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"Marche des mutilés" : "On ne jette pas de la TNT sur les gens", dit un "gilet jaune" blessé

Des personnes blessés pendant les manifestations de "gilets jaunes" appellaient à manifester, dimanche à Paris. 

Article rédigé par
Radio France
Publié
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Antoine Boudinet lors d'une manifestation des "gilets jaunes" à Bordeaux en mars 2019.  (DAVID THIERRY / MAXPPP)

Des manifestants blessés lors des rassemblements de "gilets jaunes" ont appelé à une "marche des mutilés" dimanche 2 juin à Paris. Antoine Boudinet compte se rendre à cette manifestation. L'homme a eu la main arrachée par une grenade jetée par la police, en décembre, à Bordeaux. Il explique avoir porté plainte contre le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, parce que, selon lui, "une grenade n'est lancée que s'il y a un ordre" : "Ce que je conteste, c'est l'ordre qui a été donné, le fait même d'avoir équipé les forces de l'ordre de grenades explosives."

franceinfo : Que s'est-il passé lors de cette manifestation, à Bordeaux, en décembre ?

Antoine Boudinet : C'était la première manifestation des "gilets jaunes" à laquelle je participais, sachant que, à la base, j'étais allé à la manifestation pour le climat qui se déroulait en parallèle. Les deux cortèges se sont très vite rejoints. Cela faisait un moment que je n'étais pas allé en manifestation, ça remontait à mes années lycée, à Bayonne. Quand je suis arrivé à Bordeaux dans cette manifestation, j'ai vraiment été surpris de toute la violence qu'il pouvait y avoir entre les manifestants et la police. Je n'étais pas au courant, par exemple, de l'utilisation des GLI-F4, de la GMD [grenade de désencerclement], qui sont des grenades explosives, ou encore des dégâts que pouvait faire le LBD, même si je le connaissais sous le terme de flash-ball. Je n'y connaissais rien… Quand j'ai vu ce truc rouler à mes pieds, il faut bien comprendre que j'étais entouré de lacrymo, j'étais en train d'étouffer, je ne voyais rien. Il y avait un énorme feu de barricades qui faisait deux fois ma taille en face de moi. Les manifestants avaient été repoussés de l'autre côté de ce feu pendant que les CRS étaient à l'autre bout. J'ai reconnu une grenade, et il se trouve que c'était une GLI-F4. 

Est-ce que votre cas a fait l'objet d'une plainte et d'une enquête de la police des polices, l'IGPN ?

Tout à fait. Nous avons porté plainte avec mon avocat, Maître Blanco, qui est à Pau, contre M. Castaner [ministre de l'Intérieur] et contre M. Lallement [à l'époque préfet de Nouvelle-Aquitaine] pour mutilation volontaire. Une grenade n'est lancée que s'il y a un ordre. Moi, ce que je conteste, c'est l'ordre qui a été donné, le fait même d'avoir équipé les forces de l'ordre de grenades explosives. Il me semble évident de dire qu'on ne jette pas de la TNT sur les gens.

Le procureur de Paris Rémy Heitz assure que des policiers seront bien renvoyés en correctionnelle avant la fin de l'année. Y croyez-vous ?

C'est très bien s'il le fait. Après, je ne me fais pas beaucoup d'illusions. Le site Désarmons-les, par exemple, recense toutes les plaintes contre les violences policières : la plupart du temps il ne s'agit que de non-lieux ou de classements sans suite. Quand il y a condamnation, c'est généralement du sursis. Or, le sursis, pour toute personne quelle qu'elle soit, n'est pas inscrit sur le casier judiciaire de la feuille 2 et 3, il n'est pas écrit que sur la feuille 1. Donc, comme l'Etat ne poursuit pas ses policiers au tribunal administratif, ces policiers-là ne risquent pas d'avoir de problème de renvoi ou de rétrogradation. Donc, ils sont protégés.

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