"Gilets jaunes" : "Je ne comprends pas cette obstination à continuer à être ferme alors que ça ne résout rien" tempête Alexis Corbière

Le député La France insoumise a jugé "intolérable" la blessure d'une manifestant samedi à Paris. L'homme a eu quatre doigts arrachés.

Alexis Corbière, le 20 décembre 2018.
Alexis Corbière, le 20 décembre 2018. (ALAIN JOCARD / AFP)

Lors de la 13e journée de mobilisation des "gilets jaunes", un manifestant a eu quatre doigts arrachés. Le député La France Insoumise de Seine-Saint-Denis, Alexis Corbière, juge "intolérable" une "mutilation à vie", "même si [le manifestant] a fait des choses condamnables" et réclame à nouveau la démission de Christophe Castaner qu’il juge "indigne de la fonction de ministre de l’Intérieur".

franceinfo : Vous êtes choqué par ce nouveau blessé ?

Alexis Corbière : Oui, je crois que tout le monde doit l’être. La liste s’allonge. On en est à cinq mains arrachées depuis le début de ce conflit, depuis mi-octobre, 17 yeux éborgnés et de nombreuses listes de blessés. Il y a même 44 journalistes qui ont été blessés. La violence vient parfois des gens qui manifestent, c’est une évidence, je la condamne. Mais là, cette liste de blessés est celle produite par un matériel utilisé par les forces de l’ordre, notamment deux. J’ai déposé un projet de loi pour arrêter leur utilisation : c’est ce LBD, le Flash-Ball qui éborgne souvent et l’utilisation de ces grenades dites GLI-F4, des "grenades de désencerclement". Il y a 25 grammes de TNT dedans. C’est un matériel qui n’est pas utilisé dans d’autres pays. Il y a des rapports de l’IGPN qui le condamnent et on voit le terrible bilan aujourd’hui. Quel que soit ce qu’a fait ce manifestant, même s’il a fait des choses condamnables, une mutilation à vie ne me semble pas tolérable.

On vous accuse de vouloir désarmer la police ?

C’est un raisonnement extrêmement fainéant, c’est monsieur Castaner qui dit ça. Si monsieur Castaner continue à fermer les yeux, que ça lui importe peu qu’on perde un œil ou une main dans une manifestation, c’est qu’il est indigne de la fonction de ministre de l’Intérieur. Un ministre de l’Intérieur doit défendre l’intérêt général. Je ne comprends pas cette obstination de la part du gouvernement, je dis bien politique parce que les policiers utilisent les matériels qu’on leur donne et ils appliquent les ordres, je ne comprends pas cette obstination politique à continuer à être ferme comme ça alors que ça ne résout rien, on l’observe tous semaine après semaine. D’un point de vue républicain, c’est intolérable et ça ne participe pas à la baisse de tension nécessaire à ce mouvement qui mérite des solutions politiques et pas des blessures.

Est-ce que vous tenez Christophe Castaner pour responsable et demandez sa démission ?

Oui je l’ai dit. Il est responsable, sinon à quoi il sert ? C’est lui qui donne les ordres, c’est lui qui généralement en plus ment. La dernière fois, quand monsieur Rodrigues a pris un tir de Flash-Ball, il a dit que ce n’était pas vrai, et on s’est aperçu quelques jours après, grâce notamment au travail des journalistes, qu’il avait menti. On a l’impression, parce que parfois la police est extrêmement souvent un peu tendue, on peut comprendre, elle est épuisée, qu’il n’est là que pour couvrir les actes policiers.

Mais un ministre n’est pas là seulement pour dire aux policiers "Avancez, je vous couvre !". Il doit aussi, représentant l’intérêt général, interroger notamment les supérieurs de la police, voir les techniques utilisées et dire au nom de l’intérêt général, que ce matériel que nous avons mis aux mains de la police pose toute une série de problèmes. Lui, il est tellement faible qu’il ne sert pas à grand-chose et j’aimerais un ministre de l’Intérieur qui soit cette interface entre la société civile et les policiers qui font un travail difficile.

Dans ces conditions, je pense qu’il doit démissionner parce que le bilan est très mauvais. L’ordre n’est pas garanti, les manifestations se passent avec des troubles, il y a des provocateurs qui viennent dans les manifestations et ceux qui sont blessés sont généralement des gens innocents. Quel terrible bilan ! J’ai commencé à agir quand j’étais lycéen en 1986. Il y avait eu un étudiant qui avait perdu la vie dans ces manifestations lycéennes et étudiantes et le ministre de l’enseignement supérieur avait démissionné. Quand il y a des blessés, la décision politique doit être digne : j’ai échoué, je me retire et quelqu’un d’autre sera meilleur que moi. Mais j’ai peur de ne pas être entendu par Castaner.