidats ont "souvent du mal à toucher des publics au-delà de [leur] électorat traditionnel", a-t-il expliqué à franceinfo, par rapport au "20 heures à la télé [qui] touche 5 à 6 millions de personnes". Mais YouTube "permet à Jean-Luc Mélenchon d'échapper aux contraintes réglementaires de temps" de parole pendant la campagne, en plus "d'échapper aux contraintes de format."

La chaîne YouTubeYouTube de Jean-Luc Mélenchon est passée de 20 000 abonnés à l'été 2016, à 214 000 aujourd'hui.

franceinfo : Ce format peut-il permettre de toucher un nouveau public ?

Thierry Vedel : C'est compliqué : parmi les internautes, ceux qui discutent politique sur les réseaux sociaux sont déjà politisés. Sur les 17 000 ou 19 000 personnes qui regardaient Jean-Luc Mélenchon en simultané, beaucoup étaient sans doute des sympathisants. Les politiques ont du mal à toucher des publics au-delà de leur électorat traditionnel. Internet est un outil efficace pour le mobiliser. Mais dans une campagne, il faut aussi mobiliser au-delà de son camp. Pour cela, mieux vaut généralement utiliser les médias traditionnels. Un 20 heures à la télé touche 5 à 6 millions de personnes.

Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont également très présents sur internet. Cette dernière veut-elle notamment toucher un public invisible, la fachosphère ou patriosphère ?

C'est une spécificité de l'extrême droite : elle est bien implantée sur internet depuis de nombreuses années, en partie parce que pendant de nombreuses années les représentants du Front national avaient du mal à passer dans les médias. Certaines émissions ne voulaient pas les recevoir. Cette situation a énormément changé, mais il y a toujours cette tradition d'utiliser ses propres médias. Il est vrai aussi qu'il y a une affinité entre l'idéologie d'extrême droite et les théories qui font florès sur internet : les théories complotistes. Le phénomène nouveau qu'est la post-vérité marche également très bien sur internet et auprès de l'extrême droite.

Internet peut-il créer des surprises ? Benoît Hamon et François Fillon, Donald Trump ont-ils été aidés par leur campagne sur internet ?

À la marge seulement. Aujourd'hui une grande part de la communication politique passe sur internet, comme elle est autrefois passée de la presse écrite à la télévision. Mais il faut relativiser. Des phénomènes comme Trump ou Fillon sont des tendances sociologiques lourdes qui apparaissent. L'utilisation d'internet par Donald Trump est quand même primitive, elle ressemble plus à de la propagande qu'à de la communication politique moderne.

"Youtube permet d'échapper aux contraintes réglementaires de temps et de format" - Thierry Vedel à franceinfo
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