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33 listes en France pour les européennes : des petites formations recherchent "un effet de tribune pour diffuser leurs idées"

Jean Petaux, politologue et enseignant à Sciences Po-Bordeaux, a tenté de décrypter sur franceinfo, le nombre de candidats records en France pour le scrutin européen. 

Article rédigé par franceinfo - Édité par Thomas Pontillon
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Une carte d'électeur avant les élections européennes. (Illustration). (JEAN-FRAN?OIS FREY / MAXPPP)

Il y a aura 33 listes en France pour les élections européennes. Le nom des quelques 2 600 candidats ont été publié samedi 4 mai au Journal officiel. Il s'agit d'un chiffre record pour ce type d'élections. Parmi les listes, on peut constater des mouvements plus modestes que les formations politiques habituelles, comme Allons enfants ou le Parti pirate, créé en Suède et qui a sa déclinaison en France. Selon Jean Petaux, politologue et enseignant à Sciences Po-Bordeaux, ces formations politiques cherchent "un effet de tribune pour diffuser leurs idées"

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franceinfo : Que cherchent ces mouvements, est-ce une vitrine médiatique éphémère ?

Jean Petaux : C'est ce qu'on appelle en sciences politiques la fonction tribunitienne, définie par Georges Lavau dans les années 1970. Il estimait que ce que recherchent un certain nombre de formations politiques, c'est un effet de tribune, un support pour diffuser leurs idées. En 1999, dernière élection de référence pour les européennes avec un scrutin dit national, il n'y avait eu que six listes qui avaient pu obtenir des sièges parmi les 20 qui présentaient leurs candidats. Il y en aura très peu qui pourront prétendre à la distribution des sièges.

Plusieurs petites listes reprennent à leur compte des idées d'extrême droite, notamment sur l'immigration. Le Rassemblement national ou Debout La France les regardent-ils avec condescendance ou avec inquiétude, dans la mesure où elles peuvent capter une petite partie des voix des abstentionnistes ?

Je ne saurais me faire le porte-parole du Rassemblement national ou de Debout la France. Ce qui est certain, c'est que quand vous avez une concurrence, même minime, qui vient en quelque sorte braconner, ou en tous les cas chasser sur votre terrain électoral, ce n'est jamais souhaité. On a même vu parfois des opérations de billard à trois bandes, où vous avez des adversaires qui suscitaient l'apparition de listes presque mitoyennes pour faire une sorte de concurrence. Ces listes, celle de Renaud Camus [écrivain Renaud Camus, théoricien du "grand remplacement"] ou d'autres, ne prétendent pas faire un score important. Je ne suis pas persuadé qu'en terme électoral, ça gêne des formations plus importantes comme le RN ou Debout La France.

L'inflation des petites listes est-elle le propre de ces élections à un seul tour, donc sans réserve de voix ?

Les 27 Etats membres – si on met à les Royaume-Uni – ont un scrutin à la proportionnelle, mais il y a des variations à travers l'Europe. On a des choses très étranges : en Suède, par exemple, on peut rajouter ou enlever des candidats sur des listes. Au Luxembourg, on peut carrément panacher, mélanger les listes. Le mode de scrutin, d'une certaine façon, pousse à la démultiplication des listes, avec l'occasion parfois de faire entendre une demande très particulière. Je pense à Hamada Traoré qui présente une liste "Démocratie représentative". Sa perspective est plutôt la mairie d'Aulnay-sous-Bois en 2020, c'est une façon pour lui de se positionner.

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