"Gilets jaunes" : à quoi va ressembler la consultation nationale annoncée par l'exécutif ?

Plateforme en ligne, cahiers de doléances, débats publics... Jusqu'au mois de mars, les Français sont invités à participer à une grande concertation.

Des \"gilets jaunes\" installés sur le rond-point de Sablé-sur-Sarthe (Sarthe), le 16 décembre 2018.
Des "gilets jaunes" installés sur le rond-point de Sablé-sur-Sarthe (Sarthe), le 16 décembre 2018. (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

"Prendre le pouls du pays." C'est la volonté affichée par Emmanuel Macron lors de son allocution du 10 décembre pour répondre à la colère des "gilets jaunes" qui s'exprime depuis un mois en France. Un grand débat national va être lancé pour "donner la parole aux Français". Emmanuel Macron doit d'ailleurs réunir à ce sujet des ministres et des acteurs économique, mardi 18 décembre, à l'Elysée. Franceinfo fait le point sur les modalités de cette concertation, prévue entre début janvier et début mars 2019.  

Des avis recueillis en amont 

- Des cahiers de doléances dans les mairies. Les citoyens sont invités depuis le 8 décembre à déposer leurs doléances dans les mairies. Cette opération "rencontre un vrai succès populaire", a assuré, sur franceinfo, Cédric Szabo, directeur de l'Association des maires ruraux de France. Selon lui, "plusieurs milliers" de mairies tiennent ces cahiers à disposition jusqu'au 15 janvier. 

"Ces personnes, qui avaient le sentiment de ne pas être entendues, avaient besoin de matérialiser cette souffrance, cette complainte. Ces propositions sont nombreuses et riches. C'est aussi une source d'espoir importante", a-t-il expliqué.

- Une plateforme en ligne. Le Conseil économique, social et environnemental (Cese) a lancé, samedi 15 décembre, une consultation en ligne. Jusqu'au 4 janvier, chacun peut s'exprimer sur une plateforme dédiée autour de six sujets : "inégalités sociales", "justice fiscale", "inégalités territoriales", "pouvoir d'achat", "participation des citoyens" et "transition écologique".

"Sur la base des résultats de cette consultation, un avis sera élaboré et présenté au vote" de cette assemblée constitutionnelle en mars, "afin d'apporter une réponse globale aux enjeux révélés par le mouvement" des "gilets jaunes" et de "s'inscrire dans le débat national" voulu par Emmanuel Macron, a expliqué le Cese.

Quatre grands thèmes

Le gouvernement a rendu public, jeudi 13 décembre, les quatre grands thèmes retenus dans le cadre du débat : 

- Comment mieux accompagner les Français dans leur vie quotidienne pour se loger, se déplacer, se chauffer ?

- Comment rendre notre fiscalité plus juste, plus efficace, plus compétitive et plus lisible ?

- Comment faire évoluer la pratique de la démocratie et de la citoyenneté ?

- Comment faire évoluer l'organisation de l'Etat et des services publics pour les rendre plus proches des Français et plus efficaces ?

Par ailleurs, il était question au départ que le thème de l'immigration soit une thématique à part entière. "Je veux aussi que nous mettions d'accord la nation avec elle-même sur ce qu'est son identité profonde, que nous abordions la question de l'immigration", a ainsi déclaré Emmanuel Macron lors de son allocution. Mais cette piste a provoqué une levée de boucliers. Le député LREM Matthieu Orphelin a ainsi publiquement estimé que "la question de l’immigration n'a pas sa place" dans la concertation.

"Les remontées de terrain avec les parlementaires et les élus locaux ont mis en évidence que ces sujets de l'identité, de la peur de l'autre, de l'angoisse face à l'immigration étaient largement exprimés aussi sur les ronds-points des 'gilets jaunes'. On ne voit donc pas pourquoi on ne devrait pas les aborder", a défendu de son côté un conseiller du chef de l'Etat dans Le Parisien

Au final, il n'y aura pas de catégorie dédiée à l'immigration, même si le sujet sera abordé. "Après débat, il a finalement été décidé qu'il n'y en aurait que quatre et que les questions migratoires seraient versées au thème citoyenneté", explique ainsi l’entourage du chef de l’Etat au Monde.

Des débats locaux et sous différentes formes

"L'idée générale de ce débat, c'est d'en faire un jardin à l'anglaise plutôt qu'un jardin à la française : il doit être foisonnant", a expliqué Edouard Philippe, mercredi 12 décembre. Selon les endroits, le débat pourra prendre la forme de "débats publics locaux, de rencontres avec des Français sur leurs lieux de travail et de vie, de groupes de réflexion participatifs ou encore des recours aux plateformes numériques et aux réseaux sociaux", énumère le site du gouvernement.

L'exécutif souhaite que ces débats aient lieu "au plus près des territoires" et des Français. Ainsi, les maires vont recevoir un kit avec un mode d'emploi qui contiendra les thèmes à aborder et qui indiquera aussi comment faire remonter les avis des Français, relaie RTL.

Un pilotage national

La concertation va réellement commencer en janvier et doit durer jusqu'au 1er mars 2019. "Sur toute la période du débat, un collège indépendant sera chargé de s'assurer du bon déroulement, de la transparence et de l'authenticité des concertations", explique le site du gouvernement. Le Cese et les Conseils économiques, sociaux et environnementaux régionaux (Ceser) devront prendre part au débat.

Enfin, le gouvernement a confié la tâche de piloter ce débat à l'ex-ministre de l'Environnement Chantal Jouanno. Des référents régionaux sont aussi nommés pour suivre les débats ; c'est le cas du député Olivier Damaisin pour la Nouvelle-Aquitaine, signale Sud Ouest.