Incidents à la SNCF : le gouvernement convoque la direction "pour se protéger" mais "les torts sont partagés"

Pour le journaliste et directeur de Mobilettre, lettre d'informations sur la mobilité des transports, Gilles Dansart, 'ce qu'on verra dans les prochaines semaines est son aptitude à remettre de l'ordre dans la maison ferroviaire".

Des passagers devant les panneaux d\'affichage de la gare Montparnasse à Paris, le 3 décembre 2017.
Des passagers devant les panneaux d'affichage de la gare Montparnasse à Paris, le 3 décembre 2017. (MARTIN BUREAU / AFP)

La ministre des Transports Elisabeth Borne a annoncé, mercredi 27 décembre, qu'elle convoquerait le 8 janvier prochain Guillaume Pépy, PDG de la SNCF, et Patrick Jeantet, président de SNCF Réseau, pour faire le point après les nombreux incidents sur le trafic ferroviaire en décembre. "Le gouvernement joue de vieilles ficelles. Pour se protéger, il convoque les présidents mais il sait très bien que les torts sont partagés", a estimé mercredi sur franceinfo Gilles Dansart, journaliste et directeur de Mobilettre, lettre d'informations sur la mobilité des transports.

franceinfo : Est-ce que Guillaume Pépy et Patrick Jeantet sont menacés ?

Gilles Dansart : Je ne crois pas. Le gouvernement joue de vieilles ficelles. Pour se protéger, il convoque les présidents mais il sait très bien que les torts sont partagés. Le ferroviaire est une industrie de temps long et donc une partie des problèmes que rencontrent la SNCF et dont souffrent les usagers remontent à de nombreuses années. Je ne crois pas qu'il y ait une solution de rechange, mais le gouvernement veut montrer à l'opinion publique qu'il se saisit du problème. Ce qu'on verra dans les prochaines semaines est son aptitude à remettre de l'ordre dans la maison ferroviaire.

Il faut que les voyageurs soient patients ?

Il faut sans doute un peu de patience mais je pense qu'il faut aussi changer la façon dont on mène un certain nombre de politiques et d'actions sur le terrain. Il y a une SNCF à deux vitesses : on a concentré beaucoup d'efforts sur tout ce qui est marketing, communication, le côté service de la SNCF et on a négligé la robustesse industrielle de l'exploitation. On a surtout oublié que c'était une industrie avec des process compliqués que ce soit sur le réseau ou le matériel. Il faut rééquilibrer vers l'industrie et la maîtrise de ce réseau qui est indispensable.

Les trains circulent 365 jours par an, c'est une mécanique extrêmement bien huilée, n'importe quel petit accroc donne des conséquences difficiles.Gilles Dansart, journaliste et directeur de Mobilettre, lettre d'informations sur la mobilité des transportsà franceinfo

Si Elisabeth Borne veut servir aux Français et à la SNCF, il faut insister pour que Bercy arrête de mettre des bâtons dans les roues de la modernisation. Quand on affirme d'un côté qu'il faut mettre la priorité au réseau, d'un autre côté Bercy refuse un certain nombre d'affectations de postes à SNCF Réseau. Il faut que l'Etat mette de l'ordre.

Est-ce que les voyageurs peuvent quand même être optimistes ?

Je ne sais pas s'ils peuvent être optimistes. S'ils continuent à mettre la pression de la façon dont ils le font avec les associations d'usagers, ça peut inciter le gouvernement à aller plus fort et être beaucoup plus cohérent dans sa politique. Il y a un tel désordre que le risque politique est établi. Le gouvernement ne peut pas se dérober à ses responsabilités. Donc il y a urgence à trouver une solution.