"Gilets jaunes" : "Je fais attention où je gare ma voiture", témoigne Alain Perea, député LREM victime d'intimidations

Le député LREM de l'Aude et sa famille gardent notamment un mauvais souvenir du barbecue improvisé par des "gilets jaunes" devant leur domicile.

Le député Alain Perea, le 13 juin 2018.
Le député Alain Perea, le 13 juin 2018. (LEON TANGUY / MAXPPP)

Depuis le début de la mobilisation des "gilets jaunes", certains élus subissent intimidations et menaces. Une soixantaine d'entre eux bénéficient d'une protection policière. Le député LREM de la 2e circonscription de l’Aude, Alain Perea, a lui été visé mi-janvier par une cinquantaine de "gilets jaunes" de Narbonne, qui ont improvisé un barbecue devant chez lui, en son absence. Un mois après, l'élu et son épouse n'en reviennent toujours pas. "Que tout le monde imagine la situation dans laquelle on est : on est à l'extérieur parce qu'on est retenu par son travail, raconte le député, c'est le soir, votre femme ne peut pas rester à la maison, parce que devant chez vous il y a cinquante personnes qui ne sont pas d'accord avec la politique du gouvernement." 

Cette situation a choqué le couple. Les lettres anonymes ou les insultes sur les réseaux sociaux ? C'est la routine, affirme Mélanie, l'épouse du député, mais venir devant chez eux, c'était trop. "La lâcheté de venir s'attaquer à la maison même s'ils n'ont pas tagué, même s'ils ne sont pas rentrés... déplore-t-elle. Quand vous êtes accompagnés pour prendre un sac avec une paire de chaussettes et une culotte par la police, parce que vous ne pouvez pas rentrer chez vous, vous-même, c'est de l'intimidation, et je trouve ça scandaleux."

"Il y a un avant et un après" 

Le passage des "gilets jaunes" a laissé des traces dans la famille. Alain Perea affirme que son aîné, âgé de douze ans, est parfois insulté à l'école et le député a dû changer certaines habitudes.

Il y a un avant et un petit après. Quand j'entends un bruit, je me dis 'tiens, qu'est-ce qui se passe', on se raidit, alors qu'avant on était tranquille.Alain Pereaà franceinfo

"Ma voiture, je fais attention où je la gare, j'enlève le badge de député. Ce sont des petites choses qui font qu'on fait un petit peu plus attention", confie le parlementaire. 

Il fait attention car la défiance est grande. Lors d'un grand débat national, Alain Perea a pu s'en rendre compte. "Comme ça fait trois mois qu'on est dans la rue et qu'apparemment on ne nous entend pas, explique Julie, l'une des porte-paroles des "gilets jaunes" de Narbonne, au bout d'un moment, moi je comprends que certains en aient marre et essaient d'autres méthodes". Franck aussi porte un gilet jaune. D'après lui, si les parlementaires sont agressés, c'est qu'il y a une raison. "Le problème c'est que dans les manifestations du week-end, la police est très, très violente aussi. Je pense que les gens, tout doucement, en ont ras-le-bol", estime Franck, qui ajoute que "c'est aux députés de bosser plus dans le sens du peuple". Tous les quinze jours depuis la mi-janvier, Alain Perea organise des réunions avec des "gilets jaunes" pour tenter de calmer les tensions.