Allocution d'Emmanuel Macron : les réactions de gauche à droite de l'échiquier politique

Après la prise de parole du chef de l’État lundi à la télévision, de nombreuses personnalités politiques se sont exprimées sur franceinfo.

Emmanuel Macron pendant son allocuation télévisée, le 10 décembre 2018.
Emmanuel Macron pendant son allocuation télévisée, le 10 décembre 2018. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Emmanuel Macron a annoncé plusieurs mesures lundi 10 décembre, notamment la hausse du smic, la défiscalisation des heures supplémentaires et la suppression de la hausse de la CSG pour les retraités les plus modestes. Le président a également parlé d'un "état d'urgence sociale". Un discours et des mesures qui sont loin de faire l'unanimité dans la classe politique, plusieurs dirigeants ont réagi sur franceinfo.

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Éric Coquerel, député La France insoumise : "Le compte n'y est pas"

"On voit bien que ce soir le compte n'y est pas. On voit bien que le chef de l'État n'a pas été à la hauteur du sujet", a réagi Eric Coquerel, député France insoumise de Seine-Saint-Denis. "On est dans un moment historique, on est plus dans un processus possiblement révolutionnaire en termes de révolution citoyenne que dans un mouvement social habituel."

Les mesures annoncées, des primes de fin d'année, la suppression de la hausse de la CSG, notamment, seront financées "par les contribuables et les assurés sociaux", selon le parlementaire. Ces annonces "cassent le budget qui vient d'être adopté en première lecture, que ce soit le budget de l'État, le budget de la Sécurité sociale. Ce sont des milliards qui vont peser sur les impôts et la Sécurité sociale. Il faut tout de suite un débat, pas dans trois mois", a insisté Eric Coquerel. "L'exécutif ne peut pas décider comme ça de transformer de manière aussi importante un budget sans que l'Assemblée nationale ne puisse en débattre."

Benoît Hamon, fondateur du mouvement Génération.s : "Le président refuse la justice sociale aux Français"

"Le compte n'y est pas, mais la lutte paye en partie puisque le président de la République a bougé, il est sorti de la torpeur qui était la sienne face aux inégalités", a estimé Benoît Hamon.

"Les plus riches, les grands actionnaires, les entreprise polluantes, les banques françaises, ont une fois de plus réussi à passer entre les gouttes", explique Benoît Hamon. Je parle non seulement de l'annulation de l'ISF, mais surtout que le compte à rebours se poursuit et qu'on attendait que le financement de la transition énergétique ne soit pas supporté par les épaules de tous les Français, mais par des revenus qui existent et par les plus riches, mais de cela il n'en a pas été question", a constaté Benoît Hamon. Le président "refuse" la justice fiscale aux Français. "[Il] continue dans son comportement "absurde" qui consiste "à épargner ceux qui peuvent le plus de l'effort en faveur de l'intérêt général."

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste : "Il ne propose rien de neuf"

"La motion de censure reste de rigueur, plus que jamais" a annoncé de son côté Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste. Les députés socialistes, Insoumis et communistes attendaient le discours présidentiel, avant de déposer une motion de censure contre le gouvernement.

"Le chef de l'État nous avait promis une révolution, des mesures incroyables, mais malheureusement, il ne propose rien de neuf : tout ce qui a été proposé ce soir a déjà été vu, il reprend les mêmes formules que depuis quarante ans" déplore-t-il. "On est revenu à des formules assez classiques, avec la défiscalisation des heures supplémentaires, déjà mises en place sous Sarkozy, qui n'avait bénéficié qu'à une partie des salariés et puis la prime de Noël, défiscalisée également, qui avait bénéficié à moins de monde encore". "L'exercice qu'a effectué le président de la République n'est pas de nature à répondre aux attentes des gilets jaunes", a estimé Olivier Faure.

Damien Abad, député Les Républicains : "Deux France ont été oubliées"

"Après 18 mois d'erreurs, on a vu un président qui a été obligé de céder quelques avancées qui sont réelles", a estimé Damien Abad, député Les Républicains de l’Ain. "On a eu un mea culpa salvateur, mais on doit avoir un mea culpa qui s'inscrit dans la durée."

"Pour nous, il y a quand même un gros sujet, c'est la question du financement de ces nouvelles dépenses. Il y a 10 à 15 milliards d'euros de dépenses nouvelles qui ne sont pas financées. Cela veut dire que ce seront des hausses d'impôts futures", a déclaré Damien Abad. "Donc, ce sont les classes moyennes qui vont être taxées." Le député a regretté que "deux France aient été oubliées ce soir", celle "des classes moyennes qui vont toujours continuer à payer et n'avoir jamais droit à rien" et celle "des territoires."

Sébastien Chenu, porte-parole du Rassemblement national : "Il ne résout aucun problème"

"Le président de la République n'a rien résolu", a réagi Sébastien Chenu, porte-parole du Rassemblement national, député du Nord. "On a pu apprécier le fait qu'il reconnaisse ses errements, qu'il admette s'être trompé depuis qu'il est président de la République, ce qui est savoureux. Mais il ne résout aucun problème."

"Il prend quelques petites mesures au coup par coup pour essayer de calmer la colère, mais il ne change pas de cap. Or, le problème, c'est son système." Les mesures annoncées sont "un petit catalogue et il ne pourra plus donner de leçons d'économie à personne. Il essaie de piquer un petit peu partout sans solutionner le problème." Sébastien Chenu a insisté sur le fait que les gilets jaunes "feront ce qu'ils voudront, c'est d'ailleurs l'authenticité de ce mouvement. Ils sont assez grands pour décider eux-mêmes de la suite de leur mouvement."