Tribune contre les violences policières : "Une volonté délibérée" de faire du mal aux journalistes

Robin Jafflin, photoreporter, journaliste freelance, dénonce, sur franceinfo, les violences commises par des forces de l'ordre sur des journalistes depuis le début du mouvement des "gilets jaunes".

Des policiers arrêtent le journaliste indépendant Gaspard Glanz sur la place de la République à Paris le 20 avril 2019.
Des policiers arrêtent le journaliste indépendant Gaspard Glanz sur la place de la République à Paris le 20 avril 2019. (ZAKARIA ABDELKAFI / AFP)

Plus de 350 médias, journalistes, photographes, indépendants ou appartenant à des rédactions dénoncent, dans une tribune publiée mercredi 1er avril sur franceinfo.fr, les violences policières subies par leur profession depuis le début du mouvement des "gilets jaunes". Parmi les signataires, Robin Jafflin, photoreporter, journaliste freelance, dénonce, sur franceinfo, "une volonté délibérée" de la part des forces de l'ordre de "faire du mal" ainsi qu'une façon d'empêcher les journalistes de travailler.

franceinfo : Selon vous, ces violences sont-elles volontaires ?

Robin Jafflin : Oui, nous assistons de plus en plus à une volonté délibérée de nous faire du mal, de nous viser et ça, ça arrive avec le mouvement des gilets jaunes principalement. Cela va du tir de grenade aux tirs de balles de défense et, après, ce sont des insultes qui sont assez régulières. Et puis, après, c'est tout simplement aussi une façon de nous empêcher de travailler, en nous bloquant, par exemple, l'accès lorsque l'on n'a pas de carte de presse ou autre.

Dans cette tribune, il est écrit "par violences nous entendons mépris, tutoiement quasi-systématique". Est-ce que l'on peut réellement parler de violences ?

On ne peut pas forcément parler de violence au sens commun. Mais, en tout cas, c'est vrai que c'est une pression psychologique. C'est un moyen, tout simplement, de nous faire peur. Ce sont des insultes très régulières, des doigts d'honneur, et des choses qui sont pesants au bout d'un moment, et, surtout, qui sont répétées à chaque manifestation. Depuis le mouvement de la loi Travail, nous nous rendons compte qu'il y a une forme de haine de la police vis à vis des journalistes et ça se traduit par des insultes, des mauvais gestes, et puis par la violence brutale. Je pense que l'on peut l'expliquer par la défiance, déjà, de la population vis-à-vis de la presse, qui va forcément se ressentir avec les policiers et les forces de l'ordre. Je pense qu'on peut l'expliquer aussi par le fait de cas individuels de stress

Effectivement les policiers et gendarmes, depuis novembre, sont soumis à un stress extrêmement important. Cela ne peut-il pas les excuser ?

Ça aurait été des cas individuels, je pense que l'on aurait pu parler d'excuse. Là, il est vrai que cela devient quand même vraiment massif. C'est un phénomène qui a lieu partout en France. Le tutoiement peut être excusé par le stress, la fébrilité, après, pour ce qui est des insultes, je ne pense pas qu'il y ait forcément ce facteur qui rentre en compte. C'est clairement volontaire et assumé. Certains gradés, même, le font sans aucun problème. Donc, je pense que c'est au-delà du simple stress et la simple tension. Je pense qu'il est important de noter, aussi, une vraie différence à faire entre gendarmes et policiers. Il y a énormément de soucis avec les membres des forces de police, mais très peu, a contrario, avec les gendarmes. C'est peut-être dû au commandement, à l'état d'esprit, à la formation, je n'en sais rien, mais, en tout cas on note une vraie différence entre les gendarmes mobiles et les CRS ou la BAC, par exemple.

Vous serez sur le terrain à Paris pour couvrir le rassemblement du 1er-Mai. Craignez-vous d'être interpellé et placé en garde à vue, comme l'a été Gaspard Glanz ?

Bien sûr. Nous avons du matériel de protection qui, aujourd'hui, est considéré comme un matériel, finalement, pour se dissimuler, donc c'est assez grave. D'autant plus que, après, il y a aussi le souci de la carte de presse : nous sommes beaucoup à ne pas avoir de carte de presse, ce qui ne signifie pas forcément que l'on n'est pas journaliste, faut-il le préciser. Mais, du coup, c'est vrai que lors de contrôles, lors de barrages, on peut être plus facilement interpellé et donc, du coup, le fait de ne pas avoir cette carte de presse nous protège aussi beaucoup moins de ce genre d'attitude.

Il faut également signaler que parfois les policiers aident aussi les journalistes qui sont pris à partie…

Totalement : il faut aussi le noter, parce que l'on s'attarde évidemment sur les violences policières, mais il y a aussi des situations qui sont aussi à leur avantage. Il est clair qu'il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier et ne pas faire d'amalgame non plus.