Pannes à la SNCF : "Les incidents dont on parle ces derniers temps arrivent tous les jours sur les trajets quotidiens"

Après la série d'incidents qui ont semé la pagaille dans plusieurs gares, franceinfo a interrogé Jean-Claude Delarue, porte-parole de la Fédération des usagers des transports (FUT).

En gare de Paris Bercy, des usagers ne peuvent pas monter dans le train, le 23 décembre 2017.
En gare de Paris Bercy, des usagers ne peuvent pas monter dans le train, le 23 décembre 2017. (MAXPPP)

Montparnasse, Bercy, Saint-Lazare, Austerlitz… Plusieurs grandes gares SNCF parisiennes ont été perturbées à divers degrés, en cette fin d'année, au point que la ministre des Transports, Elisabeth Borne, a écrit, mercredi 27 décembre, aux dirigeants de la SNCF pour leur demander des comptes après cette "succession d'incidents importants et médiatisés". Entre colère et incompréhension, les voyageurs des grandes lignes comme ceux de plus petits trajets du quotidien doivent prendre leur mal en patience, sur les quais. 

Franceinfo a interrogé Jean-Claude Delarue, porte-parole de la Fédération des usagers des transports et des services publics (FUT).

franceinfo : De la panne géante de Montparnasse le 3 décembre à la pagaille à Saint-Lazare, le 26, cette fin d'année est-elle particulièrement catastrophique pour les usagers de la SNCF ? 

Jean-Claude Delarue : Les incidents dont on parle ces derniers temps arrivent tous les jours sur les trajets quotidiens. Je vais sembler cynique, mais en tant qu'usager, je suis content qu'il y ait un tel vacarme médiatique, qui me permet de signaler qu'il y a absolument tous les jours des problèmes sur les RER, les Transiliens, etc. Il faut se rappeler que 70% des usagers de la SNCF voyagent sur les trains de banlieue, pas dans les TGV. Ce matin encore, il y avait une panne de signalisation à la gare d'Austerlitz, qui a perturbé le RER C. Ces incidents nous permettent de pointer l'erreur que font les décideurs de privilégier de nouvelles lignes de TGV et le Grand Paris Express, au détriment des voies existantes. Je crois qu'ils commencent juste à comprendre qu'ils ont fait fausse route.

Qu'est-ce qui peut et doit changer, selon vous, pour améliorer les conditions de voyage des usagers ?

D'abord, l'information. La SNCF dépense beaucoup d'argent pour sa communication, mais n'est pas capable d'informer ses usagers. La meilleure source aujourd'hui, pour nous, c'est Twitter. Je pense aussi qu'il y a un problème de personnel SNCF. J'ai appris ce matin que le taux de cadres à la SNCF atteint 42%, alors qu'il manque clairement du monde pour entretenir les voies et les rames.

Il y a par ailleurs de vraies discriminations, envers les personnes à mobilité réduite, qui doivent circuler dans des gares parfois inaccessibles. Même pour les parents avec des poussettes, c'est difficile. Surtout, la SNCF laisse de côté les personnes qui n'ont pas accès à internet, qui représentent tout de même 15% de la population. Souvent, ces gens-là sont privés des meilleurs tarifs, et doivent faire la queue dans des "boutiques SNCF" de plus en plus rares.

Qui est responsable, selon vous ? Seulement la SNCF ?

L'Etat et les politiques sont responsables. Je la critique souvent, mais ce n'est pas la SNCF qui réclame à tout prix de construire des lignes à grande vitesse partout ou d'acheter des TGV. Ce n'est pas non plus la SNCF qui réclame le Grand Paris Express (dont une partie est utile, au passage), avec des lignes qui ne vont faire plaisir qu'aux entreprises du BTP.

Mais la SNCF est responsable de sa communication et du manque de personnel. Surtout, elle croit que les usagers ont la mémoire courte.Jean-Claude Delarue, porte-parole de la FUTà franceinfo

Mais nous n'avons pas oublié les mots du PDG Guillaume Pepy qui, en 2008, promettait un "plan choc" dans les deux ans, pour améliorer le service du RER B. Rien n'a changé au bout de deux ans. En 2011, il a promis de traiter en priorité 12 lignes "malades", et depuis, peu de choses ont vraiment changé.

Et puis, il n'y a pas de dialogue avec la SNCF, il n'y a que des rapports de force. Certaines associations essaient et c'est très bien, mais selon moi c'est impossible. Un exemple : pour supporter la chaleur estivale dans le RER D, nous réclamons depuis longtemps des rideaux avec des filtres UV, même pas la climatisation, mais rien ne se passe.