À Air France, "le temps presse et les compagnies concurrentes n'attendent pas", selon un spécialiste

Gérard Feldzer, consultant aéronautique et transport pour franceinfo, a expliqué, mardi, qu'"on ne peut pas prétendre que la compagnie Air France est insubmersible".

Un avion de la compagnie aérienne Air France, le 2 décembre 2016, sur le tarmac de l\'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle.
Un avion de la compagnie aérienne Air France, le 2 décembre 2016, sur le tarmac de l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. (ERIC PIERMONT / AFP)

"Il y a urgence à être imaginatif dans le dialogue social." Pour Gérard Feldzer, consultant aéronautique et transport pour franceinfo, mardi 8 mai, "le temps presse" pour Air France. L'intersyndicale d'Air France doit se réunir, mardi matin, pour trouver la ligne à adopter après la démission du PDG, Jean-Marc Janaillac, vendredi dernier. Elle n'a pas réussi à trouver de ligne commune lors d'une première réunion lundi soir

franceinfo : L'intersyndicale d'Air France n'a pas trouvé de position commune, lundi soir. Une nouvelle réunion est prévue mardi matin. Que va-t-il en ressortir ?

Gérard Feldzer : Il n'y a plus d'interlocuteur pour des négociations. Le directeur général et le directeur des ressources humaines n'ont plus les mains libres pour pouvoir trouver un accord. Ils doivent attendre un nouveau président. L'avion qu'est la compagnie est sous pilote automatique, aujourd'hui on assure le quotidien. Les syndicats, s'ils appellent à faire grève et que la base ne suit pas, seraient à ce moment-là désavoués. Donc il y a une stratégie qui n'est pas facile à prendre. Tout le monde est dans l'embarras, y compris les syndicats parce qu'ils n'ont effectivement pas souhaité le départ de Jean-Marc Janaillac [le PDG a démissionné vendredi dernier], mais en même temps ils doivent coller à leurs troupes et à leur base et ce n'est pas facile.

Pensez-vous qu'une sortie par le haut est possible ? Qui doit lâcher du lest ?

Je pense qu'il faut être beaucoup plus imaginatif des deux côtés, c'est-à-dire au-delà des chiffres bruts qui relèvent du poker menteur des deux côtés. Il y a beaucoup de facteurs qu'on pourrait traiter différemment, entre les rattrapages antérieurs et des hausses de salaires futures avec des critères sur la santé de la compagnie, la conjoncture, l'inflation, la situation internationale. Il y a certainement moyen de trouver un juste milieu pour préserver l'avenir de la compagnie. En outre, il y a une hausse du pétrole, le nouveau PDG va arriver avec des handicaps qui ne vont peut-être pas être rendre sa mission facile.

Le gouvernement tient un discours alarmiste sur l'avenir de la compagnie. Faut-il s'inquiéter ?

Pour l'instant non, il n'y a pas d'inquiétude exacerbée, mais on ne peut pas prétendre que la compagnie Air France est insubmersible. On a des compagnies qui ont disparu, Alitalia, Swissair, etc. Il ne faudrait pas que ça dure encore des semaines et des mois. Il va falloir trouver une issue honorable pour tout le monde parce que le temps presse et les compagnies concurrentes, comme IAG (British Airways, Iberia, Aer Lingus) ou Lufthansa, qui elles, n'attendent pas, donc il faut tenir compte de tous ces paramètres. Il y a urgence à être imaginatifs dans le dialogue social [pour déterminer] ce qu'on peut lâcher ou pas, se préserver aussi des hausses du pétrole et de la conjoncture internationale et d'une crise financière qui pourrait arriver.