Les leaders des "gilets jaunes" sont-ils vraiment fichés par les renseignements français ?

Il n'existe pas de "fichier 'gilets jaunes'", assure le ministère de l'Intérieur. En revanche, certains manifestants figurent, comme d'autres personnes qui n'ont rien à voir avec le mouvement de protestation, au fichier de prévention des atteintes à la sécurité publique (PASP).

Des \"gilets jaunes\" font face aux forces de l\'ordre aux abords de l\'autoroute, à Strasbourg (Bas-Rhin), le 19 janvier 2019.
Des "gilets jaunes" font face aux forces de l'ordre aux abords de l'autoroute, à Strasbourg (Bas-Rhin), le 19 janvier 2019. (CHRISTOPH DE BARRY / HANS LUCAS / AFP)

"Dangereuse dérive", "rien n'est légal"... De nombreux "gilets jaunes" s'inquiètent sur Facebook. Le Canard enchaîné a publié mercredi 23 janvier un article faisant mention d'une "note secrète" envoyée par le ministère de l'Intérieur "à l'attention des policiers du service central du renseignement territorial (DCRT)" début janvier, invitant à recenser les "meneurs du mouvement des 'gilets jaunes'".

Parmi les éléments qui figureraient sur ces notices, Le Canard mentionne la photo, l'état-civil, l'activité sur les réseaux sociaux et dans les médias, les sources de financement... Mais aussi le fait de savoir si "un contact" avec l'intéressé est "envisageable". Le tout sans prévenir la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), précise l'hebdomadaire. 

"A aucun moment, il n'a été constitué en central un fichier 'gilets jaunes'. Un tel fichier n'existe pas", assure le ministère de l'Intérieur, contacté par franceinfo. Ce dernier convient en revanche que certains "gilets jaunes" figurent au fichier de la prévention des atteintes à la sécurité publique (PASP), ce que confirme la Cnil à franceinfo. 

Ce fichier, déclaré auprès de la Cnil et administré par les renseignements territoriaux, concerne "les personnes susceptibles d’être impliquées dans des actions de violences collectives", écrit le ministère de l'Intérieur. L'état-civil, la profession, des signes physiques distinctifs, le passé judiciaire, les relations personnelles et matrimoniales, ainsi que les activités politiques, religieuses ou syndicales peuvent par exemple y figurer. 

Les motifs d'inscription dans ce fichier sont "la participation à une manifestation illégale [non-déclarée en préfecture], l'appel à la violence ou les violences en bande, précise le ministère à franceinfo. Certains 'gilets jaunes' y figurent donc, mais pas parce qu'ils sont 'gilets jaunes'", assure Beauvau. En effet, quelque "49 014 individus" étaient inscrits au PASP "au 31 décembre 2015", selon un rapport du référent national dans le domaine du renseignement, publié en juillet 2018.

Une inscription "logique", selon un ancien RG

"Que les renseignements s’intéressent à l'analyse des mouvements sociaux, leur importance, leur état esprit, leur financement... C’est tout à fait logique, confirme à franceinfo un ancien haut gradé des renseignements généraux (RG). La note doit pouvoir éclairer les décideurs et surtout, enrichir le débat sur la façon dont doit évoluer la doctrine du maintien de l’ordre, notamment à Paris." 

Sur le terrain, les forces déployées durant une opération de maintien de l'ordre peuvent aussi utiliser ces renseignements pour "joindre quelqu'un considéré comme un leader", explique encore cette source. L'indication d'un "contact possible" avec la personne sur qui porte la notice ne signifie donc pas que "c'est une balance", assure cet ancien des renseignements généraux. Et de glisser : "Si on cherchait à le retourner, ça ne serait pas écrit dans la notice, ça ferait l’objet d’une autre procédure..."