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Xavier Bertrand a "le sentiment de se faire avoir" par la SNCF

Questionné sur le rapport Spinetta sur l'avenir du service public ferroviaire, Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France a avoué mercredi sur France Inter qu'il "n'arrive plus à parler avec la SNCF."

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Radio France
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Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France, dans le studio de France Inter, le 21 février 2018. (FRANCE INTER / RADIO FRANCE)

Le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, a affirmé mercredi 21 février sur France Inter avoir l'impression que "la région fait les fins de mois de la SNCF".  Quasiment une semaine après la publication du rapport Spinetta sur l'avenir du service public ferroviaire, qui propose notamment la suppression de plusieurs petites lignes, Xavier Bertrand a dit avoir "l'impression de se faire avoir par la SNCF."  

France Inter : Comment avez-vous reçu le rapport Spinetta ?

Xavier Bertrand : C'est le service public du transport qu'on est en train de négliger, de malmener. C'est un bel exercice de communication. En disant que la SNCF est menacée parce que nous avons une dette très importante, excusez-moi, il n'y aucun scoop. Tout ça on le sait depuis des années mais le rapport oublie un certain nombre de choses. Le plus important ce sont les cinq millions de Français qui tous les jours prennent le train, ils sont où dans ce rapport ? Est ce qu'on dit comment on va améliorer la situation, comment il y aura plus de régularité dans ces transports, est-ce qu'ils arriveront plus à l'heure ? Est-ce qu'ils seront plus confortables, plus 'sécures' [en sécurité] ? Il n'y a rien dans le rapport là-dessus, rien du tout.

Donc c'est un rapport inutile ?

Il est utile pour que le gouvernement montre ses muscles, en disant : Regardez, on a le courage de faire évoluer le statut. Je pose un certain nombre de questions que j'ai posé hier [mardi] à la ministre lors d'une réunion avec les présidents de régions. Vous voulez faire évoluer le statut de la SNCF vers une société privée avec des capitaux publics. Est-ce que vous allez faire comme l'Allemagne ? Le gouvernement allemand avait repris la dette et avait décidé de financer les investissements, parce qu'on en a besoin, avec des prêts à 0%. Si la SNCF devient une société privée, qui va assurer l'aménagement du territoire ? Parce qu'aujourd'hui on dit, regardez, il n'y a que 2% de Français qui sont sur des petites lignes. On peut trouver d'autres solutions comme le bus. C'est terriblement moderne le bus. C'est revenir en arrière. Et il en pense quoi Nicolas Hulot de faire circuler des gens en bus plutôt que dans des trains ? D'autre part, est-ce que c'est l'État qui va assurer l'aménagement du territoire ou est-ce que ce sont les régions ? Parce que si c'est plus l'État, alors on n'est plus dans le même pays. On est plus dans la même République. Parce que normalement dans un service public vous assurez la desserte de tout le monde, partout sur le territoire. Des gens qui vont bien et qui ont les moyens, comme les gens qui ne vont pas bien et qui n'ont pas les moyens.

Qu'est-ce qu'on a répondu à ces questions ?

Eh bien j'attends la réponse. Parce qu'il y a un dernier point. La SNCF va devenir une société privée à capitaux publics, alors si c'est une société privée il faut accepter l'idée d'une ouverture à la concurrence. Je souhaite l'ouverture à la concurrence dans la région des Hauts-de-France pour plus d'efficacité, je ne suis pas un doctrinaire. L'ouverture à la concurrence, il ne faut pas en avoir peur, elle peut amener de meilleurs résultats. Mais si on fait cette ouverture il ne faut pas qu'elle soit biaisée. Moi aujourd'hui, je n'arrive plus à parler avec les dirigeants de la SNCF. Je n'en veux pas aux agents de la SNCF que je vois sur les quais, dans les trains, contrôleurs, conducteurs, aux gens derrière le guichet, ce n'est pas à eux qu'il faut en vouloir. J'en veux à un système qui est maintenant obnubilé par la question de la dette. Les financiers ont plus d'importance à la SNCF que les techniciens, et les ingénieurs. Aujourd'hui, quand je discute avec la SNCF, je n'ai pas accès aux informations. Je ne sais pas quelle est la vérité des coûts, je ne sais pas, sur un centre de maintenance, ce qui est affecté pour gérer la maintenance du TGV et ce qui est géré pour les trains régionaux, c'est à dire que je paye moi. Je n'en ai pas pour mon argent. J'ai le sentiment que la région fait les fins de mois de la SNCF. Je veux bien discuter avec la SNCF mais je veux que les choses soient claires, transparentes. J'ai besoin d'un tiers de confiance parce que moi au final ce qui m'intéresse c'est de savoir comment les 200 000 voyageurs qui dans les Hauts-de-France prennent le train tous les jours ont de meilleures solutions. Est-ce qu'ils sont assis, à l'heure, est-ce qu'ils sont avertis quand il y a un problème ? Aujourd'hui le compte n'y est pas et ça, ce n'est pas le sujet du rapport Spinetta.

Guillaume Pepy n'est pas un tiers de confiance, un interlocuteur ?

Je n'arrive plus à discuter avec eux. Un exemple, j'ai décidé d'installer la vidéo-surveillance dans les gares. Quand la SNCF me facture une caméra dans une gare elle me coûte trois fois plus cher que dans un lycée. J'ai le sentiment de me faire avoir. La dernière fois que j'ai eu Guillaume Pepy au téléphone je lui ai parlé de la ligne Paris-Laon. Ce n'est pas une petite ville Laon, c'est la ville préfecture de l'Aisne, avec plus de 25 000 habitants. Aujourd'hui il y a un train sur cinq ou six qui arrive en retard. Vous voyez ce que cela veut dire pour les gens. Je l'avais écrit. Il (Guillaume Pepy) m'avait appelé en me disant qu'il allait regarder. J'attends toujours. Mais derrière j'ai des gens, ils habitent dans l'Oise, ils travaillent à Paris, quand ils postulent pour un emploi ils mentent sur leur CV, ils disent qu'ils habitent à Paris parce qu'ils se disent qu'avec tous les retards, ils ne seront pas pris pour le boulot. Un système où vous en arrivez là c'est un système qui doit changer radicalement.

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