Un TGV passe la nuit en gare de Montpellier : "La gestion de crise de la SNCF, c'est zéro"

Parti jeudi à 17h45 de Perpignan, un TGV de la SNCF et de la Renfe, son équivalent espagnol, est arrivé à 10h35 vendredi à Paris. Les passagers racontent.

Dans la gare Saint-Roch, à Montpellier (Hérault), en décembre 2011.
Dans la gare Saint-Roch, à Montpellier (Hérault), en décembre 2011. (JM MART / MAXPPP)

"Il y a eu des orages toute la journée dans le Sud. J'ai eu une intuition, je me suis dit : 'J'espère qu'il n'y aura pas de retard'." Ce passager d'un TGV Barcelone-Paris n'imaginait pas avoir à ce point raison. Son train a mis 17 heures (au lieu de six heures et demie en temps normal) pour arriver à bon port depuis Perpignan, vendredi 14 août. En cause : un incident de caténaire près de Nîmes (Gard). Selon France 3 Languedoc-Roussillon, le trafic était totalement rétabli à 1h50 du matin, mais à cette heure-ci, les lignes SNCF sont fermées. Des passagers ont donc été piégés en gare de Montpellier. Ils racontent leur nuit de galère.

"Là, on s'est tous dit que c'était mal parti"

Pour Andy, contacté par francetv info, cette nuit en gare n'est pas due à un problème technique, mais plutôt à "l'absence totale de clarté et de transparence de la part de la SNCF". Quand il monte dans le train en gare de Montpellier, des agents expliquent aux passagers que le TGV est bloqué en raison d'un problème électrique au niveau de Nîmes (Gard). Après une heure de surplace, un message demande aux passagers qui peuvent reporter leur voyage le lendemain de le faire, et de quitter le train. "Là, on s'est tous dit que c'était mal parti." Mais une dizaine de minutes plus tard, un second message annonce un départ imminent. Julie, une autre passagère, descend sur le quai, puis se ravise et décide de tenter sa chance, sur les conseils du compte Twitter de la SNCF.

Le train part, mais s'arrête en gare de Lunel, à une trentaine de kilomètres, "et là, ça a été n'importe quoi", raconte Julie. Une responsable de la compagnie décide de donner les informations aux passagers en personne, plutôt qu'au micro. "Elle avait l'air désolée. C'est là qu'on voit que la gestion de crise de la SNCF, c'est zéro, juge Julie. Sur les avions, les personnels sont formés pour gérer les retards. Là, ce n'était clairement pas le cas, et pourtant ce genre de problèmes est récurrent." Quand les voyageurs à destination de Nîmes sont priés de descendre pour prendre un TER, les autres comprennent qu'ils ne repartiront pas vers Paris.

"On a l'impression d'avoir été parqués"

Les passagers sont amers. Pour Andy, "on nous a envoyés sur une voie de garage pendant plus de deux heures" à Lunel pour faire de la place en gare de Montpellier. "Si on nous avait dit dès le départ qu'on serait bloqués jusqu'au lendemain, beaucoup de passagers auraient trouvé une autre solution. On est resté coincés dans ce train alors que ce n'était pas nécessaire."

Finalement, le train rebrousse chemin et retourne à la case départ, la gare de Montpellier-Saint-Roch, qu'il atteint peu après minuit. Il y passera la nuit. Contactée, la SNCF explique que des travaux sur les voix du TGV ont empêché le train de rejoindre Paris, et assure que la décision de partir puis de retourner à Montpellier a été prise de façon collégiale. Quant au fait de faire dormir les voyageurs en gare, la SNCF explique qu'elle voulait "les faire repartir au petit matin, et qu'il n'y ait pas de risque qu'ils se retrouvent perdus en rase campagne, en difficulté pour boire ou s'alimenter".

Une fois à Montpellier, la confusion bat son plein. Julie et d'autres passagers pouvant être hébergés en ville décident de quitter le train, malgré des consignes contraires de la SNCF. Plusieurs passagers "présentant des risques sanitaires potentiels" ainsi que des bébés sont hébergés à l'hôtel, explique la SNCF à L'Indépendant. "Au niveau de l'aide apportée aux passagers, je n'ai que des choses positives à dire", estime Andy. Il a fallu attendre 22h30, mais les voyageurs ont reçu un plateau-repas, puis un petit-déjeuner le matin, et un buffet les attendait à la gare de Lyon, à Paris. Sur Twitter, d'autres passagers sont plus critiques :

Sans couvertures jusqu'à 3 heures du matin

A Montpellier, pour beaucoup, la nuit est longue. Le train s'est en partie vidé : "Dans mon wagon, près de la moitié des gens sont partis, ceux qui sont restés avaient donc davantage de place", explique Julie. Mais un passager interrogé par L'Indépendant explique que la climatisation et les lumières sont longtemps restées allumées : "Imaginez un peu, dans ce train avec des enfants partout, essayer de les faire dormir dans le froid et toutes lumières allumées." 

Il faudra attendre 3 heures du matin pour que la sécurité civile distribue des couvertures de survie. Plus gênant encore, selon plusieurs voyageurs, les portes du train sont restées ouvertes, au moins une partie de la nuit, et des pickpockets ont fouillé des valises dans un des wagons, vers 5 heures du matin. La SNCF assure ne pas avoir connaissance d'un tel incident, et rappelle que des agents de sécurité et des forces de l'ordre étaient présents.

Le train repartira finalement de Montpellier à 7 heures du matin, une heure et demi après l'horaire annoncé dans la nuit aux voyageurs, qui ont reçu de la SNCF l'assurance qu'ils seraient remboursés. "Ce n'est pas de la faute de la SNCF s'il y a eu un problème climatique, philosophe Andy, la seule chose que je leur reproche, c'est leur absence de communication. C'est toujours les mêmes clichés qui ressortent avec la SNCF."