VRAI OU FAKE Européennes : les six approximations des chefs de partis et candidats lors des débats de "L'Emission politique"

Six représentants des principales formations politiques, suivis de neuf candidats d'autres listes pour les élections européennes, étaient invités de France 2 mercredi soir, pour deux débats, à quatre jours du scrutin. 

François Bayrou, Manon Aubry, Raphaël Glucksmann, Yannick Jadot, Laurent Wauquiez et Marine Le Pen, lors du premier débat de \"L\'Emission politique\" de France 2, le 22 mai 2019 à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). 
François Bayrou, Manon Aubry, Raphaël Glucksmann, Yannick Jadot, Laurent Wauquiez et Marine Le Pen, lors du premier débat de "L'Emission politique" de France 2, le 22 mai 2019 à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine).  (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Ce débat était qualifié de "décisif", à quatre jours des élections européennes. Six représentants des principales formations politiques, puis neuf autres candidats de plus petites listes se sont affrontés, mercredi 22 mai, dans le cadre de deux débats organisés par "L'Emission politique" de France 2.

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Lors d'échanges souvent vifs sur "L'Europe du quotidien" et "L'Europe, ouverte et fermée ?", certains candidats ont tenu des propos approximatifs, voire exagérés. Voici six imprécisions relevées lors de ces débats. 

"La TVA sur les produits de première nécessité, c'est 13 milliards", selon Laurent Wauquiez

Lors du premier débat, les six représentants des formations principales ont eu l'occasion d'échanger sur le niveau de la TVA sur les produits de première nécessité. Le président du parti Les Républicains (LR), Laurent Wauquiez, et la présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, se sont affrontés sur les revenus de cette TVA pour l'Etat. "La TVA, sur les produits de première nécessité, c'est 13 milliards", a affirmé Laurent Wauquiez. "Non, six milliards sur les produits de première nécessité", a rétorqué Marine Le Pen. 

En réalité, la taxe sur la valeur ajoutée sur ces produits – généralement taxés à hauteur de 5,5% – rapporte à l'Etat environ 11 milliards d'euros, détaillent Le Monde et le Journal du Dimanche

"Une carte de crédit pour les migrants", affirme Marine Le Pen

Sur le plateau de France 2 mercredi soir, Marine Le Pen a insisté sur le fait que des réfugiés recevaient une carte de crédit, dès leur arrivée en Europe. Cette rumeur a déjà circulé sur les réseaux sociaux en 2016, rappelle Le Monde, puis en 2017. En octobre 2017, Bernard Monot, alors député européen Front national (FN), avait en effet publié sur Twitter une photo montrant "la carte bancaire créditée de 641 euros chaque mois pour les migrants qui arrivent en France".

Comme nous vous l'expliquons dans cet article, il ne s'agit pas d'une carte de crédit, permettant de réaliser des achats ou d'être à découvert, mais d'une carte de retrait, uniquement destinée aux demandeurs d'asile pour retirer de l'argent. Et le montant de l'allocation versée aux demandeurs d'asile (ADA) est loin d'atteindre 641 euros par mois. Il s'élève à 204 euros par mois pour une personne seule.

"La Roumanie a supprimé les charges patronales", avance Manon Aubry

La tête de liste La France insoumise pour les élections européennes, Manon Aubry, a affirmé lors du premier débat de "L'Emission politique", mercredi soir, que la Roumanie avait supprimé l'ensemble de ses charges patronales.

Il ne s'agit pas d'une suppression complète, même si une réforme radicale a en effet été adoptée en ce sens. Depuis 2017, les dirigeants d'entreprises implantées en Roumanie ne paient plus que 2,25% de cotisations patronales. Les charges salariales ont néanmoins sensiblement augmenté, atteignant 35%, indiquait l'ambassade de France en 2018.

"150 000 réfugiés maximum sont arrivés en Europe en 2018", soutient Yannick Jadot

Le député européen et tête de liste EELV pour les élections européennes, Yannick Jadot, a assuré que 150 000 réfugiés "maximum" sont arrivés dans l’Union européenne en 2018. Ce chiffre est en effet évoqué dans ce rapport de la Commission européenne (en anglais), publié le 6 mars.

Mais les 150 000 arrivées évoquées sont en réalité les arrivées irrégulières détectées aux frontières extérieures de l'Union européenne. Il ne s'agit donc pas d'arrivées de réfugiés. Selon les données d'Eurostat, 580 800 personnes ont demandé l’asile pour la première fois dans l’UE en 2018. Un nombre en baisse de 11% par rapport à 2017 et inférieur de moitié à ceux de 2015 et 2016, où plus de 1,2 million d’étrangers avaient introduit une première demande de protection internationale.

Quant aux arrivées irrégulières recensées aux frontières extérieures de l'UE, elles ont reculé de 25% entre 2017 et 2018, et de 90% par rapport à la crise migratoire de 2015. Il s'agit d'un plus bas depuis cinq ans.

"9 000 km de lignes de chemin de fer" menacées de fermeture, explique Ian Brossat

Le porte-parole et tête de liste du Parti communiste français (PCF) pour les élections européennes, Ian Brossat, a affirmé mercredi soir que 9 000 km de lignes de chemin de fer étaient actuellement menacées de fermeture en France. Les 9 000 km évoqués correspondent peu ou prou aux petites lignes françaises encore ouvertes aux voyageurs. Il s'agit d'un ensemble hétéroclite qui représente le tiers du réseau national, mais seulement 2% du trafic.

Dans son rapport sur l'avenir du réseau ferroviaire français, publié en février 2018, l'ancien patron d'Air France, Jean-Cyril Spinetta, ne donnait pas bien cher de certaines d'entre elles. Il n'a cependant pas demandé leur fermeture, mais a proposé de les soumettre à un audit. Le Premier ministre, Edouard Philippe, a assuré que "ce n'est pas une réforme des petites lignes""Je ne suivrai pas le rapport Spinetta sur ce point. On ne décide pas la fermeture de 9 000 km de lignes depuis Paris sur des critères administratifs et comptables", a assuré le chef de l'exécutif, rapportait Le Point

La France est "le pays le plus économe en effet de serre", assure Nicolas Dupont-Aignan 

Le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, tête de liste de Debout la France pour les européennes, a déclaré mercredi soir que la France était "le pays le plus économe en [émission de gaz à] effet de serre".

C'est inexact, d'après les estimations d'Eurostat. Le service européen de statistiques explique que chaque Français a émis en moyenne 7,1 tonnes d'équivalent CO2 en France en 2016. C'est en effet moins que la moyenne de l'Union européenne – 8,7 tonnes d'équivalent CO2 en 2016 – mais d'autres pays font bien mieux. Malte est l'Etat membre de l'UE le moins polluant par habitant, avec cinq tonnes d'équivalent CO2 émises par chaque Maltais en 2016. La Suède est le deuxième pays le plus économe en gaz à effet de serre, avec 5,6 tonnes d'équivalent CO2 par habitant. La Roumanie est troisième, avec 5,8 tonnes. 

Les Etats membres les plus polluants par habitant sont le Luxembourg (19,8 tonnes d'équivalent CO2 par habitant), suivi des Estoniens (15 tonnes) et des Irlandais (13,5 tonnes). En 2018, les émissions de CO2 ont diminué dans la plupart des pays de l'Union européenne. Le Portugal a été le meilleur élève (-9%), suivi par la Bulgarie (-8,1%) et l’Irlande (-6,8%). La France est neuvième du classement (-3,5%). La moyenne de l'UE était de -2,5%.