Crash du Rio-Paris : Les familles "dépitées" par le réquisitoire du parquet qui dédouane Airbus

L'avocat de l'association de familles de victimes "Entraide et solidarité" réagit mercredi sur franceinfo et fait part de son "amertume à voir qu'Airbus pourrait s'en sortir", dans l'affaire du crash AF 447. 

Alain Jakubowicz, avocat des familles de victimes du crash AF 447. 
Alain Jakubowicz, avocat des familles de victimes du crash AF 447.  (JEAN-BAPTISTE QUENTIN / MAXPPP)

Alors que le parquet de Paris a requis le renvoi d’Air France devant le tribunal correctionnel et un non-lieu pour Airbus dans le crash AF 447 qui avait fait 228 morts en juin 2009, Alain Jakubowicz, l'avocat de l'association de familles de victimes Entraide et solidarité fait part, sur franceinfo, mercredi 17 juillet, de son "amertume à voir qu'Airbus pourrait s'en sortir".

Depuis 10 ans, les familles se battent pour que Air France ainsi que Airbus soient jugés devant le tribunal correctionnel. "Les familles sont aujourd'hui dépitées", confie Alain Jakubowicz, qui tempère tout de même ce réquisitoire puisque ce sont désormais aux juges d’instruction de décider s’ils suivent ou non l’avis du parquet.

Franceinfo : Comment avez-vous réagi en apprenant ce réquisitoire du parquet ?

Alain JakubowiczLa réaction de l'association Entraide et solidarité est d'être scandalisée par ce réquisitoire puisque s'il conclut au renvoi devant le tribunal correctionnel d'Air France, ce réquisitoire conclut au non-lieu pour Airbus, ce qui n'est pas acceptable et ce qui ne sera pas accepté par les familles de victimes. Ces familles sont aujourd'hui dépitées. Elles ont l'impression de mener le combat du pot de terre contre le pot de fer. Elles ont l'impression que ce serait un demi-procès s'il devait avoir lieu sans la société Airbus.

Selon les familles de victimes, et selon un rapport en 2012, des manquements sont imputables à Airbus dans cette affaire...

On est dans une situation surréaliste puisqu'on a un premier rapport d'expertise qui, clairement, remet en cause Airbus, un second rapport qui a été annulé, et un troisième rapport d'expertise qui, lui, ne retient pas expressément la responsabilité d'Airbus et notamment des sondes Pitot dans la survenance du drame. Comment voulez-vous expliquer cela à des justiciables ? Ils ne comprennent absolument pas. Et on ne comprend pas la position du parquet parce qu'il n'y a pas de hiérarchie dans les rapports d'expertise. Le deuxième rapport n'est pas plus fort que le premier. Donc il serait nécessaire de laisser aux juges du tribunal correctionnel le soin d'apprécier si la responsabilité d'Airbus est engagée ou pas, et non pas de le faire au stade de l'instruction. C'est la raison pour laquelle les familles sont totalement scandalisées par la position adoptée par le parquet.

Le parquet considère qu'Air France a commis "une négligence et une imprudence". Est-ce tout de même une satisfaction pour vous ?

Pour les familles de victimes, il n'y a pas de satisfaction. Elles ont perdu un être cher. Elles veulent qu'il y ait un procès en présence de l'ensemble des protagonistes, et ce, afin d'étudier calmement, sereinement, avec les experts, l'ensemble des éléments, et ainsi de voir où se trouvent les responsabilités. Il n'y a donc pas de satisfaction. Il y a une énorme amertume à voir qu'Airbus pourrait s'en sortir. Ceci étant, nous sommes au stade du réquisitoire du parquet. Nous ne sommes pas au stade de l'ordonnance qui sera rendue par le juge d'instruction et qui pourrait être dans un sens différent. Nous allons œuvrer pour que cela aille dans un sens différent [...] Nous ne sommes malheureusement pas au bout de nos peines dans ce long, terrible, et douloureux dossier.