"Le ton était cordial et le policier plutôt gêné" : trois journalistes de "La Charente libre" entendus après la décapitation d'un pantin à l'effigie d'Emmanuel Macron

Les trois membres de la rédaction du quotidien n'ont pas été entendus en tant que témoins, mais comme "mis en cause".

Un pantin à l\'effigie du président Emmanuel Macron est décapité, vendredi 21 décembre 2018, lors d\'une manifestation de \"gilets jaunes\" à Angoulême (Charente).
Un pantin à l'effigie du président Emmanuel Macron est décapité, vendredi 21 décembre 2018, lors d'une manifestation de "gilets jaunes" à Angoulême (Charente). (MAXPPP)

"Le nouveau monde à l'envers." C'est ainsi que l'un des trois journalistes de La Charente libre qualifie son audition, jeudi 27 décembre, par la police. Avec deux de collègues, ils ont été entendus après la décapitation d'un pantin à l'effigie du président Emmanuel Macron, dans la soirée du vendredi 21 décembre, lors d'une manifestation de "gilets jaunes" à Angoulême (Charente).

Car les trois journalistes (un reporter, un photographe et un rédacteur en chef adjoint) n'ont pas été entendus en tant que témoins, mais comme "mis en cause" pour "provocation non suivie d’effet au crime ou délit par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique", rapporte La Charente Libre. Des auditions qui choquent ces professionnels "alors même qu’ils ont couvert cet événement – comme toute manifestation d’actualité – selon les critères déontologiques et conformes au droit à l’information", écrit la rédaction du quotidien régional.

"Un bug ou une bêtise" 

"C'est pour le moins étonnant, surprenant, voire amusant...", relativise auprès de franceinfo Ismaël Karroum, rédacteur en chef adjoint à La Charente libre. "Ce statut de 'mis en cause' leur permet une procédure ouverte, le plus large possible. En clair, ils peuvent se demander si le fait que nous ayons filmé cette décapitation de l'effigie de Macron participe ou non à la 'provocation'", précise le journaliste. 

Son audition a duré une heure, "le ton était cordial et le policier plutôt gêné", raconte Ismael Karroum. "Pas inquiet" à ce stade de la procédure, le journaliste rappelle que La Charente libre "s'est contentée de couvrir une manifestation préalablement autorisée par la préfecture, sans savoir ce qu'il s'y passerait." Ce membre de la rédaction en chef préfère considérer son audition en tant que "mis en cause" comme "un bug ou une bêtise" plutôt que d'y voir une "tentative d'intimidation", "si les choses en restent là", précise-t-il. 

Après que le pantin à l'effigie du chef de l'Etat a été décapité vendredi, la préfecture de Charente a dénoncé samedi une "mise en scène macabre". Et la préfecture a signalé au parquet du tribunal de grande instance d'Angoulême des faits qui "portent gravement atteinte tant à la personne qu'à la fonction du président de la République" et qui sont "susceptibles d'être qualifiés pénalement." 

Contacté par franceinfo, le parquet d'Angoulême refuse de commenter cette affaire "tant que l'enquête est en cours et que les auditions se poursuivent."